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Jonathan Calderwood, gazon béni

Tant quil y a pelouse, il y a matchet il y a Jonathan Calderwood. Depuis 2013, le jardinier du PSG a métamorphosé la pelouse du Parc des Princes de terrain lambda à véritable billard. Comme quoi, lherbe nest pas toujours plus verte ailleurs. Portrait ras la touffe.

 

 

Largement dégarni, Jonathan Calderwood n’a pas besoin de peigner ses cheveux, cela lui laisse un peu de temps pour brosser ses pelouses. Celles du Parc des Princes et du Camp des Loges, qu’il bichonne depuis 5 ans. A l’époque, l’état de la pelouse du Parc est « catastrophique »,dixit Olivier Létang, missionné par les Qataris pour dégotter la main verte capable de produire un gazon à la hauteur du projet « Rêvons plus grand ».

L’ancien directeur sportif du PSG se renseigne auprès d’une dizaine de personnes, dont Carlo Ancelotti, Claude Makélélé ou encore Gérard Houiller. Un seul nom ressort de toutes les bouches : Jonathan Calderwood. Un « ground manager » nord-irlandais élu meilleur jardinier de Premier League en 2009 et 2012. Coup de téléphone de Létang : « Allo John ? On a un problème de pelouse ici, on a besoin du meilleur, donc de vous ». Considéré comme une star en Angleterre, Calderwood quitte Birmingham et signe au PSG en mai 2013, où le natif de Belfast est élu meilleur jardinier de Ligue 1 quatre saisons d’affilée. Calderwood fait rapidement l’unanimité. « Monsieur pelouse ? Il est formidable, ce garçon est fantastique », s’enthousiasme l’ex-entraineur parisien Laurent Blanc. Adversaires du PSG en Ligue des champions, Messi et Neymar confient que la pelouse du Parc est « la plus belle sur laquelle ils aient joué »Zlatan Ibrahimovic avoue même en plaisantant être jaloux de la popularité du bonhomme. Encensé autant que ses pelouses sont ensemencées, Jonathan entretient une relation quasi-mystique au gazon. Un amour dont les graines ont été plantées il y a près de 25 ans, dans son pays natal d’Irlande du Nord.

 

Poète en herbe

A 15 ans, l’ado Calderwood ne manque aucun match du Glentoran FC, club nord-irlandais de l’Est de Belfast. Il effectue même un stage au sein de l’équipe d’entretien, à l’issue duquel il se découvre une vocation pour le métier de « ground manager ». Il quitte l’Irlande du Nord deux ans plus tard et file en Angleterre, dans le Lancashire, où il étudie le «Turf Science & Sports Ground Management» au Myerscough College pendant quatre ans. Titulaire d’un master en ingénierie agricole, le talentueux jeune homme commence par travailler en tant qu’assistant au stade de Wembley en 1997, avant de devenir responsable des terrains d’entrainement de Compton Park et du stade Molineux à Wolverhampton en 2001. Un an plus tard, c’est au tour d’Aston Villa de lui offrir plus de responsabilités : l’entretient des terrains d’entrainement, de la pelouse de Villa Parc, la gestion d’une équipe de 12 personnes et une place dans le board du club. Jonathan sème sa science agronomique comme personne, santé de la pelouse, graminées, analyse des sols, programmes de fertilisation, gestion des budgets… Sa relation au gazon est sensitive. Dans un entretien au journal L’Equipe, il explique avec poésie : «La pelouse ressemble à un adolescent. Elle est sensible et délicate. Dès que je marche dessus, je sais si elle est dans un bon ou mauvais jour. Pendant un match, j’observe les mouvements et les rebonds du ballon, sa vitesse de circulation, et je peux déterminer si le terrain est trop sec, trop humide, s’il y a eu trop d’air, trop de lumière, trop d’engrais… J’ai l’œil, c’est un don». 

« Ground manager est un métier noble. Mais en France vous n’êtes quun jardinier’ »

Avec son œil de vert, Calderwood capte immédiatement ce qui cloche avec la pelouse du Parc des Princes lorsqu’il la foule pour la première fois.  « Quand vous avez 20 ans dexpérience, cest très facile »,lâche-t-il. Le club lui donne carte blanche, alors le jardinier le mieux payé de France (environ 20 000 euros par mois, selon nos confrères de France 3) établit un programme de maintenance dans lequel tout y passe : semences, engrais, machinerie, systèmes d’éclairage, d’irrigation, de ventilation. Le plan est millimétré, avec une vision à long-terme : «Cest la différence entre moi et les autres. Je pense dix-quinze ans en amont, pas juste au jour le jour »Résultat : année après année, la pelouse du Parc des Princes dispute à celle d’Arsenal le titre officieux de meilleure aire de jeu continentale. Une consécration pour le désormais quarantenaire de Belfast, qui s’étonne du peu de respect et de considération que l’on porte aux jardiniers en France. Toujours à L’Equipe, il déclare : « Chez nous, ground manager est un métier très noble. Mais, quand je suis arrivé à Paris… Ici, on vous appelle le jardinier’ ». En 2018, Calderwood s’est fait chiper le titre de la meilleure pelouse de Ligue 1 par Emmanuel Bessong, en charge du gazon du Roudourou à Guingamp. La pelouse du Parc a donc été remise en état pour 600 000 euros à l’intersaison, afin de permettre à Neymar et consort d’évoluer sur ce qui se fait de mieux. « Ces gars-là sont de classe mondiale et quand ils sont à ce niveau, le terrain est une arme pour eux »« Mon rôle est de leur offrir une pelouse offrant la meilleur jouabilité et un risque de blessure minimal». Et pour la coupe ? 22 millimètres. Au cheveu près.

Thibault Girardet 

Paris United

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