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Draxler, le valet devenu roi

L’international allemand, arrivé dans la capitale en janvier 2017, a conquis une place de titulaire dans le onze depuis septembre dernier. Après avoir joué les faire-valoir sous Unai Emery, le milieu parisien a su monter sur le trône d’un secteur sinistré pour se rendre indispensable dans les petits papiers de Thomas Tuchel. Par ses qualités indéniables, son adaptabilité tactique et une constance dans les performances.

 

Un changement de statut avec Tuchel

Dire que Julian Draxler était très heureux en août dernier de l’arrivée de Thomas Tuchel sur le banc du PSG relève du pléonasme. Entre les deux compatriotes allemands, la confiance et l’entente transpirent. « Il peut s’adapter avec son talent, sa qualité. Il a amélioré sa mentalité dans le jeu, il peut jouer à plusieurs postes. Il est très très fiable », paroles de coach. Une relation qui contraste de celle avec Unai Emery, son ex-entraîneur dans la capitale. Lui considérait plutôt le champion du monde 2014 comme un douzième homme, un élément de rotation.

Depuis la 5ème journée de Ligue 1 à Saint-Étienne, le joueur aux 25 printemps est devenu indéboulonnable du onze parisien. Thomas Tuchel l’a déjà aligné 33 fois cette saison, le plus haut total après Angel Di Maria (36), pour un ratio de 5 buts et 10 passes décisives.

Et décisif, il l’a été depuis début 2019. Avec la blessure de Neymar, il fallait ce talent offensif capable de distiller des caviars, créer des décalages et donner la passe dans le bon tempo. Il l’a fait brillamment en janvier contre Amiens (victoire 3-0), où il mystifie Bakaye Dibassy d’un double contact pour lancer Edinson Cavani, avant que Kylian Mbappé ne termine le boulot. Son petit numéro sur le troisième but avant de servir Marquinhos est aussi l’une des facettes de l’ancien de Wolfsburg : une qualité d’élimination au-dessus du lot. « Il n’y a pas que Neymar qui est technique à Paris, il y a un peu moi aussi », avait souligné en fin de match dans le ton souriant qu’on lui connaît le membre de la Mannschaft, bien content d’attirer les lumières si souvent centrées sur les stars de l’équipe.

« Le coach me pousse à me surpasser quand je joue parce qu’il y a beaucoup de concurrence dans l’équipe, ce que je peux accepter bien sûr. Mais si vous avez l’opportunité de jouer, vous devez prouver à l’entraîneur en marquant des buts ou en délivrant des passes décisives. C’est ce que j’essaye de faire quand je suis sur le terrain ».

De la régularité et de la continuité, enfin

De la parole aux actes, il n’y a qu’un pas que Julian Draxler a franchi. Des prestations abouties dans les matches suivants ponctués par deux nouvelles offrandes : une pour Angel Di Maria sur l’ouverture du score contre Lyon (défaite 2-1),  l’autre pour Kylian Mbappé lors de la victoire au Parc contre Rennes (4-1). L’Allemand affiche enfin une régularité qui lui faisait cruellement défaut depuis son arrivée au PSG, où on lui reprochait d’être un intermittent du spectacle.

L’enchaînement des matches joue un rôle mais son profil couteau-suisse, très apprécié par son entraîneur vu les difficultés du secteur du milieu cette saison, est aussi l’une des données pour comprendre le changement de cap du numéro 23 parisien : en relayeur à Gerland, côté droit au Parc contre les hommes de Julien Stéphan ou en meneur de jeu derrière l’attaquant contre Manchester United. L’adaptabilité tactique dont aime user Thomas Tuchel rentre parfaitement dans les critères de jeu de son protégé. Contre les partenaires de Paul Pogba, il avait assumé ce rôle de créateur principal de l’équipe, notamment en deuxième période.

 

Groupie du vestiaire

Sa dernière performance en date contre Dijon en Coupe de France (quarts de finale, victoire 3-0) marque l’un de ses meilleures matches de la saison. Positionné aux côtés de Leandro Paredes et Marco Verratti, l’international allemand s’est distingué par son toucher soyeux et cette légèreté dans les gestes, qui a donné quelques migraines aux Balmont, Amalfitano et Lautoa. Sa passe dans le dos des défenseurs dijonnais, avant le lob vainqueur de Di Maria, est dosée à la perfection. Pour le reste, il a effectué un récital : passements de jambe, contrôle orienté en pleine course, jeu à une touche, double contact… Un aperçu de la gamme étoffée de Julian.

Et si l’on s’éloigne des terrains, la donne reste la même. L’ex joueur de Schalke reste un homme épanoui. Depuis son début d’histoire avec le PSG, il a été rapidement adopté par le vestiaire et notamment le clan français, incarné par Presnel Kimpembe dont il est très proche. Sur les réseaux sociaux des joueurs parisiens, il est souvent à l’œuvre lorsqu’il s’agit d’amuser la galerie et de détendre l’atmosphère.

Aujourd’hui, pour le retour des huitièmes de finale de Ligue des Champions contre Manchester United, nul doute que Julian Draxler sera une nouvelle fois aligné dans l’entrejeu et attendu dans l’animation  et la création. Avant de redevenir un fidèle valet lorsque Neymar sera de retour. En attendant, la couronne lui va bien.

 

Visuel : Matthias Design