Les anciens du PSGOeil du supporter

Lettre à Pastore

Texte lyrique et romantique consacré à ce joueur magnifique qu’est Javier
Pastore sous forme épistolaire.

Cher Javier,

On raconte qu’à la mort d’Aristote (philosophe grec et précepteur d’Alexandre le
Grand entre autres), ses élèves entreprirent de classer les nombreux écrits qu’il laissa
touchant à tous les domaines de la connaissance antique. Les livres de
mathématiques dans une étagère dédiée, ceux de philosophie dans une autre et ainsi
de suite… On arriva aux écrits sur la physique que l’on rangea bien soigneusement
dans l’étagère destinée à la matière. Restèrent les livres que l’on ne sut classer. Les
inclassables, en somme. On les disposa dans l’étagère qui était située juste après
celle consacrée aux livres de physique. Ainsi naquit le terme métaphysique.
Au-delà de la physique…

Si je te narre cette anecdote, c’est pour introduire le néologisme
de métafootballeur dont la définition va suivre… Si on devait ranger les joueurs de
football dans des cases définies selon un classement ad hoc, je ne saurai où te
disposer Javier. Il n’y a aucune étagère dans laquelle tu entres. C’est pourquoi tu
m’obliges à créer ce terme de métafootballeur, car Javier, vois-tu, tu es un joueur qui
va au-delà du football, après le football…

Certains voudront te mettre,  Javier,  dans la case joueur fragile, pourquoi pas ? Après
tout…tu as souvent été blessé au cours de ta carrière… Mais peut-on me dire quel
joueur fragile a déjà réussi à piquer un ballon de but à Zlatan en jouant de l’épaule et
à résister au retour des défenseurs?

 

D’autres voudront te mettre dans la case joueur lent, car tu ne cours pas aussi vite
qu’Usain Bolt? Mais peut-on me dire quel joueur lent peut réussir un déboulé de 50
mètres contre le FC Barcelone avec les redoutables Catalans aux trousses? Aucun
évidemment…

Non décidément, Javier on ne peut te ranger dans aucune case ? Tu es à part !

On relate que tu as fait des essais à l’AS Saint-Étienne, car le club du Forez avait acquis 51% des parts du club de football argentin auquel tu appartenais. On raconte aussi que sur le terrain lors de ces années d’apprentissage de ton métier de footballeur, tu alignais petits ponts, râteaux, extérieurs…et que tu étais bien au-dessus techniquement. Physiquement…le froid et le test de Cooper te disqualifiaient. Les recruteurs n’avaient pas compris que tu n’étais pas un footballeur, mais un métafootballeur. Cécité de ceux qui ne sortent pas de leurs bulles et de leurs fiches avec tout plein de petites cases à cocher; et sur tous ces tableurs excel, il n’y avait pas de colonne métafootballeur.

C’est le destin des joueurs d’exception que de ne pas cocher la colonne physique. Demande à Griezmann et à Platini, si eux ils n’ont pas cochée cette foutue case physique lors de leurs tests avec Metz et Lyon.

Mieux… demande à ton compatriote Riquelme, si lui aussi il avait un bon VO2Max à ses résultats au test de Cooper. Tu vois, tu es en excellente compagnie, l’artiste.

D’autres regarderont tes statistiques et les trouveront décevantes. Laisse-les, les yeux rivés sur les data  délivrés par le tout-puissant Opta, ils en oublient de regarder le terrain. Proust écrivait “Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination”, pour le paraphraser, je dirai “Laissons les stats aux amateurs, sans imagination”. Eux aussi n’ont rien compris. Les stats c’est bien pour les sports US lorsque les phases de jeu ne durent que quelques secondes, lorsqu’il n’y a de place que pour le système et aucune pour l’improvisation que réclame notre sport.

À ton arrivée à Paris, en 2011, j’écrivais sur Facebook, réseau social alors omnipotent et aujourd’hui en pleine déliquescence “Ave Pastore, c’est lorsqu’il n’y avait que des chèvres à Paris qu’il fallait un berger”. Déjà je ne te mettais pas dans le troupeau, hors-classe, te dis-je. Ton histoire avec le PSG a duré, pas assez à mon sens…et elle a un goût d’inachevé. Inachevé car certains ont préféré te mettre sur le banc lors de cinglantes défaites européennes encore douloureuses pour tout supporter. Ces techniciens…ou plutôt ces physiciens, devrais-je dire, ne savaient pas dans quelle case te mettre sur le terrain, où te ranger, comme les livres inclassables de la bibliothèque d’Aristote…métafootballeur que je te dis…Alors que ta seule place c’est sur le terrain, après la zone…on s’en fout, le seul espace qui compte est celui où est la ballon.

À l’été 2018, tu as signé à l’AS ROMA…Nasser ne voulait pas te vendre. J’étais triste. Ne plus avoir de métafootballeur dans mon club. Mais sache que cette décision n’était pas nôtre, ce foutu FPF imposant la vente d’un joueur magique …Ridicule…C’est comme si pour désendetter la France, on lui demandait fermement de vendre la Joconde…même les comptables du FMI ou de la Commission Européenne ne vont pas jusque-là…mais ceux de l’UEFA, oui… Foutu monde que celui qui ordonne de cocher les cases, lorsqu’on ne les coche pas. Moi je sais où te mettre sur le terrain, en 10 comme on appelait ce poste de créateur  aujourd’hui disparu. Beaucoup des métafootballeurs occupèrent cette place…es-tu le dernier pur numéro 10?

Mais ne t’inquiète pas Javier, tu incarnes une certaine idée du football, son romantisme, l’art du beau geste, dans un monde qui ne comprend que les termes efficacité et rentabilité. Laisse-les à leurs petits calculs et voir le football à travers les feeds de Opta, ils ne te comprendront jamais. Javier, tu es semblable à l’Albatros de Baudelaire, connais-tu ce poème, je t’en donne quelques vers ” Prince des nuées…exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher“.

Et finalement, Javier, tu verras qu’il y a une certaine logique dans ce long panégyrique. Je définissais le métafootballeur comme un joueur qu’on ne saurait classer car leurs seules vraies places sont dans le coeur. Et ironie de l’histoire, tu pars dans un pays et dans une ville d’artistes, comme Paris, où nos amis italiens, esthètes si il en est, ont ce terme pour désigner les joueurs inclassables comme toi, ce si joli mot: Fuoriclasse.

 

Axel Roffi

Paris United

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