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Thomas Tuchel à Bein Sport : « Je les comprends tout à fait, ils sont en droit de s’exprimer. Ce n’est pas agréable d’entendre l’un de vos joueurs dire qu’il veut partir »

Le 7 octobre, à la suite de sa victoire face à Angers, BeIn Sport diffuse un entretien exclusif avec Thomas Tuchel.

Au cours de cette interview, il évoque son passé et ce qui l’a poussé à devenir entraîneur, son amour pour le football. Il regarde les matchs de tous les championnats, qui sont une source d’inspiration permanente. Fan de Pep Guardiola et de son compatriote Jürgen Klopp, Tuchel admet sans problème « qu’il y a toujours quelque chose à apprendre ».

 

À la question « Comment mesurez-vous la réussite d’un entraîneur, en dehors des points gagnés ? », Tuchel répond sans détour « évidemment les points comptent, les titres également. Si tu viens au PSG, c’est comme ça. Mais il y a aussi le développement des joueurs qui compte, ou les liens que tu crées avec eux…quand tu aides un joueur à traverser une mauvaise passe, c’est aussi une réussite, non ? ».

Pour autant, sa satisfaction personnelle « ne dépend pas seulement des points […] Il y a plus important dans la vie que des points été des victoires… mais on est tous très compétiteurs, on veut gagner tous les matchs…On travaille dur pour monter une équipe solide et quand tu la vois unie dans des matchs difficiles, tu te dis que tu as fait du super boulot…et personne ne le sait…c’est comme ça ». Il évoque ces petits détails (l’entente entre le staff et les joueurs par exemple) que personne ne voit, mais qu’il considère comme faisant partie des réussites qu’un coach peut avoir au quotidien.

 

Comment se répartit votre temps entre l’aspect tactique et l’approche mentale pour tirer le groupe vers le haut ?

« Vous ne pouvez pas en demander trop à vos joueurs, il faut se limiter…[…] Chaque jour est différent car il faut s’adapter au contexte : après une défaite, la situation n’est pas la même qu’après une série victoire… on fait en fonction, on se questionne… « Est-ce le moment d’adopter une nouvelle tactique ? Doit-on proposer des choses qui sortent de l’ordinaire pour éviter la routine ? Ne se met-on pas en danger si on change nos habitudes ? C’est peut-être le moment de ne rien changer ? Alors même que je peux avoir très envie d’essayer quelque chose de nouveau. Donc la question n’est pas de savoir si j’ai tort ou raison, tout dépend du contexte. Plein de priorités auxquelles le coach doit répondre au quotidien. Je suis convaincu qu’il faut diriger par l’exemple et qu’il faut écouter ses instincts. Il faut savoir écouter toutes les opinions et prendre les décisions qui s’imposent, sans trop laisser-faire. »

 

Au sujet de la relation entraîneur-joueurs, comment cela affecte-t-il votre manière de faire votre travail ?

« Parfois les choses devaient être plus simple à l’époque de Ferguson. Un entraîneur doit avoir de grosses connaissances sur le jeu, sur les joueurs sur l’aspect tactique, sur le chemin qui mène à la victoire. Mais c’est évident, l’environnement n’est plus le même, l’approche aussi. Il faut trouver le bon équilibre. Il ne s’agit pas que de rendre les joueurs heureux. Je ne crois pas non plus à la méthode tyrannique, imposer mes idées aux joueurs car certains joueurs ont une expérience que je n’ai jamais eue quand je jouais. Il est donc intéressant d’avoir leur ressenti, mais pas sur tous les sujets non plus. Il faut savoir faire le tri. Tout est une question d’équilibre et du contexte. Mais quand je suis convaincu par quelque chose, je dis c’est comme ça et pas autrement. Parfois sur certains sujets, tu fais participer tout le groupe afin que tout le monde adhère pour que ça génère une bonne alchimie. »

 

Est-ce une spécificité allemande d’être aussi tactile avec vos joueurs ?

