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Tuchel, les limites du progrès

En octobre, après une douloureuse défaite au Parc des Princes face à Reims, le Paris Saint Germain de Thomas Tuchel a montré des ressources, une maîtrise, un style et une puissance redoutables. En Novembre, une nouvelle défaite à Dijon, a mis un terme brutal à cette séquence faste. Elle a rappelé que la force collective parisienne connait des éclipses inquiétantes alors que notre championnat a rarement été aussi faible et l’effectif du club aussi fort. La gestion de l’entraîneur allemand, son manque de cohérence, sa réticence à instaurer une vraie concurrence, interroge sur sa capacité à faire progresser son équipe.

 

Des victoires convaincantes en Ligue 1 ou en phase de poules de Ligue des champions, on connaît. Des joueurs au top qui régalent, un jeu collectif  huilé, on connaît. Des équipes françaises impressionnées, craintives et rapidement humiliées, on connaît. Tous ces moments d’exaltation, toutes ces petites satisfactions d’orgueil, le PSG les connaît à fond. Désosser l’OM en une seule mi-temps reste un réel plaisir et il faut reconnaître que par moment cette équipe nous pousse à croire que le printemps qui arrive ne sera pas aussi cruel que ses prédécesseurs.

Mais ce beau paysage d’octobre est terni par les trois revers subis en seulement 13 journées de Ligue 1. Ce beau paysage d’octobre que nous avons déjà contemplé tant de fois ne nous impressionne plus. Plus question de se laisser griser par une victoire en phase de poules face au Real Madrid ou par une domination attendue sur des équipes françaises médiocres. Nous attendons des preuves, des faits qui démontrent un changement, une rupture avec les illusions des années passées.

Or pour le moment, rayon nouveauté, il n’y a que le retour très attendu de Leonardo et la construction d’un effectif plus riche qui puissent nous rassurer. Car dans le jeu rien de nouveau. Tuchel a installé Gueye au milieu comme on remplace une pièce usagée par une neuve mais il n’innove plus. Et quand il le fait comme face à Dijon, en plaçant Bernat au milieu, on aurait préféré qu’il s’abstienne.

Le 4-3-3 est désormais clairement privilégié et il est probable qu’il soit utilisé dans les gros matchs, même en présence de Neymar. Le 4-2-3-1, trop rarement testé pour représenter une alternative crédible, n’offre que peu de garanties défensives. Le nombre de frappes concédées face aux modestes Brestois (27 dont 17 cadrées !) montre un déséquilibre impardonnable à très haut niveau.

Victime de la mode ?

Arrivé dans la peau du novateur génial, avant de rétrograder en laborantin laborieux en fin saison, Tuchel passerait presque aujourd’hui pour un progressiste vaniteux. Il a testé la défense à 3 quand elle était à la mode, s’obstine à aligner Marquinhos en 6 alors que des alternatives crédibles existent, prône un jeu offensif avec pressing haut à la Klopp tout en alignant souvent 6 joueurs à vocation défensive qui sont pourtant incapables, on l’a encore constaté face à Bruges, de maintenir un bloc haut sous la pression.

Le dernier symptôme de cette volonté incohérente et vaine d’être « à la mode » est la mise au placard de Cavani au profit de la nouveauté Icardi. Une situation aussi inélégante envers un joueur iconique que difficilement justifiable dans le jeu. Icardi est un joueur de grande qualité mais son apport était loin de justifier ce choix si tranché et hâtif de l’Allemand quand il aurait fallu relancer l’Uruguayen. La terne prestation du buteur de la Celeste ce samedi après-midi est la conséquence de cette gestion étrange. Le PSG aurait pu profiter d’un duo de « tueurs » de classe mondiale, il devra vraisemblablement se contenter d’un one man show d’Icardi…

Le milieu de terrain est un autre secteur où, depuis cet été, les talents se bousculent. Les dernières sorties, notamment en Ligue des champions, sont pourtant assez inquiétantes. Verratti cumule les touches de balle inutiles, Marquinhos, à la peine au milieu, recule en défense où il est forcément plus à l’aise et Gueye, qui court beaucoup, ne montre que trop rarement cette capacité à faire des différences balle au pied qui nous avait enchanté face au Real.

Alors pourquoi s’obstiner à aligner Marquinhos en 6 quand il montre de telles difficultés à faire remonter son équipe sous la pression adverse ? Pourquoi ne pas tester Herrera et Gueye à ce poste de façon plus poussée ? Kimpembe est-il vraiment trop bon en défense centrale pour pouvoir envisager que Marquinhos y retrouve une place ?

 

Extension du domaine de la lutte

Les progrès du Brésilien en 6 ont été fulgurant pendant les premiers mois parce qu’il est un joueur fin, intelligent et mentalement assez fort pour se lancer dans une carrière parallèle pour le seul bien de son équipe. Mais, finalement, les qualités qu’il montre en numéro 6, jeu long, impact et volume, ne sont que des extensions de celles qu’il nous avait déjà montrées en défense centrale. Il n’a pas vraiment changé, n’est pas toujours pas réellement un milieu de terrain et personne ne peut l’en blâmer. Renoncer à Marquinhos au milieu, pour Tuchel, c’est perdre un totem, un symbole de sa capacité à innover mais en mettant son orgueil de coach au placard où Cavani lui fera une petite place peut-être gagnerait-il un milieu de terrain plus consistant.

Laissons toutefois à Tuchel le bénéfice du doute car il est toujours possible que la formule actuelle soit vraiment la meilleure. Instaurer une vraie concurrence, et pas un turnover de routine, ne ferait cependant que renforcer les certitudes et enrichir les possibilités tactiques. Profiter de la profondeur nouvelle du groupe parisien pour mettre sous pression Verratti, pousser Gueye vers l’excellence dont il a été capable face au Real et préparer concrètement le retour de Neymar est une question de survie. Surtout dans une Ligue 1 déjà bien trop confortable pour Paris.

Si, comme le coach Allemand l’a lui même reconnu,  surmonter le traumatisme de Ligue des champions «  sera plus dur chaque année* », il aura besoin des ressources à sa disposition pour inculquer à ses joueurs un certain goût du combat. Certains redoutaient une guerre interne et des querelles d’égos mais face à la torpeur qui nous guette un peu de caractère ne serait finalement pas si mal.

Lawrence Elvidge

* Interview du 7 octobre à retrouver ici.

Crédit photo : @Sacha_mas

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