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Jean-Baptiste Guégan : « C’est une goutte d’eau dans le budget du club »

Jean-Baptiste Guégan est enseignant en histoire-géographie, expert en géopolitique du sport, journaliste et auteur pour le site ECOFOOT. Pour lui, il ne faut pas s’inquiéter pour l’avenir du club à court et à moyen terme.

 

Quel impact économique a cette élimination en huitième de finale de Ligue des Champions  ?

Le premier impact, à court terme, va être la recette de la Ligue des Champions. Le club va perdre 10,5 millions liés à la qualification en quarts de finale. Plus 6 à 7 millions liés à la billetterie et au merchandising. Objectivement, c’est une goutte d’eau dans le budget du club. C’est important mais cela n’aurait pas changé radicalement le budget du club et son futur. Nombre d’experts s’accordent sur ce point. Que ce soit Vincent Chaudel ou encore Christophe Lepetit, l’effet est dommageable mais l’impact économique est à relativiser.

C’est surtout en terme d’imageetà moyen terme qu’il risque d’y avoir un déficit et un impact négatif. Si demain une négociation avec de nouveaux sponsors et  partenaires doit se produire, cette élimination est gênante. Elle affecte l’image du club, celle de sa compétitivité sportive de donc la marge de manoeuvre pour négocier les meilleures conditions possibles.

Cela pose problème également vis-à-vis du fair-play financier avec la nécessité d’un budget à rendre conforme aux exigences. Or, dans notre cas, il faut trouver des recettes conséquentes capables d’équilibrer les transferts de Neymar et de Kylian Mbappé.

En outre, au vu des équipes qu’il reste en LDC, il y avait de fortes chances que Paris se retrouve enfin en demie avec un tirage favorable.Ce sont donc virtuellementquelquesmillions d’euros supplémentaires qui auraient pu être engrangés…

Une belle occasion de se rendre la vie et l’avenir plus faciles a été gâchée mais ce n’est qu’une occasion. Pas la fin du monde.

 

Au moment où le PSG renégocie son contrat avec Nike, cet énième revers tombe mal. La marque se trouve-t-elle en position de force  ?

Ce n’est pas un problème pour Nike. L’équipementier va chercher la marque Paris et l’image du club de la capitale. L’équipementier est partenaire de Jordan Brand, leurs intérêts convergent. La défaite n’est évidemment pas opportune mais elle ne sera pas déterminante.

Paris malgré ses déboires en Ligue des Champions reste une marque attractive parce qu’elle est devenue globale.

Après il est certain que le club ne pourra pas négocier le même niveau de revenus que s’il était devenu champion d’Europe cette année. Mais on ne peut pas non plus imaginer qu’en passant les huitièmes de finale, le contrat aurait été démesuré. Fort heureusement, les contrats sont inscrits dans une logique de moyen termeet ne dépendent pas des victoires ou des défaites d’un jour.

 

Les dirigeants ont bien fait de faire signer le groupe Accor (nouveau sponsor maillot la saison prochaine) avant mercredi  ?

Une autre date n’aurait rien changé. Seule l’annonceaurait peut-être été différée en raison de l’éliminationmais la signatureaurait quand même eu lieu.

Au-delà du partenariat entre le club et Accor, la marque hôtelière du CAC 40, on assiste en coulisses à un rapprochement et à un approfondissement des relations entre deux pays, la France et le Qatar comme a pu le souligner l’universitaire Simon Chadwick.

Pour en revenir au sportif, il est vraiment dommage que cette élimination arrive maintenant. Elle occulte le travail du club car en terme de revenus, de développement numérique et de rentrées d’argent, le club bosse vraiment bien. Le travail de Jean-Claude Blanc et de Marc Armstrong est à souligner et on n’en parle pas assez. Il faut quand même se rendre compte de ce qu’est devenu le PSG en quelques années. Malgré les fonds qatariens, il fallait aller signer de tels partenariats avec Jordan, Accor et d’autres marques reconnues, tout en rénovant le Parc, développant le club et ses infrastructures. Le centre de d’entraînement qui sera inauguré prochainement à Poissy en est un bel exemple.

Reste le problème du fair play financier. Des chiffres circulent. Personne n’est capable de dire le montant exact à atteindre mais les fonds à trouver devraient être compris entre 100 et 150 millions d’euros si l’on est très large.

Il y a plusieurs solutions pour y faire face.

Première solution : les revenus du club augmentent à nouveau avec le contrat d’Accor et d’autres sponsors. Vu l’image du club post-défaite, cela risque d’être compliqué à court terme mais le club y travaille avec l’hypothèse du naming du stade, la renégociation du contrat Nike et d’autres options. Faisons confiance aux dirigeants, le passé nous a montré qu’ils savaient ce qu’ils faisaient pour développer économiquement le club.

