Oeil du supporter

La honte de Manchester : une défaite incomprise du grand public

On a tout vu, tout lu, tout entendu après cette défaite au Parc face à Manchester. Une seule thèse n’a pas été retenue, ni même étudiée. La thèse de l’accident. La thèse du match maitrisé mais malchanceux, terriblement malchanceux. Cela veut-il dire qu’il faut exonérer tout le monde et ne pas essayer de creuser ? Non bien sûr, prenons soin que la cure ne soit pas fatale à un patient déjà très affaibli. Explications.

 

PSG-Manchester : une deuxième remontada ?

Oui ces deux matches se ressemblent de plusieurs manières : la qualification était promise aux parisiens après le match aller. Oui l’adversaire était résigné à jouer un match sans espoir. Oui le scénario du match est d’une cruauté incroyable avec un pénalty généreux sifflé en faveur des adversaires qui sonne la fin des espoirs parisiens. Oui la honte et la colère ressenties par les supporters à la fin du match est comparable. Oui les moqueries des journalistes, suiveurs, commentateurs voire collègues de bureau sont aussi promptes qu’étaient la veille leurs certitudes de voir le PSG sur le toit de l’Europe au mois de mai.

Mais en y regardant de plus près, ces deux matches n’ont rien à voir. Dans le premier, le collectif parisien a été spectateur de son propre naufrage, on a ainsi assisté à une totale dislocation du collectif, une forme de trou noir dans lequel l’équipe entière a été plongée.

Mercredi soir, malgré un but idiot issu d’une erreur individuelle non rattrapable, le collectif s’est au contraire ressaisi, a mis le pied sur le ballon et à acculé Manchester sur son but. On compte entre la 10et la 35minute quatre ou cinq grosses occasions dont l’égalisation. De même, bien que moins aboutie, le PSG s’offre lors de la deuxième période offre quatre à cinq énormes occasions de clore le match, un but hors-jeu, un poteau, une glissade de Mbappé à qui il ne reste plus qu’à pousser le ballon dans le but rendent le danger toujours présent. On n’évoquera pas des dix dernières minutes que chacun a en mémoire.

 

L’aléa sportif : seul facteur explicatif ?

On l’a vu, la dislocation collective a été (avec l’arbitrage) le seul facteur explicatif du naufrage au Camp Nou. Mercredi soir, la PSG a eu une maîtrise collective totale sur son adversaire. Le match ressemblait à un 32e de finale sur un terrain inondé par la crue de la rivière voisine. Et comme il arrive parfois, le club amateur l’a emporté avec ses armes : la chance d’abord, la faculté de toujours y croire et la solidarité collective. Oui, on l’assume ce match a été négocié collectivement de la bonne manière par le PSG, qui a récupéré un nombre incroyable de ballons dans les pieds mancuniens suite à un gegen-pressing efficace. A parfaitement utilisé la largeur du terrain en première période pour se créer un grand nombre d(occasions et a utilisé la possession et la circulation du ballon pour ne pas subir d(occasions adverses. Ceux qui critiquent cette tactique ont bon dos de s’appuyer sur le résultat comme base de leur analyse. J’aimerais demander à un professionnel de poker son ressenti sur ce match. Je suis presque sûr qu’il dirait que même avec une paire de Rois en main tu peux perdre contre 7 et 2. Pourtant faire all-in est tout le temps profitable (sauf à la bulle peut-être, et encore…). La différence c(est que le joueur de poker joue des millions de mains pour faire baisser le facteur chance appelé variance, le PSG ne peut malheureusement pas jouer des millions de matches de ligues des champions chaque année…

Oui, il existe dans le sport un concept qui ramène l’homme à ses limites et au final à l’humilité si chère à Edinson Cavani : l’aléa sportif. La balle qui accroche la ligne ou qui sort de deux millimètres au tennis, le spectateur ivre qui bondi d’un lacet et fait tomber un champion cycliste ruinant tous ses efforts, un container flottant dans la mer qui détruit un multicoque etc. L’homme n’est pas tout puissant ni dans le sport ni dans aucun autre domaine. Le PSG avait tout fait pour écraser son adversaire beaucoup plus faible que lui sur cette double confrontation (on compte une bonne dizaine d’occasions franches pour le PSG pour quasiment aucune côté Manchester), l’aléa sportif en a décidé autrement. C’est douloureux mais pratiquer un sport ou supporter une équipe c’est aussi cela ; accepter ce qui semble inacceptable et en sortir grandi.

 

Que faire de cette défaite ?

Si on suit ce raisonnement, le plus urgent c’est de ne pas réagir sous l’emprise de la colère, de l’incompréhension, de l’humiliation. Ni en virant la moitié de l’effectif, le coach et toute la hiérarchie, ni en sortant le carnet de chèque de manière compulsive. Le PSG est sur le bon chemin avec Thomas Tuchel, ce n’est pas un évènement dénué de sens qui doit l’en dévier. L’effectif du PSG est d’une très grande qualité bien qu’un peu limité en quantité. Neymar et Cavani l’ont prouvé à travers leurs réactions respectives, l’effectif est tout entier soudé et tourné vers cet objectif. Avec la jeunesse qui le compose, il n’est surtout pas le moment de le disperser aux quatre vents. Notre heure viendra, mais pour l’instant notre devoir de supporters est de montrer notre soutien et notre amour à notre club et aux joueurs ; à commencer par dimanche 17 mars au soir.

L’Everest ne se gravit pas sans difficulté, sans doute ni souffrance.

Henri Lacoste