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Dans l’irréel

« Les chances de qualification sont de 100%. Jamais la situation ne s’est inversée au retour après un score d’une telle ampleur au match aller ». Bizarre, l’impression d’avoir déjà entendu cette phrase. Décidément, le PSG adore déjouer les pronostics. On aime à dire que le football est une science inexacte, mais ce club repousse les limites en la matière.

Défaite 3-1 donc, le scénario catastrophe dont personne ne voulait entendre parler. Je m’étais préparé à cette éventualité, non pas que je ne croyais pas en la force du PSG à se qualifier tranquillement ou que je sois devenu devin dans la nuit. Disons que je me suis forgé une sorte d’armure au préalable, en cas de circonstances extraordinaires. Et elles ont eu lieu, ces circonstances extraordinaires. Ce match ne devait pas leur échapper. Pourtant, Thilo Kehrer a fait cette passe odieuse à Thiago Silva, qui a permis l’ouverture du score mancunienne et l’a fait trembler jusqu’à son remplacement. Pourtant, Gianluigi Buffon, le gardien à l’expérience longue comme la muraille de Chine, censé apporter son calme et sa sérénité, rassurer sa défense en cas de fébrilité, a donné tout seul ce deuxième but à Romelu Lukaku. Le portier italien restera toujours une légende et l’un des meilleures gardien de l’histoire de ce sport, il n’empêche que j’aurais aimé voir la réaction de plusieurs observateurs si Alphonse Areola avait fait la même erreur. Pour continuer dans ce dernier pourtant, Presnel Kimpembe s’est tourné sur la frappe sans danger de Diogo Dalot alors qu’il aurait du faire face. Nous avons été assez à vouloir réclamer de l’aide à l’arbitrage après ce fameux 8 mars 2017 contre Barcelone pour critiquer la VAR une fois utilisée dans le sens inverse. Un joueur des Red Devils aurait fait cette même main à ce moment du match, nous aurions tous réclamé le penalty. Et de toute façon, Paris ne perd pas le match sur cette dernière situation.

Je déteste cette culture de l’instantanéité, qui consiste à vouloir désigner des coupables à tout prix, se trouver des boucs-émissaires afin de pouvoir ensuite dormir sur ses deux oreilles. Mais qu’on ne me parle pas de problèmes tactiques ou footballistiques hier. Le onze de Manchester United était amputé de ses meilleurs joueurs, des bambins sans une minute de jeu en professionnel sont rentrés en fin de match. Les trois buts ont été servis sur un plateau. Àaucun moment les hommes d’Ole Gunnar Solskjær n’ont été supérieurs à ceux de Thomas Tuchel. Même en menant 2-1, ils étaient pratiquement résignés à abandonner tout espoir de qualification.

Thomas Tuchel avait prévenu en conférence de presse que rien n’était joué d’avance, qu’il fallait se méfier et jouer ce match avec sérieux. Le message n’est jamais arrivé jusqu’aux oreilles des joueurs. Comment est-ce possible de mettre aussi peu d’engagement et de rythme après avoir réalisé une telle prestation à Old Trafford ? De jouer en étant aussi peu organisé, coupé en deux ? De répéter les mêmes erreurs individuelles ? De constater les mêmes maux ? De connaître ce déficit mental à l’approche d’une qualification certaine ?

Le Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, émir du Qatar et propriétaire du PSG, avait fait le déplacement dans la capitale pour assister à la rencontre.Comme si les planètes étaient alignées pour lui montrer qu’il fallait changer quelque chose dans son club. Quid de l’avenir de certains joueurs, encore défaillants au moment de s’accrocher dans la tempête et de montrer un visage de vainqueur ? Quid de l’avenir du président Nasser Al-Khelaïfi, dont on lui reproche beaucoup son éloignement du sportif cette saison et d’avoir laissé Thomas Tuchel s’écharper avec son directeur sportif Antero Henrique sans intervenir ?

Des choses doivent de toute évidence changer. Un phénomène de répétition à ce point peut tenir compte d’une part d’irréelle, et dans ces cas là le PSG est maudit et condamné à ne jamais remporter la Ligue des Champions. Soit il faut relever la tête et bouleverser ce qui doit être bouleverser.

Àl’heure où j’écris ses lignes, même à tête plus reposée qu’hier soir, il m’est encore difficile de désigner les axes qui doivent évoluer. Car ce match en lui-même n’est pas explicable, très dur à analyser.

Kylian Mbappé avait prononcé cette phrase à juste titre après le succès au match aller en terre anglaise : « Il faut arrêter de vendre la peur. Il faut que les gens arrêtent d’avoir peur. Le foot ça se joue sur un terrain ».

Pourtant hier, vous y étiez sur le terrain. On n’a pas fini de ressasser les fantômes du passé.