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Jean-Baptiste Guégan : « Un trinôme Paris-Leeds-Eupen »

Jean-Baptiste Guégan est Journaliste, consultant et enseignant en Histoire-Géographie et Géopolitique. Auteur de Géopolitique du sport, une autre explication du monde (Bréal). Nous l’avons interrogé dans le cadre de la probable acquisition de Leeds United par le propriétaire du Paris Saint-Germain. 

As-tu été surpris que QSI, qui possède déjà le PSG, s’intéresse à un club comme Leeds qui est actuellement en championship (D2 anglaise) ?

L’idée du Qatar, via QSi, est de diversifier son portefeuille sportif et football dans un championnat différent aux droits TV les plus élevés du monde en misant sur une équipe en devenir et nettement moins chère comme elle est en Championnship. Ce sera l’occasion d’une nouvelle acquisition dans le sport qui renforcera l’existence du Qatar comme acteur du sport mondial et du football en particulier avec la promesse, s’il y a montée en PL, d’une explosion de revenus et de visibilité.

À ton avis que recherche le Qatar en investissant dans un club anglais, est-ce pour concurrencer les E.A.U* ou y-a-t-il une stratégie de développement plus globale de la part de QSI ?

La stratégie du Qatar semble double. D’abord s’ouvrir à un nouveau marché sportif plus porteur que le Français, diversifier son portefeuille football et ne plus tout miser sur Paris sans toutefois se reposer sur Leeds. Leeds n’est pas un club londonien donc QSI évite une confrontation directe sur son futur bassin de chalandise et en s’offrant un club historique cher à Cantona, il se dote d’une carte supplémentaire dans son jeu. Contrairement à la stratégie des EAU, la volonté de construire un groupe de clubs existe mais elle s’organise autrement avec Leeds, Paris, Eupen et le club qatarie de l’émir.

La structuration de cet ensemble apparaît moins abouti pour l’heure que le modèle globalisé du CFG le City Football Group.

Si le deal se conclut, pourra-t-on dire que Leeds devient le club satellite du Paris Saint-Germain ou ça restera un club indépendant qui aura ses propres moyens et ses propres objectifs ?

Je doute que Leeds bénéficie des mêmes kits que Paris mais des synergies sont possibles et plus qu’envisageables à tous niveaux. Des collaborations passant par des prêts de joueurs, des transferts et le développement d’académies complémentaires dans leurs approches est envisageable. On peut aussi imaginer que le développement d’académies parisiennes en Allemagne récemment notamment du côté de Dusseldorf correspond à une internationalisation du PSG mais elle pourrait aussi bénéficier au nouveau groupe constitué autour du trinôme Paris-Leeds-Eupen.

Ceci étant, au vu de ce que l’on sait et de ce qui fuite depuis l’information du Financial Times, le niveau d’intégration du groupe sera inférieur et moins élaboré que le CFG.

Il y a donc une possibilité pour que Leeds démarre la saison prochaine de championship sous pavillon Qatari.  En cas d’accession rapide en Premier League, y’a-t-il risque de conflit d intérêts avec le Paris Saint-Germain ?

On ne peut pas omettre dans cet achat l’ambition qatarienne de montrer  aux EAU qui en plus de City lorgne sur Newcastle et aux Saoudiens de Mohammed Ben Salmane qui fantasment sur Man U que l’émirat sera là. Même en Angleterre pour profiter du premier championnat du monde et de ses retombées. Même s’il est savoureux de penser que Marcelo «El Loco» Biela naviguera sous pavillon qatari, l’ambition internationale de l’émirat dans le sport et au-delà se retrouve avec cette perspective d’achat. On peut aussi s’attendre d’ici une ou deux saisons à des derbys du Golfe très géopolitiques en PL si Leeds monte et que la crise du Golfe débuté en 2017 ne s’est pas achevé.

Il reste aussi à considérer que c’est une nouvelle assurance avant la Coupe du monde 2022.

Investir dans la patrie du football est habile en partant de plus bas. Si la reprise se fait avec humilité et intelligence tout en respectant les valeurs du club de Leeds, la réussite peut être intéressante pour l’émirat et son chef, chef qui a dû suivre plus jeune l’épopée du King sous les couleurs de Leeds avant son arrivée à Manchester.

Dernier élément, on ne peut oblitérer l’idée qu’investir à l’heure du Brexit en dehors de Londres est un moyen de se créer de nouveaux réseaux de soutien et de nouvelles opportunités en vue de résoudre les tensions actuelles et de préparer les défis du présent et de l’avenir. La «relation spéciale» qui unit l’Angleterre aux États-Unis ne sera pas non plus un fardeau.  Après il restera, si l’on ose dire, mettre tout cela en musique. La presse anglo-saxonne est autrement plus agressive et portée sur l’investigation que la presse française et sportive.

Dernière question Jean-Baptiste, pour rassurer nos lecteurs, y’a-t-il selon toi un risque de désengagement de QSI envers le PSG à court terme pour ne garder que Leeds United ? On sait notamment que la fiscalité est beaucoup plus avantageuse de l’autre côté de la Manche.

Se désengager du PSG n’a aucun sens comme jai pu l’écrire dans ma tribune sur France Football. Le faire pour aller à Leeds gâcherait tous les efforts, les acquis et les investissements réalisés au PSG. Cela n’aurait aucun sens. Au contraire, c’est complémentaire même si par rapport à la stratégie des Émirats Arabes Unis, l’ensemble paraît moins poussé, moins approfondi et organisé. Restera cependant à trouver les hommes pour construire intelligemment ce nouveau mécano. Pas sur que NAK soit l’homme de la situation. Si sa proximité et son amitié avec le propriétaire Andrea Radrizeani peuvent être des atouts, sa situation judiciaire peut constituer un problème. D’autant que vu les soucis de gouvernance au PSG aujourd’hui, rajouter des soucis et du travail à NAK dans une autre ligue n’apparaît pas être la meilleure des options surtout vu ses responsabilités auprès de notre Ligue.

Le mélange des genres, le cumul des tâches et ses difficultés d’agenda semblent nécessiter soit une autre gouvernance, soit l’apparition d’autres têtes d’affiche avec NAK qui opérerait en surplomb. Mais dire cela, c’est clairement s’avancer et imaginer des scénarios qui peuvent être de l’ordre de la fiction tant que la vente supposée n’est pas actée.

Enfin pour ce qui est du conflit d’intérêt, il peut exister mais c’est tirer la charrue avant les bœufs, pour l’heure Leeds est en championship, la seconde division anglaise et avec Bielsa. Les dirigeants qatariens ont évidemment songé à cette question mais soyons honnêtes, il s’écoulera du temps avant que Leeds se retrouve en PL. Quant à la participation à la Ligue des Champions à laquelle est promise le PSG, le chemin est encore long et on dépasse l’ordre de la supputation pour atteindre celui de la fiction. Laissons le temps au temps. On verra bien ce qu’il adviendra de l’un et de l’autre mais aussi des positions des deux clubs. Au rang des interrogations, on peut aussi se demander une chose qui pour l’heure n’est pas évoqué : l’achat de Leeds n’est-il pas aussi une possibilité pour BeIn sport d’entrer dans la danse des droits TV en Angleterre ?

*Les Emirats Arabes Unis détienne le club de Manchester City

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