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Laurent Blanc : « Le PSG n’a pas pris conscience de la dimension du top niveau européen »

L’ancien entraineur du PSG, évincé du club en juin 2016 après trois saisons et onze titres gagnés, se livre enfin dans un entretien fleuve pour l’hebdomadaire France Football paru aujourd’hui. Florilège.

 

Son limogeage du PSG en 2016 juste après sa prolongation de deux ans

« Je peux comprendre leur décision. […] Je n’ai pas atteint l’objectif. On s’est fait éliminer en quarts de la Ligue des champions par Manchester City (2-2 ; 1-0). L’objectif du PSG, des Qataris, c’est de la gagner. Au moment de ma prolongation (NDLR : 11 février 2016, avant le huitième contre Chelsea), on était dans le coup. J’étais en position de force, car j’arrivais en fin de contrat et ils savaient que ça bougeait autour de moi (Manchester United s’était notamment manifesté début 2016). C’est aussi pour ça qu’il y a eu cette prolongation. Soyons correct : j’ai également choisi de rester au PSG, car je pensais que c’était là que j’avais le plus de possibilités de me rapprocher du succès au niveau européen. »

 

Son management à Paris

« J’entends dire parfois que je ne faisais pas toutes les séances au PSG. C’est vrai ! Mais vous croyez que Pep (Guardiola) les fait toutes à Manchester City ou que Carlo Ancelotti) les anime en intégralité à Naples ? S’il faut donner les chasubles ou poser les plots quand il y a des caméras pour faire croire que… On attend l’entraîneur là où il doit être efficace. En France, on a encore du mal à le comprendre. »

 

Les éliminations du PSG en 8e de finale de Ligue des champions depuis son renvoi

« C’était quand même face au Barça, puis au Real. Le problème est que le PSG continue de tout écraser en France mais qu’il n’a pas pris conscience de la dimension du top niveau européen. C’est bien beau de dire qu’on est dans le top 8 en 2016 mais la concurrence se bouge aussi. Il y a des grands clubs européens en face, qui sont au très haut niveau depuis trente, quarante, cinquante ans et qui possèdent de l’avance sur Paris dans beaucoup de domaines: la culture du club, l’expérience, l’influence… Ils vont rendre les choses difficiles au PSG, à tous les niveaux. Ce sont des choses qui se construisent dans la durée et ne s’achètent pas. Pour l’instant, Paris ne peut combler ses déficits que par ses moyens financiers en achetant Neymar ou Mbappé. Le reste prend du temps. Il faut le comprendre et l’accepter. Sinon, Manchester City aurait déjà gagné la C1 et le Chelsea de Roman Abramovitch l’aurait remporté bien avant 2012. La victoire ne se programme pas. C’est ce qui fait aussi le charme du foot. »

 

Le tandem Cavani-Ibrahimović

« Il arrive souvent que des joueurs soient réfractaires entre eux à travers leurs caractères, leurs egos ou parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas se voir. Mais par le collectif, il faut arriver à les faire cohabiter et jouer ensemble quitte à ce qu’ils marquent un peu moins. J’avais cette problématique avec Ibra et Edi, deux grands buteurs avec un potentiel de trente à quarante buts chacun par saison. »

 

Sur Cavani

« Edi a besoin de se dépenser. Il est terriblement généreux dans l’effort. Avec l’Uruguay, il joue à côté de Suarez, qui est également un joueur d’axe. Edi avait la sensation de ne pas évoluer à son meilleur poste mais il avait bien compris qu’Ibra ne pouvait pas jouer ailleurs alors que lui le pouvait. Ils étaient complémentaires. Quand on avait le ballon, Ibra décrochait souvent et Edi prenait la profondeur. Après, ce sont quand même de bons problèmes à gérer pour un entraîneur. »

 

