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Antero Henrique : Portrait d’un autodidacte

Pepe, Hulk, Falcao, James… Tous acquis à prix « raisonnable », tous revendus à prix d’or. Une seule chose en commun : Antero Henrique. Véritable maître en la matière quand il s’agit de dénicher des pépites, le Portugais rejoint le PSG le 2 juin 2017. Une mission : relancer la politique sportive du club.

 

 

FC Porto (1990 – 2016) – Une ascension hors du commun 

Tout commence ici. Certainement pas en murmurant aux oreilles du Président Da Costa, mais plutôt derrière un bureau, en tant qu’employé administratif lambda. Et oui, avant d’être la figure du mercato qu’il est maintenant, Antero est d’abord entré par la petite porte. Arrivé dans le club portugais en 1990, il graviles échelons à toute vitesse. De gestionnaire des tarifs abonnements, il devient ensuite coordinateur du magazine du club« Dragoes ». L’homme de 49 ans termine par des postes plus stratégiques, comme celui d’attaché de presse, directeur des relations extérieures et enfin, directeur sportif. Il ne faut pas oublier qu’il possède une qualité non négligeable dans le milieu, Antero est polyglotte. En effet, en plus de sa langue natale (le portugais), il parle 4 autres langues : le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol. Une facette de sa personnalité qui lui permet de tisser de vrais liens avec les différents joueurs. Et s’il réussit à Porto c’est en partie grâce à cette capacité d’écoute, mais c’est aussi car, à ses débuts, c’est lui qui était au service des autres. « Antero c’était celui qu’on allait voir pour faire le sale boulot, pour régler les sales histoires, ou pour prendre les mallettes si vous voulez », nous confie une source proche du recruteur. C’est sans doute grâce à ce dévouement inconditionnel qu’il acquiert la confiance des dirigeants. « Il a envie de montrer qu’il est le meilleur », selon cette même source. Et il fait sans doute partie des meilleurs, en tout cas c’est ce que remarque le sulfureux Lucien d’Onofrio, représentant de Doyen Sports, un fond d’investissement qui orchestre en grande partie le FC Porto. Il voit en lui un bon négociateur et décide de le prendre sous son aile. Il lui apprend tous les rouages du métier et devient en quelque sorte son mentor. Ensemble, ils orchestrent les plus gros transferts qu’a pu connaître le club, mais nous y reviendrons.


Et c’est après 26 ans passés au service du club qu’Antero décide de claquer la porte. Il était le cerveau du FC Porto, il incarnait l’âge d’or des Dragoes. Alors pourquoi tout lâcher après un quart de siècle ? Et bien, les raisons diffèrent même si certaines paraissent indéniables. « Moi je vois deux raisons à son départ. La première : la prise de pouvoir d’Alexandre Pinto Da Costa, le fils du président de Porto et agent également. Une prise de pouvoir qui vient challenger l’autorité d’Antero, à l’époque numéro 2 du club. La seconde raison à mon sens, le retour de Jorge Mendes à Porto. Au début des années 2000, il prend de l’ampleur à Porto avant de s’ouvrir à d’autres horizons. Il commence à converger vers Benfica, et Porto fait de même avec la société Doyen Sports (ennemi de Mendes). Mais en 2016, Mendes fait son retour à Porto via la venue de son grand ami Nuno Espirito Santo comme coach. Seulement, Mendes ne rompt pas ses relations avec Benfica et Henrique n’a évidemment pas apprécié ». Alors l’ère portugaise s’arrête ici, Antero profite de ses quelques mois de liberté pour maintenir et étoffer son réseau, jusqu’a l’appel de Nasser Al-Khelaïfi…

 


Antero, le sérial recruteur

« Acheter des joueurs, c’est le plus facile. On peut acheter du café, mais le plaisir suprême, c’est de le produire. »
  Antero Henrique

Voilà comment il résume sa politique dans une interview accordée au Parisien. Paradoxalement, le club qui recrute le mieux est celui qui vend le mieux. Or Porto n’achète pas cher et revend à prix d’or : en Europe, le club portugais était un expert. Les comptes ont été faits et entre 2000 et 2016, le club a empoché 901,3 millions d’euros grâce aux ventes de joueurs ! Aucun club n’a fait mieux sur cette période.