Deuxième solution : le club s’endette comme l’ont fait dernièrement la Juventus et Barcelone, ce qui ne rentre pas dans le cadre strict du fair-play financier. Il faudra toutefois trouver une manière pour justifier une telle stratégie auprès des suiveurs, des concurrents et de l’UEFA.

Troisième solution : travailler sur le mercato et vendre des actifs, donc des joueurs. C’est la solution la plus simple économiquement et la plus frustrante sportivement car elle risque de mécontenter les supporters, les suiveurs et de grever les ambitions du club.

Il existe une quatrième solution mais elle serait compliquée à assumer et à défendre, c’est attaquer le fair-play financier de front et donc l’UEFA pour se défendre de ses restrictions. Les conséquences seraient nombreuses et plus dommageables que les gains. C’est la solution la moins évidente même si elle peut servir de levier dans le cadre de négociations avec l’institution européenne.

 

Le club va t-il être obligé de vendre des joueurs cadres  ?

Il y a plusieurs manières de voir le prochain mercato.

Première option, la plus simple : Paris vend une des stars de l’effectif, soit Kylian Mbappe soit Neymar. Quelques questions vont alors se poser : Les joueurs veulent-ils rester après l’échec contre Man U  ? Qui veut et peut les acheter  ? Le club a-t-il intérêt à les vendre ?

Le club y perdrait inévitablement à tous les niveaux mais le mercato a ses raisons que le cœur ignore. Ceci pour autant ne va pas de soi.

Aujourd’hui il n’existe véritablement que deux clubs capables d’acheter de tels joueurs et de satisfaire leurs ambitions  économiques et sportives : le Real Madrid et Manchester United. L’autre Manchester peut aussi casser sa tirelire mais jamais le PSG ne vendra à City. C’est impensable pour le Qatar pour des raisons politiques et géopolitiques. Le Bayern et la Juve sont hors course pour des raisons financières, le Barça pour des raisons sportives et financières. On imagine difficilement Neymar y retourner pour redevenir une doublure de Messi et Mbappé s’y rendre pour être en concurrence avec Suarez, Dembélé, Coutinho et Messi. Sauf si le PSG y trouve intérêt dans le cadre d’un échange. Les relations glaciales entre les deux clubs ne laissent pas présager une solution facile.

La Chine est à exclure pour des raisons sportives et les autres prétendants en Série A ou en Premiere League n’ont pas de projets sportifs ou économiques susceptibles de convenir.

A mon sens, le PSG tentera de garder les deux, même si des offres sont possibles. L’équation sera pourtant compliquée pour le Real. Madrid est en train de financer son nouveau Bernabèu et ça va coûter plusieurs centaines de millions d’euros. Le mercato madrilène sera agité mais la politique des Galactiques version 2019-2020 sera probablement limitée pour cet été au seul Eden Hazard, sauf si Paris là encore y trouve intérêt. L’hypothèse Mourinho de retour dans la capitale espagnole peut aussi constituer un frein, tout comme les bonnes relations entre Florentino Perez, le PSG, ses dirigeants et ses actionnaires qatariens.

Quant à Manchester United, sa stabilité post-Ferguson n’est pas un gage de réussite quand bien même le club est-il un des plus riches du monde. Et les rumeurs de son rachat par l’Arabie Saoudite via un de ses fonds souverains rendent tout transfert de nos deux stars plus compliqué quand on sait la tension entre le Qatar et le pouvoir saoudien.

Deuxième option, la plus vraisemblable :  le club vend d’autres joueurs qui ont encore une aura et une belle valeur marchande et sportive, avec pour idée de redynamiser le vestiaire tout en gardant ses stars et porte-drapeaux.

Edinson Cavani, Ángel Di María, Thomas Meunier, Layvin Kurzawa, Christopher Nkunku semblent convenir à ce profil avec d’autres.Si le club vend deux ou trois joueurs à bon prix, cela peut être favorable pour tout le monde dans le cadre du fair-play financier et suffire à se défaire de son carcan.

A. Di María et E. Cavani conservent une vraie valeur marchande. Nkunku peut être vendu pour 20 millions d’euros et Arsenal pourrait être intéressé. Si L. Kurzawa joue jusqu’à la fin de saison et qu’il est bon, des clubs anglais viendront probablement aux nouvelles. Thomas Meunier a un niveau international et peut prétendre aux grands clubs européens.

