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Une vieille dame et ses titis

La finale de la Coupe de France face au Stade Rennais, samedi soir à 21h00 au Stade de France, est le dernier sommet d’une saison en dents de scie pour le Paris Saint-Germain. Le titre de Champion de France désormais en poche, ce match face aux Bretons est un nouvel épisode dans l’idylle qu’entretient le club parisien avec cette compétition unique, mythique. Une belle occasion de se plonger dans l’histoire de ces finales si particulières pour les Rouges et Bleus.

 

Une habitude historique

Dix-sept. C’est le nombre de finale de Coupe de France que le club parisien aura disputé dans son histoire en comptant le match de ce samedi. Autant dire qu’à Paris, on la connaît bien « la vieille dame ».

On sait bien à quel point elle peut être taquine, cruelle lorsque, il y a 10 ans, elle nous envoyait valser face au modeste Rodez AF alors en Nationale. On a appris à nos dépens à ne pas sous-estimer sa « magie » comme quand, ce 1er mars 1997, l’armada emmenée par Rai se faisait remonter de 1-4 à 4-4, puis sortir en huitième de finale par des Clermontois surexcités au terme d’une séance de tirs au but cauchemardesque.

Mais cette Coupe de France fut surtout pour les Parisiens d’une incroyable générosité avec 12 trophées remportés en 16 finales disputées.

 

Le baiser de Borelli, l’acte fondateur

En 1982, seulement 12 ans après la création du club, les Parisiens disputent leur première finale face à l’AS Saint-Etienne. Nouveau venu ambitieux le PSG de Dahleb et Fenandez reçoit les monstres verts dans un Parc des Princes en ébullition. Une formation légendaire qui compte encore dans ses rangs Johnny Rep, Battiston, Janvion et, pour son dernier match en France, le génie Michel Platini. Le meneur de jeu de l’équipe de France, titulaire à la pointe de l’attaque stéphanoise, ne déçoit pas et plante un doublé auquel répondent les Parisiens Toko et Rocheteau.

Rocheteau ?!? Oui, c’est bien l’ancien « ange vert » qui sauve ses coéquipiers grâce à son égalisation à la dernière minute de la prolongation. Le Parc exulte, le président Francis Borelli entre sur le terrain, comme des dizaines d’autres supporters parisiens, et embrasse la pelouse. C’est seulement trente minutes plus tard que Baratelli arrêtera le tir au but de Christian Lopez pour permettre à JeanMarc Pilorget, enfant du club, d’offrir aux Rouges et Bleus (2-2, 6-5 aux TaB) leur première coupe nationale ainsi qu’une qualification inédite en coupe d’Europe.

L’année suivante, rebelote face à une autre pointure du football français, le FCNantes. A cinq minutes de la mi-temps, alors que les deux équipes font jeu égal (1-1), José Touré contrôle de la poitrine un ballon aérien dans la surface parisienne, se l’emmène d’un jongle, se retourne d’un coup du sombrero et trompe Baratelli d’une somptueuse reprise de volé (2-1, 40ième). Mais les coéquipiers de Dominique Bathenay, capitaine, ne s’avouent pas vaincus et reviennent au score peu après l’heure de jeu grâce à un splendide enchainement dribbles, frappe en lucarne du magicien Safet Susic (65ème). C’est encore lui qui délivrera une passe millimétrée à Toko qui inscrit le but de la victoire.

Deux ans plus tard, le Paris SG s’inclinera pour la première fois en finale face à l’AS Monaco et devra attendre 8 longues années une nouvelle chance de remporter la compétition.

 

Les débuts de Canal +, la prolifique ère Denisot

En 1993 le paysage a radicalement changé au Parc de Princes avec l’arrivée deux ans plus tôt d’un nouvel investisseur, Canal +, incarné au club par un homme qui fut vice-président puis président : Michel Denisot. Dix ans après la victoire de 83, c’est de nouveau le FC Nantes qui se dresse face au club de la capitale pour une affiche séduisante.

