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Face à Manchester, le PSG ne doit pas gérer

Manchester United se présentera au Parc des Princes affaibli par de nombreuses absences alors que l’équipe de la capitale, elle, semble plus forte que jamais. Pourtant l’avenir européen du Paris Saint-Germain passe bel et bien par une performance de très haut niveau. Explications.

 

Paris sort de l’ombre

Quelques mois après l’arrivée de Thomas Tuchel à la tête de l’équipe, il est évidemment trop tôt pour faire le bilan d’un voyage encore inachevé. Mais, on peut d’ores et déjà reconnaître que le trajet est plaisant et qu’il nous permet de contempler un paysage assez inédit. Le Paris Saint-Germain est en effet dans la position assez rare d’une équipe qui semble avoir gagné sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions dès son match aller. Avoir gagné par deux buts d’écart à l’extérieur face à un nom aussi ronflant que Manchester United est une performance qui attire les projecteurs et qui, que vous le vouliez ou non, que ce soit mérité ou pas, vous place au premier rang des prétendants à la victoire finale.

Voyons un peu qui est assis à côté de Paris, quels sont les autres très bons élèves de la classe Europe. Tous les espoirs anglais reposent désormais sur Manchester City qui semble arriver à maturité grâce notamment au travail du maître, Pep Guardiola. L’Atletico de Madrid, impressionnant face à la Juventus, et le FC Barcelone, dont c’est la priorité, se posent comme des clients très sérieux, tous deux devraient franchir l’obstacle des huitièmes. Le Real Madrid a connu hier soir, face a un Ajax Amsterdam éblouissant,  le crash qui marque souvent la fin des très grandes équipes. Le strapontin, enfin, est pour le Bayern Munich qui avance masqué mais qui a sous son allure incertaine des arguments qui peuvent encore faire frémir, prudence donc.

Deux constats s’imposent : il a rarement été plus difficile de désigner un favori, une équipe au-dessus de la mêlée, et, dans le même temps, jamais le Paris SG n’a semblé si bien placé. C’est un bouleversement considérable après trois ans sous domination madrilène. Et un immense espoir pour tous les suiveurs du club parisien.

 

L’importance du mouvement

Ce changement, le PSG en est en partie responsable. Cette saison sous Tuchel est en effet placée sous le signe du mouvement permanent, de la remise en question tactique et de la progression constante.

Comme Paris United vous le détaillait récemment ici,  il n’y a plus de système figé, plus de position inamovible. L’équipe est protéiforme, adaptable aux forces dont elle dispose et aux faiblesses identifiées chez l’adversaire. Cette élasticité autorise une plus grande variété dans le jeu et permet à certains joueurs de franchir un cap. Verratti n’a pas oublié comment se pratique le jeu de possession mais il y a ajouté une option plus directe. Marquinhos ne s’est pas transformé d’un coup mais a développé ses qualités rares, pour devenir encore plus indispensable à l’équipe dans un rôle nouveau. On pourrait ainsi passer un bon moment à faire l’inventaire des améliorations dues au mouvement, au changement permanent voulu par le coach allemand.

« Tuchel m’a obligé à sortir de ma zone de confort » déclarait récemment Marquinhos. Une phrase qui pourrait être reprise à leur compte par de nombreux joueurs de l’effectif, notamment ceux qui sont au club depuis plusieurs années. Après une période difficile (souvenons-nous du match aller à Liverpool), on assiste à l’épanouissement d’un collectif régénéré.

Dans cette métamorphose, ne sous-estimons pas l’importance pour cette équipe d’avoir été rapidement confrontée à la difficulté. Avec un groupe de Ligue des Champions relevé comme jamais et un milieu de terrain amputé de Rabiot, il a fallu travailler dans l’urgence pour ne pas voir la saison tourner rapidement au fiasco. Tuchel voulait des changements, les circonstances lui ont permis une révolution.

 

Un apprentissage à poursuivre

 Ne faisons pas l’erreur de croire que cette révolution est terminée. Si le mouvement s’arrête, que l’excitation cède la place au confort, ce ne sera pas le signe d’un aboutissement mais le début de la (re)chute. Comme l’a souligné Kylian Mbappé à l’issue du match aller à Old Trafford, nous sommes sortis de la période de « peur » qui accompagne tout changement, pour entrer de plein pied dans la phase d’apprentissage.

Ce n’est donc pas seulement une histoire de « message à envoyer à l’Europe », de « match à bien gérer » ou encore de « fantômes de remontada à chasser », c’est avant tout une affaire de construction et de progression. Pour avancer encore dans ce chantier inédit, il sera important de laisser de côté le résultat du match aller. Marcelo Bielsa, entraineur de Leeds, déclarait en conférence de presse que « dissocier le résultat du cheminement est la seule manière de survivre ». Une phrase souvent prononcée quand ca va mal, quand il faut gagner du temps. Mais pour Paris c’est l’inverse, il s’agit de ne pas en perdre et de jouer contre Manchester comme si la campagne européenne toute entière en dépendait, car en en un sens, c’est le cas !

Combien sont les matchs qui vont permettre au PSG de réellement progresser cette saison ? Ce nombre est-il suffisant pour ne pas saisir pleinement toutes les occasions qui se présentent ? Certainement pas. Ce soir il ne faudra pas faire la fine bouche car c’est une de ces rares rencontres qui peuvent accélérer la progression des joueurs parisiens. Gérer ce match à la façon d’une équipe finie, terminée, achevée serait prendre un risque considérable. Notre seule certitude, pour le moment est que le mouvement est bénéfique à cette équipe, à ce groupe. Il faut donc absolument le perpétuer par plus d’audace, plus d’expériences, plus de performances à haute intensité. Et ne surtout pas laisser retomber l’enthousiasme palpable de joueurs qui semblent s’être extirpés d’un confort qui les rapetissait. Cette équipe n’a pas encore les succès qui peuvent lui permettre, comme le Real Madrid la saison dernière, de changer de braquet selon la difficulté de la pente. Rien dans son vécu ne l’autorise au relâchement ou à la gestion mais tout, cette saison, l’appelle à poursuivre la politique du mouvement permanent pour perfectionner sans cesse son équilibre naissant.

Non, le PSG ne peut pas faire l’économie d’un gros match face à Manchester United, peu importe le onze que Solskjaer alignera. Il nous faut voir plus loin que ce huitième de finale pour espérer rêver plus grand !

Lawrence Elvidge