Si le fair-play financier est encore d’actualité et constitue encore un vrai problème, la deuxième solution devrait être choisie par les dirigeants. Sportivement, la perte sera compensée et en termes d’exposition, le PSG y perdrait le moins.

Les prochains mois et le mercato estival nous diront de ce que l’on peut attendre du PSG pour les saisons à venir. Et plus encore de ses relations avec les grands clubs européens et l’UEFA.

 

Comment doit-on voir l’avenir du club  ?

Il faut avoir confiance dans le club. Il faut croire en Nasser Al-Khelaïfi, s’il reste en poste, et en ses équipes. Paris est un grand club et on oublie trop souvent que d’autres ont attendu longtemps avant de gagner. La Juventus n’a pas été Champion d’Europe depuis 1996, le Real a perdu un nombre considérable de fois avant les demies finales sur les vingt dernières années…Nous avons perdu la patience et toute capacité de recul pour appréhender la réalité de notre club. Le PSG est un jeune club, il n’a pas encore 50 ans et il n’est revenu sur le devant de la scène européenne qu’il y a quelques années.

Aujourd’hui, le club n’est pas dans le rouge, il ne joue pas sa vie sur la Ligue des Champions. Avant le match de mercredi, la BBC se demandait si le PSG était un club de foot ou une marque globale. On peut dire aujourd’hui que c’est une marque globale autour d’un club de foot qui ne gagne pas (encore) à l’échelle européenne.

Mais à l’échelle nationale, c’est le meilleur club français, c’est un grand club européen et le Parc nous offre la plus belle qualité de football de notre histoire. Quoiqu’en disent les puristes, les haters et autres nostalgiques.

Donc il faut être confiant ; Le Qatar ne se désengagera pas, ce n’est pas dans leur intérêt d’ici à 2022. L’avenir du PSG à moyen terme est donc assuré.

Ceci étant, le Qatar via QSI a acheté le club pour en faire une marque victorieuse. En trois ans, Paris a marqué deux fois l’histoire de façon négative avec la remontada et l’élimination contre Man U. La direction du club et l’actionnaire principal ont dû aussi mal le vivre que les supporters.

De nombreux problèmes ont (re)surgi, notamment sportifs.  Si tu as un deuxième 6 de métier dans l’effectif, ce n’est pas Paredes que tu fais rentrer. Marquinhos n’a pas besoin de jouer au milieu et se retrouve en défense. Et tu ne te découvres peut-être pas autant sur les deux premiers buts… Le cas Rabiot est aussi emblématique. Malgré sa sortie du jeu, peut-être aurait-il été utile contre Man U ? Encore une fois il est facile de réécrire l’histoire a posteriori mais cette nouvelle élimination révèle les mêmes problèmes qu’on connaît depuis le départ de Laurent Blanc et la défaite à City.

La direction sportive est aujourd’hui sous pression et une possible réorganisation de la gouvernance du club reste envisageable. Et nombreux seront ceux qui vont s’en donner à cœur joie en propageant rumeurs et fausses informations… Il faut donc rester mesuré et tempérer notre déception, quand bien même est-elle profonde et intense.

La question de la crédibilité du projet mené par le club autour de Thomas Tuchel ne peut être jugé sur cette seule défaite aussi importante et traumatisante soit elle pour le club, ses supporters et ses suiveurs. Ce qu’il a montré jusqu’alors nous a tous réjoui jusqu’à ce funeste mercredi… Tout n’est pas à jeter et reconsidérer. Loin de là.

N’oublions pas d’où nous venons et où nous sommes parvenus .Paris est passé d’un club qui a galéré à rester en Ligue 1 à l’un des plus gros budgets d’Europe et du monde. Au point de faire partie du top cinq des marques du foot mondial.

Être fort dans la défaite et ne pas oublier ce que nous sommes est la seule solution. Il faut aller au-delà de l’écume de la détresse et de l’échec, oublier l’amertume de l’humiliation sportive et chasser nos fantômes. Le football est aussi imprévisible que cruel et c’est pour cela qu’on l’aime.

Il n’y a pas de malédiction au PSG. Il faut simplement agir en étant les plus avisés et tempérés possibles. C’est dans les défaites que l’on apprend le plus. Ce sont les défaites qui font grandir et nous font devenir ce que nous sommes. Pécher par excès de précipitation nous affaiblira, comprendre pourquoi nous avons perdu nous servira. Nous avons besoin de lucidité et de recul. Notre pire adversaire reste notre passion.

C’est à ce prix que Paris montrera qu’il est devenu le grand club européen capable de gagner.

Ayons confiance. Ici, ce sera toujours Paris.