Mardi, à l’assemblée générale de l’European Football Clubs (EFC) réunie à Copenhague, Nasser Al-Khelaïfi a confirmé la création d’un nouvel organe mondial de représentation des clubs : le « World Football Clubs ». Le président du Paris Saint-Germain, qui préside aussi l’EFC, a présenté cette initiative comme la naissance d’une voix globale pour les clubs, appelée à siéger aux côtés des six confédérations. Il en a profité pour adresser un message appuyé à Gianni Infantino, sans jamais le nommer.
Ce qu’a dit Nasser Al-Khelaïfi
« L’état du football mondial actuel ? Il est vraiment triste de voir la situation actuelle. Au lieu d’améliorer notre sport, nous perdons notre temps à gérer des problèmes et des difficultés », a déclaré le patron du PSG devant les représentants des clubs.
« Le football fonctionne quand nous nous écoutons les uns les autres. Quand nous faisons preuve de transparence entre nous. Mais surtout, quand nous sommes honnêtes », a-t-il poursuivi. Des mots qui visent, sans le nommer, le président de la FIFA, fragilisé depuis le retrait de son projet de société commerciale adossée aux droits de la Coupe du monde.
Le passage le plus repris de son discours est venu ensuite : « On ne touche pas au football. Nous sommes tous les dépositaires d’un sport qui appartient aux générations qui nous ont précédés et à celles qui viendront après nous. Le football d’abord et jusqu’au bout ! Cessons de penser à nos intérêts personnels. Soyons unis. »
Nasser Al-Khelaïfi a conclu par un plaidoyer pour un football soudé : « Les grands clubs ont besoin des petits clubs. Les petits clubs ont besoin des grands clubs. Toutes les parties prenantes ont besoin les unes des autres. Parce qu’aucun joueur ne peut battre à lui seul une équipe de onze. Le ballon va plus vite lorsque nous faisons des passes avec. C’est ce qu’on appelle… une équipe. »
Un « World Football Clubs » aux contours encore flous
Sur le fond, l’ambition est de créer une septième grande instance du football mondial, aux côtés des six confédérations continentales, mais représentant les clubs plutôt que les fédérations nationales. « L’EFC est devenue un réseau mondial et une plateforme permettant aux clubs de se connecter à chacun. Nous créons des avantages pour les clubs en Europe et ailleurs », a expliqué Nasser Al-Khelaïfi.
« C’est pourquoi le moment est venu de créer World Football Clubs. Parce que chaque club à travers le monde mérite d’être représenté, d’avoir une voix et de disposer des meilleures chances de réussir », a-t-il ajouté, rappelant que 857 joueurs de clubs européens, près de 70 % des participants, avaient disputé le Mondial 2026 à 48 équipes.
Il a appuyé son propos sur la croissance de son organisation, passée de 247 clubs en 2021 à plus de 900 dans 55 pays, avec un objectif affiché de 1 000 membres. Il a aussi annoncé le retour de Barcelone et celui, en cours, du Real Madrid, présentés comme la preuve que les grands clubs européens se réunissent à nouveau autour d’une même structure après les années de conflit autour de la Superligue.
De nombreux points restent à préciser : statut juridique, gouvernance, critères d’adhésion et calendrier n’ont pas été détaillés mardi. Aucune indication non plus sur les pouvoirs que cette future instance entend obtenir au sein de la FIFA.
Un message adressé dans la crise que traverse la FIFA
La séquence intervient dans un climat de bras de fer inédit entre la FIFA et une partie du football mondial. Fin juillet, l’instance a retiré son projet de société commerciale ouverte aux investisseurs privés, qui devait accueillir ses actifs, dont les droits de la Coupe du monde, face à l’opposition de l’UEFA, de la Concacaf et de l’AFC.
En ouverture de l’assemblée, le président de l’UEFA Aleksander Ceferin avait visé la gouvernance de la FIFA à travers une référence aux Habits neufs de l’empereur, le conte de Hans Christian Andersen : « Sa cour tolère cela jusqu’à ce qu’un enfant dise tout haut ce que tout le monde peut voir : l’empereur est nu. » Avant d’asséner : « Le football n’est pas en vente, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. »
« Il est temps de dire stop », a-t-il lancé sous une véritable ovation, une adresse directe au patron de la FIFA, absent de Copenhague et représenté par son secrétaire général. Sur fond d’accusations croisées entre les deux instances, l’élection à la présidence de la FIFA, prévue en mars prochain, s’invite dans chaque prise de parole : les candidatures devront être déposées avant le 18 novembre.
Nasser Al-Khelaïfi, lui, a affiché la solidité de l’alliance entre l’EFC et l’UEFA, son partenaire le plus important et le plus fiable. La coentreprise UC3 doit générer plus de 20 milliards d’euros sur le prochain cycle de quatre ans, dont environ 2 milliards redistribués aux clubs hors compétitions européennes, au football féminin et à la formation.
Il a aussi appelé le président de l’UEFA à briguer un nouveau mandat : « Le football a besoin de grands leaders comme toi et, au nom des plus de 900 clubs de l’EFC, nous te demandons de te présenter à nouveau à la présidence l’année prochaine. »
Sur son propre avenir institutionnel, le patron du PSG a coupé court aux spéculations : il a assuré n’avoir aucune ambition à la FIFA et estimé ne pas être la bonne personne pour en prendre la tête, préférant concentrer son énergie sur son organisation, qu’il veut désormais étendre au-delà de l’Europe.
Reste à écrire les contours concrets du « World Football Clubs ». S’il voit le jour, les clubs y gagneraient un canal de représentation mondial, distinct des six confédérations qui rassemblent, elles, les fédérations nationales.