L’une des principales raisons vous vous en doutez : Antero Henrique. Il bâtit au fil des années un réseau tentaculaire, 250 scouts et informateurs dans le monde entier. Il fait aussi en sorte de garder le même circuit préférentiel (D’Onofrio, Kia Joorabchian, Pini Zahavi, responsable du transfert de Neymar entre autres). Le réseau Antero, c’est LA raison de ses plus gros coups. Revenons sur certains de ces transferts :

 

>  Pepe : 2M€ à l’arrivée, vendu 30M€
>  Radamel Falcao5,43M€ à l’arrivée, vendu 40M€
>  James Rodriguez : 2,5M€ à l’arrivée, vendu 45M
>  Eliaquim Mangala : 6,5 M€ à l’arrivée, vendu 53,8M€ ce qui faisait de lui le défenseur le plus cher de l’histoire.

 

Mais alors attention… tout n’est évidemment pas aussi simple que ça. Et c’est là que les manoeuvres deviennent plus opaques.

Il existe au Portugal ce qu’on appelle la TPO, la tierce propriété, soit le Graal pour les clubs portugais. C’est un système interdit par la FIFA en 2015 mais détourné et qui permet de spéculer sur des « parts » de joueurs.  C’est concrète ment la vente par un club d’une partie des droits économiques d’un joueur à un tiers comme des fonds d’investissements mais aussi tout simplement des agents ou carrément les joueurs eux-mêmes. Revenons alors sur le transfert de Mangala. Il appartient à l’époque au Standard de Liège tenu par D’Onofrio. Après avoir été transféré à Porto, les dirigeants portugais ont cédé un tiers des parts du joueur à deux fonds dinvestissements : Doyen Sports Investmentslié à D’Onofrio et spécialisé dans l’uranium, le charbon et l’or, mais aussi Robi Plus, lié également à D’Onofrio. Le nom revient souvent n’est-ce pas ?
Résultat des courses : le joueur est revendu 53,8M€ à Manchester City, dont 30,5 pour le club, 17,9 pour Doyen Sports, et 7,4 pour Robi Plus. En moins de trois ans, les trois parties ont donc gagné plus de huit fois leur mise, et merci la TPO.

Alors quand Antero décide de débarquer sur le territoire français, il laisse derrière lui toute possibilité d’utiliser cette tierce propriété, interdite en France. Tout repose alors uniquement sur son réseau et sa force de persuasion, et c’est là qu’est le talent de l’homme… C’est d’ailleurs ce talent qui lui permis de s’implanter parmi les dirigeants du PSG. Rappelons qu’au début le club penchait pour l’Italien Andrea Berta, seulement la candidature d’Henrique est poussée par l’un de ses très chers ami, Marcelo Simonian, qui n’est autre que l’agent de Pastore. « Pour moi c’était une surprise qu’il rejoigne le PSG, c’est encore un mystère. C’était certes le numéro 2 de Porto mais il n’avait pas le monopole du mercato non plus. Je pense que le PSG veut absolument s’entourer d’hommes puissants et Antero Henrique est le premier à représenter cette tendance » nous confie Pippo Russo, sociologue et journaliste italien.

Seulement voilà, il y est et l’heure est à faire ses preuves. Et il ne perd pas de temps.

 

31 août 2017 : le jeune prodige du football français, Kylian Mbappé, entre dans les rangs du Paris Saint-Germain. Un transfert qui débute 3 mois plus tôt, le 2 juin 2017. Oui, le soir même de son arrivée au PSG, Antero est au restaurant avec la famille Mbappé. Et il n’en faut pas bien plus au recruteur pour comprendre la méthode à adopter. Il mandate alors l’homme de l’ombre, Luis Ferrer, scout du PSG qu’il connaissait déjà bien avant. La machine est alors lancée. Le 7 juillet, plusieurs représentants du PSG (Henrique, Emery, Ferrer et Westerloppe) débarquent à Bondy, au domicile familial des Mbappé. Mais dans la tête du jeune Monégasque, le PSG n’est qu’à la 3ème position derrière Monaco et le Real. Le stress monte, et si tout capotait ?

