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La croisée des chemins

Le Paris Saint-Germain a réussi l’impossible hier soir : être éliminé chez soi par une équipe qui, consciente de ses faiblesses, ne cherchait même pas la victoire. Et encore moins la qualification. Une humiliation, une de plus, deux ans après celle de Barcelone, qui classe le club parmi les perdants ridicules, les riches incapables, les repus indignes.

 

Une performance absurde

« Après le coup de sifflet final, sur le terrain d’un Parc des Princes déserté par les parisiens gisait une troupe de perdants. Informe, ratatinée…  Elle était composée de joueurs qui nous représentaient, que nous supportions et qui, une fois encore, nous ont trahis. »

Ces quelques phrases tapées avec tristesse, avec rage, je voulais les effacer. Je trouvais cela trop violent, indigne de nous. Mais comment être mesuré après le match d’hier soir ? Comment analyser l’absurde ?

La tactique, la technique, l’adversaire, l’arbitrage, l’ambiance, tous ces paramètres dont nous nous servons habituellement pour comprendre un résultat ne sont aujourd’hui d’aucun secours.

Le Paris Saint- Germain s’est autodétruit comme rarement une équipe en coupe d’Europe. La faiblesse, flagrante, de l’adversaire et la force supposée de l’équipe parisienne rendait tout retournement de situation « classique » impossible ? Qu’a cela ne tienne, les joueurs du PSG ont innové en donnant littéralement la qualification aux Anglais. Ces derniers étaient trop diminués pour créer le danger ? Pas grave, c’est Paris qui régale en offrant les trois buts. Le PSG aurait pu marquer et se mettre à l’abri ? Oui, sans le moindre doute, s’il avait seulement tenté de relever la tête après le deuxième but des mancuniens… mais il a abandonné. Il a sombré par peur, par faiblesse mentale.

 

« On n’a plus rien à vous dire »

Cette phrase hurlée par les membres du Collectif Ultras Paris à certains joueurs parisiens venus les saluer après le match est très lourde de sens. Elle sonne d’abord comme l’expression d’une déception et d’une colère immense. Mais aussi, et surtout, comme une rupture définitive avec cette équipe-là, avec certains de ces hommes-là.

Même les cancres savent que le professeur qui ne vous adresse plus la parole a, de fait, renoncé à vous faire progresser. Renoncer à la parole, à l’échange, c’est abandonner tout espoir d’une amélioration future. Et même ces joueurs-là doivent savoir que des supporters qui renoncent à exprimer leurs reproches ne sont pas de bons clients soumis, mais des gens que le manque de courage, d’âme a fini de dégoûter.

Le changement d’entraineur a au moins eu cela de bénéfique : il a pointé aux yeux de tous les joueurs comme premiers et principaux responsables de ces deux faillites. Nous nous étions peut-être trompés en accusant Unai Emery de tant de maux après la remontada… Mais cette erreur ne peut être commise avec Thomas Tuchel. L’Allemand peut ne pas avoir été inspiré hier, il peut même avoir raté son match mais rien n’excuse ni n’explique la débâcle de nos joueurs.

 

La croisée des chemins 

S’il y a bien un constat qui s’impose clairement aujourd’hui, malgré le brouillard où nous sommes, c’est l’impérieuse nécessité de changer les choses. Et les hommes. Les échecs multiples sont trop difficiles à surmonter ? Le passé, souillé par ces deux « remontadas », est trop lourd à porter ?  Très bien, alors de ce passé faisons table rase.

Comment croire en effet que ce capitaine, Thiago Silva, va pouvoir un jour remplir pleinement le rôle qui est le sien ? L’a-t-on vu soutenir le jeune Kehrer après sa bourde ? L’a-t-on vu calmer ses coéquipiers dans une fin de match qui ne demandait qu’à être maitrisée ? L’a-t-on vu enfin hausser le ton par orgueil, par fierté, par respect pour le club qui le paie si cher ?

Non. Jamais.

Comment croire que Dani Alves et Gianluigi Buffon peuvent être l’avenir d’un club qui doit tourner la page ? Qui peut espérer que leurs performances suivent une courbe ascendante alors que leurs magnifiques carrières s’achèvent ? Ont-ils montré depuis leurs arrivées au Paris Saint-Germain qu’ils sont les leaders dont ce club a besoin ?

Non. Jamais.

Comment croire que ce milieu de terrain, composé de joueurs traités en cracks, est au niveau des meilleurs lorsqu’ils coulent face à Scott McTominay, Pereira et consorts ? Ont-ils prouvé leur valeur en rivalisant avec les meilleurs ? Ont-ils montrés la personnalité suffisante pour être les poumons, les nerfs d’une équipe qui veut gagner la Ligue des Champions ?

Non. Jamais.

Il n’est pas question de prétendre que ces joueurs ne sont pas bons ou qu’ils ne pourraient pas avoir du succès dans un autre contexte. Pas question non plus de demander à changer la moitié de l’équipe. En revanche, la question du capitanat va devoir se poser. Il nous semblerait invraisemblable que notre milieu de terrain bricolé ne soit pas entièrement repensé. Enfin, il serait fou de vouloir aller plus haut en comptant sur des leaders aussi faibles ou aussi déclinants.

La première humiliation nous avait laissés tristes, amers et choqués. Celle d’hier soir doit replacer l’intérêt du club au-dessus de toutes autres considérations et changer profondément le visage pitoyable du Paris Saint-Germain.

 

Lawrence Elvidge