ArthurJorge, coach parisien à la tête d’une formation qui talonne l’OM en championnat, aligne entre autres Bernard Lama, Vincent Guérin et GeorgeWeah. En face Jean-Claude Suaudeau compose avec des jeunes prometteurs tels que Makelele, Loko ou encore Karembeu. C’est d’ailleurs le Kanak qui sera expulsé à la 49ème après avoir concédé le penalty qui permettra à Antoine Kombouaré d’ouvrir le score. Ce double coup du sort est de trop pour des Canaris qui encaissent rapidement deux autres buts par Ginola d’un superbe coup-franc (55ème) puis Roche de la tête (3-0, 59ème).

Ce premier trophée conquis par le PSG version Canal en appelle d’autres et en 1995 le club de la capitale se présente une nouvelle fois pour gravir le dernier échelon vers une quatrième Coupe de France. Luis Fernandez a succédé à Jorge sur le banc et les coéquipiers de Daniel Bravo, troisièmes du championnat, ont non seulement atteint brillamment les demi-finales de la Ligue des Champions mais aussi raflé au passage la première édition de la Coupe de la Ligue.

Face au RC Strasbourg il faut attendre la seconde période pour voir Paris trouver la faille grâce à son défenseur Paul le Guen qui enroule une frappe de 20 mètres après un échange avec Rai (48ème). Malgré les occasions parisiennes du dernier quart d’heure le score en restera là, ce qui n’empêchera par Alain Roche de soulever à nouveau la coupe.

Trois ans plus tard en 1998, face à des Lensois en route vers leur premier titre de champion de France, les parisiens tournent plusieurs pages à la fois. Le décor, déjà, n’est plus le même. Les finales « à domicile » au Parc des Princes appartiennent au passé, place désormais au Stade de France et à ses 80 000 places. Les hommes changent aussi avec les départs programmés du président Michel Denisot et du capitaine emblématique Rai. C’est d’ailleurs lui qui ouvre la marque d’une tête chirurgicale dans la lucarne opposée dès la 25ièmeminute. Décevant huitième du championnat, Paris ne relâche pas la pression et Marco Simone, meilleur parisien de la saison, double la mise.

Malgré la réduction du score de Smicer (83ème), Paris s’impose et Denisot, heureux et confiant, lâche en guise de bilan : « Je  laisse le PSG très haut, avec un acquis important. Je ne pense pas qu’il faille le reconstruire, le développer suffit. »

 

Entre Canal et Colony, espoir et dépit

Le premier septennat de Canal à la tête du Paris Saint-Germain fut un succès si remarquable que le club, malgré ses efforts récents, n’a pas encore pu retrouver un tel niveau de performance en Europe. Mais cette saison 1998, conclue par les départs d’hommes clés, marque la fin de cette période glorieuse et le début d’une ère bien plus incertaine dont « la vieille dame » est, comme toujours, le témoin privilégié.

Il faut ainsi attendre cinq ans avant de revoir le club en finale de sa compétition fétiche. Mais le grand d’Europe des années 90 n’est plus que l’ombre de lui même et la magie qui l’escortait avant semble s’être dissipée. L’ AJ Auxerre en profite pour s’imposer 2 buts à 1 grâce notamment à ses deux futurs internationaux français, Djibril Cissé intenable en profondeur et Jean-Alain Boumsong opportuniste.

Cruel pour les coéquipiers de Ronaldinho qui retourneront au Stade de France un an plus tard en 2004, sans le brésilien parti à Barcelone. Cette fois la dernière marche est moins haute et Châteauroux fini par céder grâce à Pedro Miguel Pauleta qui délivre les siens de la tête sur corner (65ième).

En 2006, sur fond de vente du club à Colony Capital et de graves tensions entre supporters, le club parvient de nouveau à se hisser en finale de la Coupe de France. Face à lui se dresse pour la première fois son rival marseillais. Si l’Olympique de Marseille réalise une saison correcte, bien aidé par l’éclosion surprise de Franck Ribéry,le PSG, lui, se traine en championnat. Cette finale est attendue comme le match le plus important depuis près d’une décennie pour Paris autant sur le plan sportif que symbolique.