Ce serait mal connaître Henrique. Quelques jours plus tôt, Nasser met le jeune joueur dans la confidence et lui avoue l’arrivée prochaine de Dani Alves et Neymar. Mbappé constate alors que la première promesse est tenue. Alves rejoint le PSG, Kylian réfléchit…

Luis Ferrer est alors aux petits soins pour sa famille, et prend quotidiennement la température au domicile familial. L’opération séduction du PSG est crédibilisée avec l’arrivée de Neymar au PSG. Le choix d’Mbappé est fait, le reste n’est qu’argent. Le 27 août, un accord est retenu : le prêt d’un an avec option d’achat obligatoire à 180 M€. Le contrat est alors officiellement signé à 18h30 le 31 août 2017, à seulement quelques heures de la fin du mercato estival.

Antero Henrique marque l’histoire du PSG.

Malheureusement, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg…

 

Adepte des méthodes opaques…

Aussi talentueux qu’il puisse être, ceci n’est pas une ode à Mr. Henrique. Comme beaucoup dans ce milieu, il traîne derrière lui quelques casseroles qui ont d’ailleurs failli faire capoter son transfert à Paris. Tout d’abord, ses fréquentations interpellent. Nous l’avions évoqué plus haut, Antero était proche de Lucien D’Onofrio, connu des services de justice. Condamné en 2007 dans l’affaire des transferts illicites à lOM, le dirigeant d’Anvers écope dedeux ans de prison dont 6 mois ferme, 200 000 euros d’amende, et une interdiction d’exercer le métier dagent. Bien que le club belge a assuré l’année dernière qu’il y aura un accord entre Paris et Anvers, ce n’est pas la version que nous a livré D’Onofrio : « Aucun accord n’a été signé ou va être signé avec le PSG. Je n’ai plus du tout les mêmes relations avec Antero que lorsque nous étions à Porto ». Alors peut-être que ce retournement de situation est lié au mercato de cet été. D’Onofrio propose à Henrique deux milieux de terrain, Axel Witsel et Marouane Fellaini. Offres classées sans suite.

Deuxième relation, ou plutôt pratique douteuse disons : le transfert d’Eder, passé entre autres par une phase kidnapping. Selon l’enquête Football Leaks, l’agent Mohamed Afzal aurait été chargé par le FC Porto de recruter Eder à moindre coût. Nous sommes en janvier 2012, le contrat du joueur portugais expire en juin il est donc libre de signer n’importe où. Seulement son club de l’Académica de Coimbraespère quand même le vendre pendant le mercato hivernal. La Première League est intéressée, le joueur s’envole pour Porto rencontrer les dirigeants de West Ham. Pendant la réunion, il s’éclipse pour passer un coup de téléphone mais ne revient jamais. La police est alertée. Il s’avère qu’Eder était retenu en otage à Lisbonne par Afzal, qui a visiblement tout fait pour faire capoter le transfert du joueur à West Ham. Il ne réapparaîtra que le 1er février, soit le lendemain de la clôture du mercato. Au final, Eder ne jouera jamais à Porto, malgré le scénario Afzal-Henrique digne d’une grosse production américaine.

Les pratiques douteuses qu’Henrique a pu avoir à Porto ne manquent donc pas. On pense également aux méthodes d’intimidation qu’il manie à la perfection. Méthodes qui consistent, par exemple, à se servir des ultras du FC Porto pour mettre la pression sur les dirigeants ou joueurs ayant la mauvaise idée de ne pas partir de leur plein gré. Oui, il est prêt à tout pour arriver à ses fins et tient particulièrement à garder son entourage près de lui dans n’importe quel club.On retrouve ainsi au club son cousin à la tête de la cellule de recrutement João Luis Afonso. Et il n’hésite pas à inventer des intitulés de poste, pour Luis Fernandez par exemple, qui arrive au club avec quasiment le même poste que Carlos Ramogosa, ex-directeur technique du club. Maintenant, Antero a ramené un ancien de Porto pour assurer les fonctions de directeur technique, Paulo Noga. Ce qui ne présage rien de bon pour Fernandez…

