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Ce que Paris doit au Bayern

Dominé dimanche soir en finale de la Ligue des champions face au Bayern Munich (1-0), le Paris Saint-Germain devra tirer les enseignements de ce match, sur et dehors du terrain. On ne se rassure pas toujours en se comparant mais il arrive parfois que l’on progresse. C’est ce que l’on souhaite à Paris. 

Qui a fait de l’allemand à l’école sait que les professeurs qui enseignent la langue de Goethe ne sont pas les plus tendres. Et, quand la leçon est donnée par une bande de bavarois baraqués, forcément ça laisse des traces. Le Bayern, avec sa morgue, avec son mépris pour le nouveau riche parisien, peut cependant avoir rendu service au PSG en lui ayant montré, par contraste, le chemin qu’il lui reste à parcourir pour lui tenir tête.

La double vie du Paris Saint-Germain

Pour ce match historique face à ses compatriotes Thomas Tuchel avait choisi le 4-3-3 avec un plan de jeu assez classique qui peut se traduire par une équation assez simple : (le bloc + Mbappé + Neymar) – l’adversaire = x. X étant le résultat du match. Simpliste vous trouvez ? Pas tellement. En tout cas pas pour le jeu offensif que notre petite formule résume assez complètement. La sophistication, la tactique, tout ce qui fait la patte d’un coach, et qui n’est que peu visible dans le jeu d’attaque des Rouge et Bleu, se niche plutôt au PSG dans la façon de défendre. Le comportement des milieux, des latéraux, du bloc équipe fait en effet l’objet de réglages plus fins, plus palpables.

Le club allemand, quant à lui, a fait étalage tout au long de la compétition d’une palette offensive très large. Comme les Lyonnais avant eux, les Parisiens ont souffert dimanche de la vitesse des enchaînements allemands sur les côtés et de leur jeu en appui-remise dans l’axe. Sortir sur le premier relanceur bavarois, comme a pu le faire Caqueret sur Thiago Alcantara, surveiller les montées de Goretzka et Müller, ou encore couper les lignes de passes vers Lewandovski, voilà grossièrement résumée la tâche très ardue qui attend une équipe qui se met en tête de contrôler l’armada bavaroise.

C’est cette menace multiforme qui rend le jeu offensif limpide de cette équipe extrêmement difficile à contrer. La défense n’est pas en reste et il serait dommage de ne pas relever le degré de rigueur et de détails qui a permis aux hommes d’Hansi Flick de freiner puis, au fil du match, d’annihiler presque totalement le trio d’attaquants parisiens. La désynchronisation des latéraux du Bayern, le travail de leurs milieux sur Neymar, leur façon de presser la relance parisienne, du tout cela était superbement orchestré et participe de l’impression de supériorité, de rouleau compresseur, qu’a donné cette équipe en seconde période surtout.

Comparer les plans de jeu des deux finalistes permet de mieux cerner les manques du club français. Les Allemands ont joué du Mozart, les Franciliens ont répondu par du David Guetta… footballistiquement cela se traduit par un manque de variations, de recherche et d’ambitions dans le jeu qui, à ce niveau, pardonne de moins en moins. Cela dessine aussi les limites, au moins managériales, de l’entraineur Souabe du Paris Saint-Germain. Pour triompher et soulever le trophée, il aurait fallu un plan B ou, à défaut, un plan A un peu plus élaboré.

Mais comment aurait-il pu en être autrement quand l’Europe rime autant avec schizophrénie ? Depuis le début de l’année 2020, le PSG s’est présenté sur le terrain 17 fois en 4-4-2 et seulement 5 fois en 4-3-3. Un système rare donc, et quasi exclusivement réservé à la Ligue des champions où il a été utilisé 4 fois. La C1 représente donc 80% de l’existence de ce schéma. Oui, on insiste lourdement parce que cette schizophrénie en peut mener nulle part ; parce qu’une double vie comme celle-là n’est pas tenable.

