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Edito : Tout sauf le foot

« Comme des cons ». C’est la Une du journal l’Equipe du vendredi 29 mai. Elle est bien trouvée cette Une. Alors que le gouvernement français a sonné il y a plusieurs semaines, en plein coeur de l’épidémie de Covid-19, l’arrêt des championnats des sports professionnels, nos voisins européens avaient décidé d’attendre l’évolution de la pandémie pour prendre une telle décision. La situation sanitaire qu’a traversée l’Europe ces trois derniers mois rendait évidemment secondaire la reprise de l’activité sportive, la reprise de l’ensemble des activités tout court.

Face à l’inquiétude d’une crise économique grandissante touchant l’ensemble des secteurs y compris le football, il ne restait qu’à penser. Penser à l’après, la reprise, la réorganisation, la manière dont on allait pouvoir relancer la machine en toute sécurité. Le confinement a un prix et ne peut être éternel. Quelles que soient les inquiétudes des uns et des autres, une fois l’épidémie moins présente, il faut reprendre une vie progressivement normale. Quand l’Allemagne prévoyait déjà une reprise à huis-clos en mai, l’Espagne, l’Italie ou encore l’Angleterre planchaient sur un plan de reprise prévoyant plusieurs scénarios, plusieurs dates. La France aussi, dans un premier temps. Mais alors que la symphonie s’imposait, la cacophonie a régné. Chacun défendant son bout de gras, ses intérêts personnels dans une période où l’unité n’a jamais été autant indispensable. Saison blanche, saison gelée, play-off, recours devant les tribunaux, syndicats de joueurs défavorables à la reprise… L’image renvoyée a été déplorable et le football français n’en avait pas besoin.

Soudain, tout s’est arrêté. Le 28 avril, Edouard Philippe présentait le plan de déconfinement du pays et annonçait par la même la fin de saison des sports professionnelles. Ah bon ? Les autres secteurs et travailleurs allaient reprendre, mais les footballeurs non… Dans l’opinion, cela aurait fait tâche. En France, le foot est assimilé au fric. Et qu’importent les dizaines de milliers d’emplois qui gravitent autour, les milliers de salariés qui se retrouvent sur la touche. Qu’importe l’importance du football dans la reprise de la vie. Après tout, ça se saurait si la France était un pays de football. Ailleurs, parce qu’il faut toujours comparer avec ce qu’il se fait autour, une telle décision ne semble pas envisageable. Les Allemands reprendront en mai, à huis-clos, et ont compris que c’était mieux que pas de foot du tout. En Angleterre et en Espagne, une reprise de la vie ne peut se faire sans reprise football. Ce dernier est inhérent à la culture de ces deux pays et quelques semaines plus tard, la Premier League et la Liga vont acter leur reprise en juin. En France, il est déjà trop tard. Après avoir consulté le patron de la FFF, Noël le Graet et Didier Deschamps (qui n’avaient stricto sensu que très peu d’intérêt à voir la Ligue 1 reprendre), et face à la faillite de gouvernance du football français, Emmanuel Macron a donc décidé que le championnat de France ne reprendrait pas. Noël Le Graët aura réussi à défendre sa finale de coupe de France et ses matches amicaux de l’Equipe de France, c’est bien le principal à ses yeux. Chacun défend sa boutique, et tant pis pour le football français.

Tant pis aussi pour le PSG et l’OL qui devront disputer une Ligue des Champions sans rythme dans les jambes. Ça peut être comique. Moins comiques sont les annonces au fil du temps de la reprise de l’ensemble des secteurs en France. Autorisation pour les parcs d’attraction de rouvrir avec public, même chose pour les lieux de culte. Théâtres et musées rouvriront le 2 juin, les cinémas le 22 juin. Tout reprend, sauf le foot (même à huis-clos !), isolé et boycotté. Parmi les cinq grands championnats européens, les quatre autres ont acté leur reprise. L’Allemagne a repris et on peut même déjà parler de réussite. C’est à se demander si la Ligue 1 mérite encore le statut de « cinquième grand championnat ». Jean-Michel Aulas mène un rude combat pour la reprise du championnat et l’annulation des décisions prises mais il est bien seul, et il ne le doit en partie qu’à lui-même. En attendant, le football français renvoie une nouvelle fois une image grotesque, laissant acteurs, observateurs et supporters comme des cons.

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