 

Même quand il s’agit du fameux procès Fénix pour lequel il est mis en examen,il passe entre les mailles du filetet est finalement relaxé. Pour rappel, l’affaire évoquaitdes pratiques douteuses d’une société de sécurité qui travaillait pour son club. En d’autres termes, il était accusé davoir employédes gardes du corps sans habilitation et qui travaillaient pour une société accusée de pratiques mafieuses.

Cette affaire était le principal frein à sa venue au PSG.

 


Ses années PSG – Déjà la fin ?

Quand Antero signe au PSG il sait qu’il s’embarque dans un modèle économique totalement différent de celui de son ancien club portugais. L’un crée des stars, l’autre les achète. Il est alors persuadé qu’il aura les mains libres et le contrôle total sur l’aspect recrutement du club… ça c’était avant.

Avant quoi, ou qui plutôt ? Et bien après l’un des mercatos les plus spectaculaires de l’histoire du football, le PSG congédie Unai Emery au profit de Thomas Tuchel et là, c’est une autre histoire. « Antero l’a mauvaise car ce n’est plus lui qui est aux manettes, et ça il n’a pas l’habitude. Sur le mercato de cet été, Tuchel a le dernier mot sur tout, c’est lui qui a tout décidé » nous explique une source anonyme.

Alors il essaie tout de même de faire ce qu’il fait de mieux, vendre ses joueurs à prix fort pour sortir du viseur de l’UEFA. Malgré les nombreuses critiques faites à son égard après ce dernier mercato, il a tout de même parfaitement réussi son travail ses six derniers mois.

On rappelle notamment les transferts de Gonçalo Guedes, Javier Pastore, Yuri Berchiche, Odsonne Edouard et Jonathan Ikoné, ainsi que les prêts de Kevin Trapp, Rémy Descamps, Grzegorz Krychowiak et Giovani Lo Celso. En tout 125M€ de ventes cumulées, alors certes ça ne fait rêver personne mais c’est un record pour le PSG.

Et si l’on s’intéresse aux nouvelles recrues le bilan n’est pas totalement désastreux. Tout d’abord, le club n’allait sûrement pas laisser une légende du football lui passer sous le nez, encore moins à prix zéro. Gigi Buffon rejoint donc les rangs du PSG et permet au club de prendre encore une autre dimension. Juan Bernat ? Entre le départ de Berchiche et la blessure de Kurzawa, le poste de latéral gauche était dépeuplé. Thilo Kehrer ? Il vient renforcer la défense parisienne, renfort nécessaire dans la mesure où Tuchel souhaite avoir la possibilité d’aligner une défense à trois axiaux. Quant à Éric Maxim Choupo-Moting, ce n’est moins évident. Il débarque comme doublure d’Edinson Cavani, doublure qui aurait pu être assurée par un jeune du club de formation… Alors la grosse déception reste la question du milieu de terrain ? Pourquoi dépenser 37M€ sur un défenseur alors que le départ de Lo Celso réaffirme clairement le besoin de renforcer son milieu. Les critiques sont compréhensibles, mais le talent de celui qui a ramené deux énormes stars mondiales l’été dernier n’est sûrement pas parti du jour au lendemain. Seulement les décisions sont prises à Doha, et Thomas Tuchel prend de l’ampleur. Alors quelle marge de manoeuvre pour le Portugais tant habitué à avoir le dernier mot ?

Il essuie même les tacles des joueurs. « Au milieu, les trois n’étaient pas à leur place ? Il faut demander à Antero Henrique, ça », a gentiment ché Thiago Silva après la défaite du PSG à Liverpool. Tensions avec les joueur, tensions avec le coach, rien de très bon pour l’avenir du directeur sportif… Une chose est sûre, Antero Henrique a besoin de dominer, de rayonner, et pour l’instant, ce n’est plus au PSG.

Yasmine Muffoletto

Paris United

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