L’idée de jeu manque encore  

S’il y a une leçon à retenir du Bayern, et de ce Final 8 en général, c’est que l’adaptation n’est plus synonyme d’intelligence. Au contraire, elle tue. Elle a bousillé l’équipe de Guardiola en quart, elle a condamné celle de Nagelsmann en demie et a fini par avoir la peau du PSG en finale. La suprématie de Liverpool l’avait déjà montrée l’année dernière et celle des Allemands cette année n’a fait que le confirmer. Désormais dans le football des clubs européens, la victoire revient souvent à l’équipe qui aura le mieux défendu sa vision du foot, sa vision du jeu. Le manque de foi, de caractère tactique a souvent été sévèrement puni (Laurent Blanc a payé pour le savoir face à l’Espagne en 2012 avec les Bleus ou à City avec le PSG en 2016), désormais il est presque systématiquement rédhibitoire.

La cohérence et la sophistication tactique ne sont pas les seules vertus qui aient permis aux coéquipiers de Kingsley Coman de l’emporter. Le Français, absent des onze de départ de son équipe aux deux tours précédents, devenu bourreau de son ancien club, est une démonstration brillante de cette force de frappe étendue, collective, qu’évoquait à sa manière Kylian Mbappé après la qualification face au RB Leipzig : « Je pense qu’on s’est améliorés (Neymar et lui-même, ndrl) aussi dans notre rapport aux autres. On est moins centrés sur tous les deux. On a su créer un contexte où on se soucie beaucoup plus des autres. Parce qu’on a compris que c’est avec les autres qu’on va réussir à gagner et pas seulement à deux. »

L’intégration des deux stars dans l’équipe est donc encore en cours. Les progrès sont déjà visibles et cette prise de conscience est peut-être la meilleure nouvelle de cette aventure portugaise. Ce processus, pour arriver à son terme, doit être accompagné, guidé, par une idée de jeu plus détaillée à laquelle le duo franco-brésilien pourra se raccrocher quand, comme dimanche, ils ne trouvent pas seuls la solution. Paris joue-t-il haut ? Paris presse-t-il ? Paris veut-il la possession ? Est-il une équipe de contre, prenant ainsi à contre-pied sa propre identité et la volonté de ses hauts dirigeants ? Ce n’est pas très clair et quand c’est flou, on le sait, il y a souvent un loup.

Pour affirmer un style plus lisible, il manque encore et toujours le soutien d’un milieu de terrain plus fort, plus complet. Dans cette optique un joueur capable de monter plus haut sur le terrain, d’être un relais dans les fameuses transitions vers l’avant ferait du bien. Un peu comme un Camavinga lorsqu’il permet à Rennes de prendre totalement le contrôle d’un match contre Lille jusqu’alors équilibré. Aller chercher Camavinga est une idée, et ce serait là encore marcher dans les pas du Bayern… ou du Lyon des années 2000. Prendre les meilleurs joueurs de Ligue 1 comme base du recrutement, ça parait évident mais Paris a, pour le moment, plus tendance à vendre ses jeunes joueurs français qu’à en recruter.

Le Bayern Munich a également en commun avec Paris d’être à la fois le club le plus détesté et le plus aimé de son pays. C’est une position étrange qui lui a forgé un caractère qui a transpiré de tout son Final 8 et particulièrement de sa préparation de la finale. Pas de cachoteries, pas de chichis, pas de composition secrète, juste l’assurance d’être très forts ensemble. Une attitude forte qui tranche avec celle de l’encadrement parisien. Surtout quand, quelques heures après, se pointe sur le terrain l’équipe que tout le monde avait devinée depuis la fin de la demi-finale.

Alors, maintenant qu’est vaincue la malédiction des huitièmes ou des quarts, il n’y plus de raison de paniquer face au grand match comme un lapin pris dans les phares. Il a fallu presque une décennie pour que ce PSG en arrive là dans cette compétition si spéciale. Dix ans, c’est long et c’est court, comme dirait Françoise Hardy, c’est le temps de l’amour et de s’affirmer en grand d’Europe.

Lawrence Elvidge

Paris United

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