« Je ne réfléchis pas à ça, c’est totalement spontané. Ce que vous voyez n’est pas calculé, je ne sais pas faire. Si je suis en colère vous le voyez, si je suis content, vous le voyez aussi. Je suis comme ça, j’aime être au contact, être proche…cela m’aidait beaucoup quand mes coachs me prenaient dans leurs bras ou quand mon père me touchait l’épaule pour m’expliquer un truc. Ça me donnait l’impression que tout allait bien. Ça vient peut-être de là. Je suis très content que mes joueurs soient un peu comme ça. Le groupe est très sud-américain, je pense qu’ils ont ce même besoin. Mais ce n’est pas du tout pour jouer un rôle. Vous me voyez tel que je suis, et être soi-même est primordial pour réussir. Ce qui est drôle, c’est que hors de l’Allemagne, on rencontre un public nouveau, et ça permet de sortir de tous les clichés, c’est très intéressant à vivre. »

 

Après le mercato mouvementé concernant Neymar, il a fallu le réintégrer au groupe. Comment vous y êtes-vous pris ? En le prenant entre quatre yeux ? Que pouvez-vous nous en dire ?

« Nous n’avons pas eu tant de face-à-face que ça. Parce qu’entre nous, pas grand-chose n’a changé. Je savais son désir de quitter le club. Il savait que j’étais contre, que pour moi ce n’était pas le bon moment et pas la bonne décision à prendre. Donc il connaissait clairement ma position. Mais on savait tous les deux que ce n’était pas ma décision et pas la sienne non plus finalement. Il avait besoin qu’un club mette le prix et que nous disions oui. Bref… On a compris que cela ne se décidait pas à notre niveau et que tout ça ne devait pas brouiller nos relations. On allait devoir continuer à travailler ensemble et ça aurait été bête de tout gâcher !

Deuxièmement, ce qui m’a aidé, c’est que le club a été clair : il ne jouerait pas tant qu’il ne dirait pas : « je reste ». Cela m’a permis de me concentrer sur le groupe. Je n’avais pas besoin de me demander s’il allait jouer ou pas, car la décision était claire et venait d’en haut. Donc il est là, il s’entraîne et ce garçon a bon fond. C’est peut-être dur à imaginer quand on le voit seulement sur le terrain, que c’est quelqu’un de bien ! Mais il l’est vraiment ! Donc ce n’est pas difficile d’être proche de lui et de le convaincre de faire ce qu’il faut. Quand tout ça s’est terminé, je lui ai dit : tu penses que le plus dur est derrière toi, mais tu as affaire à moi maintenant et je ne vais pas te lâcher ! Et le plus dur est à venir pour toi ! La situation n’est pas simple, les supporters expriment leurs opinions. Et je les comprends tout à fait, ils sont en droit de s’exprimer. Ils aiment leur club, ils en sont fiers. Et ce n’est pas agréable d’entendre l’un de vos joueurs dire qu’il veut partir. C’est la vie, tu te dois d’affronter la vérité et de gérer certaines réactions. Et c’est mon boulot de le pousser à être performant. »

 

C’est un peu comme une rupture… les fans ont dû ressentir qu’il voulait rompre avec eux. Est-ce que vous l’avez ressenti comme ça, personnellement ?

« Non entre nous je n’ai pas ressenti de rupture, ni de rejet. »

 

Comment avez-vous vécu les jours ayant suivi la défaite face à Manchester ?

« J’ai passé 3 jours dans l’obscurité la plus totale, comme je n’en avais jamais connu avant. Je savais combien nous avions travaillé. Combien il avait été difficile d’en arriver là. Après ce qui s’était passé lors des saisons précédentes. Je connaissais les efforts fournis par le vestiaire, les axes sur lesquels le staff avait travaillé. L’énergie consacrée à pousser le groupe et comment le groupe y réagissait. Je connaissais la somme de travail qu’il avait fallu déployer pour en arriver là, battre Liverpool, ou battre l’étoile Rouge chez eux, où ils étaient invaincus depuis quelque chose comme 3 ans, puis de devenir la première équipe française à battre Manchester United là-bas, grâce à une très grande performance. Pour ensuite se crasher au match retour… C’était comme avoir un accident de voiture. Passer au vert, et se faire percuter de plein fouet ! Qu’est-ce qu’on avait fait de mal ? Est-ce qu’on avait négligé quelque chose ? Sûrement…

Dans les jours qui ont suivi, on a ressenti à quel point la déception était grande. Entre l’aller et le retour, les gens, que ce soit à l’école de ma fille ou partout autour de nous, on entendait les gens dire :  ça y est les choses ont changé, je le sens ! Tout le monde pensait qu’on allait se qualifier, et qu’on pouvait aller plus loin. Mais on ne l’a pas fait. Et j’ai eu l’impression, après, que tout le monde s’est finalement dit : Ah, ça n’a pas changé, c’est comme les années précédentes.

