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Tuchel : la révolution continue. Partie 3 L’attaque, un collectif plus fort que ses individualités

Avec Kylian Mbappé, Neymar, Edinson Cavani et Angel Di Maria, le PSG possède l’attaque la plus percutante d´Europe. Avec 2.93 buts par match, le PSG devance en effet Manchester City (2.8 buts par match) au classement des équipes les plus prolifiques. Alors que 72% des buts du PSG ont été inscrits par ce quatuor, on remarque que les blessures simultanées de deux d’entre eux n’altèrent que légèrement le haut rendement offensif de l’équipe. De fait, le PSG a marqué 2,7 buts par match depuis le PSG-Bordeaux du 9 février dernier. 

 

Né un 24 août

Le 24 août dernier, vous étiez sans doute encore en claquettes sur les plages méditerranéennes, atlantiques ou bretonnes et normandes si vous avez meilleur goût. Thomas Tuchel était lui en conférence de presse et en a profité pour livrer ni plus ni moins sa doctrine offensive. Dans le langage militaire, la doctrine « est constituée des principes fondamentaux selon lesquels l’armée accomplit sa tâche pour atteindre les objectifs nationaux ». En cette belle journée d’été, en déclarant : « Pour moi ce ne sont pas trois joueurs mais bien quatre devant », le stratège Tuchel nous livre bel et bien sa doctrine offensive.

À l’inverse de son prédécesseur, Thomas Tuchel veut donc aligner Angel Di Maria le plus souvent possible. Révolution ! En parlant de l´Argentin, il précise : « il est toujours prêt, toujours ici, il a tout gagné ». Quelques mois plus tard, le nouvel entraîneur parisien enfonce le clou : « C’est un cadeau de travailler avec un joueur comme Angel ». Pour Tuchel, le système importe peu, ce qui compte c’est d’aligner les meilleurs joueurs, ceux qui peuvent renverser un adversaire sur une passe, une frappe, un contrôle. Le système a pour but d’optimiser les qualités et de minimiser les carences individuelles, mais il n’est pas un but en soi.

Nous l’avons décrit dans le précédent volet, consacré au milieu de terrain, Tuchel n’hésite pas à demander à certains joueurs de jouer à des positions non naturelles et de développer de nouvelles compétences. Si pour aligner Di Maria, Tuchel doit le faire jouer dans un milieu à trois comme à Anfield, il n’hésite pas une seconde. Di Maria confirme : je sais que je dois aussi travailler défensivement pour équilibrer l’équipe » et signe « Ce qui m’importe c’est de donner mon maximum, de lui rendre l’affection qu’il me porte et de le lui prouver sur le terrain ! »

Di Maria, la révélation offensive de Thomas Tuchel

Sur le terrain, l’ange parisien est à la hauteur de ses déclarations et, en l’absence de Neymar et de Cavani, a pris les clés du camion. Il est depuis 6 matches auteur d’excellentes prestations, la principale étant sa performance magistrale à Old Trafford, une double (triple ?) passe décisive à la clé. On sait aussi qu’au retour de Neymar, Angel lui rendra les clés d’un camion en parfait état, sans le moindre état d’âme.

Draxler entre espoir et désespoir

À l’entame de la saison, il était difficile de se faire un avis sur le niveau réel de Julian Draxler, faute d’un temps de jeu conséquent depuis son arrivée en janvier 2017. Cet été, l’horizon semble s’être éclairci pour l’éternel espoir allemand avec les départs de Javier Pastore, de Gonzalo Guedes et dans une moindre mesure de Giovani Lo Celso. La blessure de Neymar en a même fait un titulaire. Malgré ce temps de jeu en forte hausse, on peut déplorer que ses performances ne soient pas à la hauteur des attentes du club, des supporters et surtout de son entraîneur. Certains dribbles et certaines passes font entrevoir une technique une vision du jeu supérieures à la moyenne, mais l’ensemble reste beaucoup trop irrégulier. Pire, certaines passes fondamentales dans la construction du jeu sont faites avec trop de relâchement et manquent d’application et de la justesse nécessaires pour lancer une action décisive.

Julian semble se mouvoir au gré des vagues ; quand la marée monte, il monte, quand elle descend, il suit le mouvement. Il n’a pas pour l’instant le mental nécessaire pour redresser la barre quand le navire chancelle, comme Neymar a pu le faire par le passé. Sa performance à Old Trafford en est un parfait exemple ; sa très bonne deuxième première période succède à une première mi-temps assez moyenne avec un nombre de passes manquées indigne de la Ligue des champions. En conclusion, il n’a pas sa place dans le onze de départ de ce PSG, quelque soit le système employé.

Julian Draxler peine à répondre aux attentes mises en lui par le PSG, les supporters et le coach – Crédit Photo : Florence Pernet pour PU

Kylian peut-il renverser l’ordre établi ?

Au bout de ses trois épisodes, les idées de Tuchel semblent plus claires : une défense à trois, un milieu composé de quatre éléments dont le duo Marquinhos-Verratti et de Di Maria (plus un autre), Neymar en 10 derrière Kylian Mbappé et Cavani.

Depuis la blessure de l’Uruguayen, Kylian Mbappé occupe seul le rôle d’avant-centre. De plus, il est privé de son pourvoyeur naturel de ballons en la personne de Neymar. On peut le reconnaitre a posteriori, porter seul le poids de l’attaque nous semblait trop lourd pour ses jeunes épaules. Son efficacité offensive semblait loin des standards des maestros européens. Par efficacité, on entend le nombre de buts inscrits par occasion réelle et non le simple nombre de buts marqués qui peut souvent être trompeur (surtout en cas de scores fleuves fréquents). Ce replacement dans l’axe par nécessité et en l’absence de Neymar semblait trop précoce pour Kylian, dont la force principale reste la vitesse.

On s’explique : dans le football moderne, le rôle d’attaquant de pointe ne se résume pas à marquer des buts. Il est aussi de mobiliser des défenseurs (en général la charnière centrale), de créer des espaces voire de dévier le ballon pour les ailiers. Aujourd’hui, les attaquants de côtés ont donc souvent des statistiques égales voire supérieures aux attaquants de pointe (hors penalties), ce qui était impensable dans le football des années 80 et 90. Hors, en l’absence de Cavani, Mbappé a parfaitement occupé cette nouvelle place, tout en gardant des statistiques de haut niveau, autour d’un but marqué par match. Son rendement défensif étant toujours aussi limité, la question se pose : Kylian peut-il prendre la place de Cavani et libérer une place pour un joueur qui assurerait une plus grande stabilité défensive ? Tuchel ne sera-t-il pas tenté de recopier le système utilisé à Old Trafford avec tant de succès (on le rappelle le PSG a gagné ce match 5 grosses occasions à 0).

Conclusion

Vous découvrirez dans la dernière partie notre réponse à cette question et les deux schémas tactiques que pourrait utiliser Thomas Tuchel en phase finale de Ligue des Champions, si toutefois il dispose de l’intégralité de son effectif !

Henri Lacoste pour Paris United

Visuel en-tête : Graphic United

Paris United

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