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Édito : Neymar, un roi sans couronne

Parfois brillant, souvent agaçant, Neymar a cultivé son paradoxe cette semaine en passant à côté de ses deux matchs contre Manchester City. Tel un Don Quichotte en crampons, partant seul à l’assaut de moulins à vent bleu ciel. Frustrant et désespérant. 

C’était donc ça, partir à la guerre. C’était donc ça, mourir sur le terrain. Une simple bagarre de récré, une petite escarmouche, une charge inutile menée par un homme seul, fonçant tête baissée vers des adversaires plus forts, plus grands et plus nombreux. Un coup d’épée dans l’eau qui n’a bien évidemment pas suffi à renverser Manchester City et à envoyer le PSG à Istanbul pour une deuxième finale de Ligue des Champions.

Seule une averse de grêle aura finalement donné à la pelouse de l’Etihad Stadium les allures du champ de bataille promis. Car le reste a surtout ressemblé à une démonstration théâtrale d’un Neymar version Miguel de Cervantes. Un Don Quichotte en crampons, se battant vainement contre des moulins à vent bleu ciel, lui faisant perdre le sens de la réalité et le noyant dans ses illusions. Un picaresque footballistique au dénouement tragique.

Neymar. Ce héros des soirées victorieuses et le bouc-émissaire des éliminations douloureuses. Tel est le prix à payer après un mariage aux 222 millions de raisons d’espérer. A force de tutoyer les sommets, la chute devient de plus en plus douloureuse. Et même si les étoiles ne tombent pas du ciel, le Brésilien est au sol. Sonné. Désemparé. Confronté à des réalités et à des limites qu’il n’a pas su repousser, quatre ans après son arrivée triomphale à Paris.

La déception du numéro 10 parisien est forcément à la hauteur des attentes placées en lui. Et elles sont immenses. Le PSG ne l’a pas recruté pour se contenter de voir son nom briller sur la Tour Eiffel un soir d’été. Neymar et Paris, c’était le mariage rêvé. La promesse de conquêtes et de succès. La certitude de tout gagner. De tout renverser. Mais avec le temps, le Brésilien est devenu un mystère sans espoir de révélation. Et donc une frustration.

Il devait incarner ce PSG qui brille, qui force le respect des adversaires et l’admiration des supporters. Il est au contraire devenu le symbole de tous les maux parisiens. Un déplaisant mélange d’arrogance et de suffisance. Ce sale gamin capricieux qui casse son jouet quand on lui dit non. Ce collègue prétentieux qui refuse de l’aide en se pensant supérieur. Cet ami borné qui n’a pas besoin de vous et qui veut tout organiser.

Voilà ce qu’est Neymar. Un joueur merveilleux qui n’a toujours pas grandi. Un artiste capable de tout renverser et de perdre ses nerfs pour un dribble raté ou une faute qu’il n’a pas appréciée. Un virtuose à l’équilibre précaire, un sauveur auto-proclamé, un magicien fascinant et agaçant qu’on finit par aimer détester ou qu’on déteste aimer. Le Brésilien ne se contente pas de cultiver tous ces paradoxes : il est un paradoxe. Et à mi-temps, pour ne rien arranger… 

Ce statut à part au PSG, Neymar ne l’a même pas réclamé. Non, le club l’a accepté. Comme une preuve que l’amour n’est qu’une servitude. Qu’importe ses caprices, qu’importe ses manquements, qu’importe son comportement, le Brésilien marche sur un tapis rouge, escorté par les louanges et les marques d’affection. Il règne et contemple le vaste Empire qu’il a su conquérir. Ses employeurs qui l’admirent. Ses partenaires qui lui obéissent. Paris ou la cour de Neymar. De l’Emir à ses plus humbles serviteurs. Prosternez-vous devant ce roi sans couronne !

Nicolas Puiravau

Paris United

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