Et nous on pensait « non non non ! ce n’est pas pareil ! »

Mais on était totalement impuissant. C’était comme du sable qui nous coulait des mains, sans pouvoir le retenir ! Un tas de blessures soudaines sont apparues… l’ambiance dans le vestiaire s’est dégradée, celle venant de l’extérieur aussi… les critiques sont arrivées et les joueurs ne sont pas immunisés face à ces problèmes. Il est devenu très compliqué de terminer la saison avec le même esprit. Le meilleur exemple, c’est la finale de la Coupe de France. On mène 2-0, on se dirige vers une victoire nette, et au final, on perd…ce qui a été un coup très dur dans cette saison où nous avions fait tant d’efforts. J’ai appris à ne plus rien lire à notre sujet, car personne n’en sait plus que nous-mêmes ! Mais bien sûr, je pouvais sentir, entendre, la déception était immense. »

 

L’équipe change, les coachs changent, mais l’échec demeure. Pourtant, ce pourrait être encore le cas cette saison…

« Peut-être ! et c’est de pire en pire, ça devient de plus en plus difficile ! j’espère qu’on arrivera de nouveau face à ce moment, ça voudra dire qu’on est sorti des poules, mais quand on y sera, en 8e de finale retour, ça sera encore plus dur que l’année dernière. Et ce sera encore plus dur qu’il y a 2 ans ! Avant ce match retour, nous nous rendions en voiture au stade, avec mon adjoint, et je lui ai dit ce que j’avais ressenti à l’entraînement : on s’applique trop à bien faire. On en fait trop. On était dans une phase de la saison où on jouait super bien, on était en pleine confiance, on était si forts, le groupe avait un si bel équilibre entre détente et concentration… mais dans les derniers jours, on en faisait trop. Je me suis demandé s’il fallait leur dire qu’ils en faisaient trop, où les laisser continuer, et alors qu’on conduisait vers le stade, j’ai dit à mon adjoint : il faut juste passer.

N’ayons pas d’attentes trop hautes aujourd’hui. Ils ont une tonne de blessés, nous aussi, mais on est archi-favori. Mais je te dis, il y a une telle pression dehors, je peux la ressentir mais il faut qu’on le fasse ! Je n’ai pas la recette, mais il faut qu’on se faufile, et peut être que si on y arrive, les portes s’ouvriront tellement que tout paraîtra facile ensuite ! mais ça ne s’est pas passé comme ça, et comme vous le dites, ça reviendra. Souhaitons que ça revienne ! pour pouvoir essayer à nouveau ! Je pense qu’il ne faudra pas l’aborder en se disant : oh non, pas encore !!! mais plutôt : pourvu qu’on affronte ça de nouveau ! ça voudra dire qu’on a réussi notre phase de poules. Ce serait pire de ne pas en arriver là.

Ce jour-là, on pouvait percevoir qu’il existait une possibilité que cela devienne extrêmement difficile de se qualifier. On pouvait le sentir dans le vestiaire. Mes joueurs voulaient montrer au monde entier que cette année était la leur. C’était un peu comme aux séances d’entraînement. Un peu trop d’efforts, un peu trop de concentration. Tout ce qu’un coach a l’habitude d’apprécier ! là, quelque chose clochait. On en faisait trop. Je l’ai senti, mais je ne voulais pas en faire tout un fromage. J’ai essayé de ne transmettre que du positif. Allez, on a confiance, on va le faire… Mais ce que j’avais au fond de moi était : S’il vous plait, il faut qu’on y arrive…je ne veux pas savoir comment, mais s’il vous plait, faufilez-vous ! »

 

Avez-vous connu un match parfait en tant qu’entraîneur ?

« Je n’en ai jamais vécu ! Jamais été proche ! Encore en chasse du match parfait. J’adore entraîner et je suis encore à la recherche de l’entraînement parfait. Mais la tension est tellement grande dans ce genre de match qu’on ne peut pas vraiment apprécier. Le football est un sport où il y a toujours un tas d’erreurs qui arrivent et où la capacité de gérer ces erreurs est une qualité. Donc quand tu es entraîneur, tu dois accepter qu’il n’y aura pas de match parfait. Mais ça procure quand même beaucoup d’émotions et de satisfaction de gagner contre des grosses équipes comme Liverpool, ou aller gagner à Manchester après des matchs serrés. La victoire contre le Real (3-0) m’a rendu très fier aussi, le 5-0 à domicile contre Lyon. C’est des moments excitants, on se dit qu’on adore ce métier. »

La rédaction 

Source : BeIn Sport

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