Le Paris Saint-Germain n'a jamais autant formé. Il n'a jamais aussi peu retenu. Dans deux enquêtes publiées ce jeudi 29 octobre, L'Équipe décrit un centre de formation qui sort des joueurs capables de s'imposer ailleurs, mais qui assiste chaque été au départ de ceux qu'il aurait pu garder. Le constat tient en une phrase d'éducateur, citée par le quotidien : « Nos jeunes sont beaucoup trop loin ».
Le chiffre qui résume la tendance concerne l'été 2026. Selon L'Équipe, la quasi-totalité des joueurs nés en 2008 ont quitté le campus, à l'exception de Arthur Vignaud et Adam Ayari. Sur les trois derniers étés, une petite quinzaine de joueurs ont repoussé les propositions de contrat professionnel du club.
Ce qu'ils sont devenus
Les plus réussis sont partis depuis le plus longtemps. Joane Gadou, défenseur central né à Aubervilliers et issu de la génération 2007, a disputé 58 matches avec Salzbourg avant d'être transféré au Borussia Dortmund cet été. Il y est titulaire, et L'Équipe le range parmi les défenseurs les plus prometteurs de sa catégorie d'âge en Europe.
Ethan Mbappé, né en 2006, a choisi Lille et s'y est installé. Le même jour, L'Équipe publie un portrait du Lillois, présenté comme « déjà indispensable » à 19 ans. Deux trajectoires que le club parisien a laissées filer avant qu'elles ne produisent.
Le cas le plus commenté cette semaine est plus récent. Emmanuel Mbemba, défenseur de 18 ans parti au Paris FC en juillet, a disputé ses premières minutes en Ligue 1 : une entrée en fin de match contre Rennes, puis une mi-temps entière à Lens. L'Équipe les juge « très convaincantes ». Le quotidien rapporte que certains, au PSG, se demandent s'il aurait fait tache derrière Nuno Mendes.
L'axe saoudien est devenu un débouché. Mahamadou Sangaré, parti en 2025, a signé professionnel à Manchester City avant d'être transféré à Al-Qadsiah début septembre. Ibrahima Diaby, lui, a disputé 32 matches avec le Cercle Bruges avant de rejoindre Al-Ahli cet été.
Tous ne réussissent pas. L'Équipe cite Samba Coulibaly (Club Bruges), Aymen Assab (Monaco), Martin James (Cologne), Elijah Ly (Bruges) et Hermann Malonga (Strasbourg), tous limités aux équipes de jeunes ou à la réserve. Mathis Jangéal compte 7 minutes avec Famalicão, en D1 portugaise. Noah Nsoki évolue avec l'équipe B du Dinamo Zagreb.
Pourquoi le palier est si haut
Le premier obstacle est l'effectif. Luis Enrique dispose d'un groupe où les internationaux se disputent les places, et il l'a redit ce jeudi en conférence de presse : « Cette saison, on a un petit peu plus de joueurs. Mais, et c'est la même chose avec les jeunes, on a besoin de tous les joueurs pour être bon pendant toute la saison. Tous les joueurs doivent être prêts quand on aura besoin d'eux. »
Le deuxième est structurel. Oumar Camara, parti à 18 ans pour Vitória Guimarães, en donne une lecture précise dans l'interview que publie L'Équipe ce jeudi. « Pas mal de générations ont été freinées par la suppression de l'équipe réserve » en 2019, explique l'attaquant, aujourd'hui âgé de 19 ans. En 2024, ajoute-t-il, le groupe Espoirs « n'était pas encore quelque chose de consolidé ».
Le troisième est celui du projet. « On te dit que tu vas reprendre avec les pros mais après, que se passe-t-il ? Est-ce qu'il y aura de la continuité ? Est-ce qu'on va redescendre ? », détaille Camara. « La principale difficulté, c'est de se projeter : à quel moment je vais pouvoir avoir des minutes à haut niveau pour progresser ? » Il ne parle pas de distance avec l'équipe première, mais d'incertitude sur le calendrier.
Le club satellite d'Eupen ne règle pas la question. « Passer d'un groupe Espoirs à un club de D2 belge, est-ce un step important ? Je ne crois pas », répond Camara. « Si c'était un club qui joue régulièrement à niveau plus élevé, oui, ça peut faire réfléchir. »
Mayulu, Ndjantou : la porte n'est pas murée
Tout n'est pas bouché. Lundi contre Lyon, les deux buts parisiens sont venus du banc : Senny Mayulu à la 72e, sept minutes après son entrée, puis Mika Godts à la 84e, servi par Quentin Ndjantou. Un Titi de 20 ans formé au club depuis les U13, et une recrue belge de 21 ans arrivée de l'Ajax cet été. Notre analyse du 27 octobre revient sur ce que cette soirée dit de leur temps de jeu.
Le cas de Mayulu est instructif. Il n'avait disputé que 18 minutes de Ligue 1 cette saison avant lundi, gêné par une déchirure à la cuisse contractée avec les Espoirs fin septembre. Il est entré à la 65e, a marqué à la 72e. Le chemin existe, mais il passe par une blessure ou une opportunité, pas par un plan de progression balisé.
Ndjantou incarne la même logique. L'an dernier, rappelle Camara, il marque un triplé en Youth League contre l'Atalanta Bergame (5-1, le 17 septembre 2025), des blessés apparaissent en équipe première, et il monte : quinze matches toutes compétitions confondues. « Le plus important, c'est d'enchaîner les minutes », résume l'attaquant de Vitória.
Ce que cela dit du projet
La direction refuse l'idée d'un décrochage. « La formation reste et restera un pilier de notre projet », assure-t-elle à L'Équipe. Un salarié du club tient un diagnostic moins rassurant : « Si on n'arrive plus à retenir nos jeunes à la sortie et qu'on ne parvient plus à recruter les meilleurs au départ, ça risque d'être compliqué. »
Le problème n'est donc pas la production, mais la conversion. Le PSG forme des joueurs qui percent ailleurs, et il regarde Emmanuel Mbemba prendre une mi-temps à Lens sous un autre maillot. Chaque réussite extérieure nourrit la décision suivante : « Ça donne forcément des idées », reconnaît Camara, qui cite Gadou comme « un modèle pour beaucoup ».
Lui ne regrette rien. « Si je devais refaire ce choix, je le referais à 1 000 %. » La phrase résume le rapport de force actuel. Tant que partir reste le moyen le plus rapide de jouer, le centre de formation parisien continuera de fournir l'Europe, et accessoirement son propre club.