Avant le coup d’envoi, tous les espoirs parisiens reposent sur les épaules de Pauleta mais c’est finalement Bonaventure Kalou et Vikash Dhorasoo,qui inscrit là son unique but sous les couleurs parisiennes, qui permettront aux Rouge-et-Bleu de l’emporter.

Les deux défaites en finale en 2008 face à l’Olympique Lyonnais (1-0) et en 2011 face au LOSC (0-1) viendront sanctionner un manque de stabilité et de régularité sportive chronique du club de la capitale.

Comme un signe du renouveau à venir, Paris parvient tout de même entre temps à remporter face à l’AS Monaco son huitième titre dans la compétition grâce Guillaume Hoarau qui vient crucifier les joueurs du Rocher au cœur de la prolongation (105ème) en reprenant une frappe parisienne mal repoussée par Ruffier.

 

Le Qatar relance Paris

Le rachat du club en 2011 par la Qatar Investment Authority pour moins de 50 millions d’euros  est un tournant majeur et permet aux parisiens de rêver à une gloire retrouvée.

Paradoxalement il faudra attendre quelques années avant de voir les efforts du club récompensés par une nouvelle finale de Coupe de France en 2015.

L’AJ Auxerre se présente alors face au PSG pour tenter d’empêcher les hommes de Laurent Blanc de tout rafler sur le plan national. Malgré une belle première mi-temps et une prestation valeureuse des Bourguignons, Paris met progressivement le pied sur le match et prend l’avantage en seconde période sur un centre de Van der Wiel bien repris par Edinson Cavani (65ème). L’Uruguayen aura pris, avec son 31ème but de la saison, le relais d’un Ibrahimović décevant dans ce match.

Mais ce n’est que partie remise puisque rien ni personne ne semble plus pouvoir empêcher Paris, qui jouera et gagnera les trois finales suivantes, de régner en maitre sur sa compétition.

En 2016, c’est l’Olympique de Marseille qui tente sa chance mais doit s’incliner devant un Zlatan Ibrahimović déterminé à marquer les esprits pour sa dernière sous le maillot parisien. Double buteur ce soir-là, il offrira même une passe décisive à Cavani pour le but du break (1-3, 57ème). Le Matador n’aura décidément pas attendu d’être le vrai numéro 9 du Paris Saint-Germain pour se montrer décisif lors des finales de la Coupe de France.

Un an plus tard face au SCO d’Angers, Paris, orphelin de son buteur Suédois, domine mais a bien du mal à trouver la faille et les filets de Letellier. Finalement sauvés par un but contre son camp de Cissokho dans les arrêts de jeu (90+1), les Parisiens repartent avec leur troisième trophée national de la saison 20162017, après la Coupe de la Ligue et le trophée des Champions.

Face aux Herbiers l’année dernière, on se souvient d’une finale poussive, déséquilibrée, dans une ambiance de fin de règne étrange sous les yeux d’un Emery sur le départ.Giovani Lo Celso a débloqué le compteur parisien à la 26èmeminute, couronnant ainsi une saison remarquable dans la peau d’un quasi-titulaire au milieu de terrain. Cavani, encore lui, s’est offert un 11ème but en 9 finales de coupes nationales avec le PSG sur un penalty (74ème) qu’il avait lui même provoqué. Pour conquérir sa douzième « vieille dame » Paris n’aura donc pas eu besoin du but de Mbappé refusé par la VAR, ni de l’aide des montants qui ont repoussé trois tentatives parisiennes dans les 20 premières minutes.

Face au Stade Rennais ce soir, les hommes de Thomas Tuchel auront l’occasion de remporter une cinquième Coupe de France d’affilée, une performance qui porterait à 5 leur propre record de victoires consécutives dans la compétition. Et qu’importe s’il s’agit de la 13ème Coupe de France de l’histoire du club, non amis rennais, nous ne sommes pas superstitieux, nous sommes bien trop attachés à notre Vieille Dame !

 

Lawrence

Crédits photo : Les Infos du Sport