Sur Ibrahimović

« Ibra, c’est un ego surdimensionné !! Il était parfois difficile à gérer mais il était d’un professionnalisme incroyable. Comme Edi d’ailleurs, sauf quand il revenait de vacances d’Uruguay. Les grands joueurs tirent le collectif vers le haut. Ibra est extrêmement exigeant avec lui-même d’où son exigence avec les autres, ce caractère de leader. Il place le curseur toujours plus haut, y compris avec l’entraineur. »

 

L’évolution de Rabiot et Verratti

« Leur évolution n’est pas celle que j’attendais. Ce sont deux joueurs qui évoluent dans l’entrejeu et c’est là que Paris, depuis un certain temps, a des limites, pour ne pas dire des problèmes. Adrien, je l’ai défendu bec et ongles même si cela a été compliqué. Il a un potentiel énorme mais tout n’est malheureusement pas clair chez lui. Il faut connaitre son histoire. Ce garçon a tout pour réussir, il a déjà réalisé de très belles choses à son âge. Pour l’instant, il n’a plus l’itinéraire qu’il devait avoir alors qu’il a tout. Mais je suis peut-être mal placé pour le juger. Je l’aime tellement. »

 

Le rôle de Rabiot en sentinelle

« Ce n’est pas une sentinelle. Je peux comprendre sa position. Il peut jouer à ce poste mais ce n’est pas sa place. Il est bien meilleur plus haut. Verratti n’est pas une sentinelle non plus. Mais à un moment, il faut savoir écouter; Il ne doit pas se braquer comme ça, faire des conneries… Moi aussi, plus jeune, je ne voulais pas reculer. Et j’ai fini derrière, ce qui m’a sans doute permis de faire la carrière que j’ai faite. Quand tu as un boulevard, ne le gâche pas avec des décisions ou des attitudes à côté de la plaque. Je lui dis ça par affection. Je me suis battu pour qu’Adrien reste à Paris, je lui ai tenu un discours avec des actes, j’ai cru en lui, il le sait. Et, cinq ans plus tard, j’ai l’impression que c’est la même bande qui repasse… »

 

Les performances de Verratti

« Il n’a pas évolué dans le jeu depuis deux ou trois ans. Mais ça s’explique aussi. Il a vite explosé au haut niveau, tout le monde le voyait gros comme une maison, mais il a été rattrapé par plein de choses qui ont freiné sa progression. Des blessures, sa pubalgie, qui lui a fait manquer l’Euro 2016. Puis l’Italie n’a pas été à la Coupe du monde. Il a manqué des paliers importants. Et Thiago Motta n’est plus à côté de lui. »

 

L’affaire Aurier

« Une situation comme celle-ci, ce n’est pas à l’entraineur de la gérer. Après, il n’y a que lui et moi qui savons comment je l’ai gérée. Si c’était à refaire, je referais la même chose de mon côté. Après, il y a le club… avec le recul, je gérerais surtout cette situation d’une autre manière avec mon employeur. Dans ce type de problème, la direction doit être sur la même ligne que l’entraineur. Si ce n’est pas le cas, c’est très problématique. Cette affaire a été un mauvais virage dans notre saison et dans la vie du club. »

 

L’éclosion de Mbappé

« Mbappé est un phénomène. Après, une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’il aura une carrière phénoménale ? Je lui souhaite. Il a tout pour ça. Titi a débarqué comme lui, avec un talent précoce et hors norme. Et il a enchainé sur une carrière exceptionnelle. Mbappé, c’est du même calibre au même âge, voire mieux. […] Je l’ai rencontré. On a discuté. Il a tout, mais il va faire aussi des bêtises. Elles seront amplifiées et disséquées vu son statut. Ce qui serait anormal, c’est qu’il les refasse. Sa réaction à Nîmes est explicable. Il doit passer par certaines choses. Mais il percute vite. A tous les niveaux. […] Je pense qu’il va avoir plusieurs Ballons d’Or. »

 

Propos recueillis par France Football

Morceaux choisis par Thibault Girardet