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Interview Paris United, Bernard Lama : « Buffon est un vrai leader, un guerrier »

20H30 heure française, 16h30 en Guyane, le téléphone sonne. Celui qui est pour beaucoup, encore aujourd’hui, le plus grand gardien de l’histoire du PSG se balade en forêt, se ressource. Bernard Lama a évolué huit ans au PSG. Pas mal ! Alors, au moment d’évoquer ce club, son club, c’est avec plaisir qu’il enlève ses gants et saisit son portable. Avec un brin d’humour. Entretien réalisé par @Clementpernia

Pour beaucoup d’observateurs et de supporters parisiens, vous êtes le plus grand gardien de l’histoire du PSG, ça vous touche ? 

« J’en suis très fier. Partout où j’ai joué, j’ai toujours tout donné. Parfois au détriment de ma propre santé. J’ai parfois joué blessé ou malade.

Paris, c’est là où j’ai gagné tous les titres, c’est très gratifiant. Mais bon, c’est pas seulement au PSG que je suis le plus grand gardien (rires). »

Vous faites partie du « onze de légende » d’Arnaud Ramsay aux côtés de Susic, Raï et Ronaldinho notamment. C’est flatteur non ? 

« Ils ont de la chance … (rires) Je ne suis pas sûr de vouloir jouer dans son équipe. C’est plus un gardien qu’il faut c’est un surhomme, il n’y a pas de défenseurs. C’est toutefois gratifiant, le PSG occupe de la même façon la plus haute place dans mon classement. »

Raï est-il le plus grand joueur (en club) avec lequel vous ayez joué ?

« Pas facile de répondre à cette question, j’ai joué avec beaucoup de grands joueurs. Ricardo, Weah, Ginola… Je suis tombé récemment sur une vidéo de notre parcours européen sur internet, je me suis dis « Georges (Weah) il faisait tout ça ? C’est dingue ». »

Huit ans au PSG, qu’est ce que vous retenez ? Quel est votre plus beau souvenir ?

« Il y en a eu beaucoup. Le PSG est le seul club, en dehors de la Guyane, où j’ai gagné des titres. Quand j’ai gagné ma première Coupe de France, ça m’a ramené à mes années amateurs, aux finales de Coupe de France régionales… J’ai d’ailleurs été recevoir la coupe avec un tee-shirt qui me rappelait la Guyane. Derrière il y a les championnats, la Coupe d’Europe…

Ce que je retiens, c’est tout ce que l’on a construit dont l’amitié. Quand on se revoit avec les garçons, c’est comme si on ne s’était jamais quittés. Il y a des victoires qui n’arrivent pas s’il n’y a pas de complicité entre les joueurs, le staff et les dirigeants. Cela nous a permis d’écrire une page de l’histoire du PSG. »

Justement, vous avez gagné la Coupe d’Europe avec Paris (1996) et le mondial avec les bleus (1998). Qu’est ce qu’il manque au PSG d’aujourd’hui pour atteindre les sommets ?

« Les ingrédients sont là. Le PSG reste un club jeune qui s’est construit et est arrivé au sommet très rapidement. Je pense que le club a aujourd’hui les bases pour gagner cette coupe d’Europe qui manque pas seulement au PSG, mais à tout le foot français. Marseille a gagné la Coupe des Champions mais la Champions League aucun club français ne l’a gagné. Pour cela, il faut l’habitude du haut niveau.

Depuis 7, 8 ans, le PSG est régulier, gagne tous les titres en France, va régulièrement en quarts de Ligue des Champions. A force, à force, ça sera pour nous. Il faut désormais réussir à maitriser les circonstances. A Barcelone il y a deux ans par exemple, ils ont été mal préparés, mal conditionnés. »

On a souvent parlé d’un manque d’autorité, à plusieurs niveaux, au PSG. Vous voyez une évolution positive avec Tuchel, qui semble mieux « driver » son groupe que ses prédécesseurs ?

« J’ai l’impression que le groupe vit mieux que les deux, trois dernières années. Quelque chose est en train de se consolider et de nouvelles complicités se mettent en place. Mais ce n’est pas seulement une histoire de groupe. C’est compliqué pour un club jeune comme le PSG qui a changé il y a peu sa direction sportive, mais je pense que le club est en train de s’institutionnaliser. Il y a quelques années, le PSG devait lutter pour être champion de France. C’est désormais réglé à la moitié du championnat, cela veut dire que le club a progressé.

Aujourd’hui, le PSG est attaqué par les Espagnols, est attaqué en France même et est devenu une cible. C’est devenu un danger, un vainqueur potentiel de la Ligue des Champions. Dans la planète football, le PSG fait peur désormais. »

Pourquoi c’est plus dur de s’imposer en tant que gardien au PSG qu’ailleurs ? On pense notamment aux échecs Landreau et Edel, au bilan mitigé de Trapp, à l’émergence tardive d’Areola…

« Paris a connu des grands gardiens dans son histoire. Avant moi il y avait Baratelli, Bats, Pantelic

Paris a été ma grande période, passer après n’a pas dû être évident aussi, pas qu’à Paris d’ailleurs.

On a pas réussi encore à trouver ou former celui qui s’imposera durablement dans les buts au PSG. Le problème n’est pas seulement à Paris, mais bien dans toute la France. Il y a peu de gardiens qui ont émergé ces dernières années. Lloris et Mandanda, ça date de plus de dix ans déjà. »

Que pensez-vous de la situation actuelle au PSG, avec le turn-over entre Buffon et Areola ? 

« Si cela ne pose pas de problème aux joueurs et que ça ne perturbe pas les performances de l’équipe, aucun problème. Le PSG a une soixantaine de matchs à jouer dans la saison. Un compétiteur à toujours envie de jouer mais un vrai professionnel sait qu’il n’est pas toujours bon de jouer. »

On a l’impression que Buffon apporte plus de sérénité à l’équipe qu’Areola…

« Défensivement peut-être, même si Areola a pas mal progressé. Buffon n’offre pas forcément plus de sécurité, mais il offre plus de personnalité à l’équipe. C’est un vrai leader, un guerrier. »

Il manque quoi à Areola aujourd’hui ?

« Il lui manque une personnalité beaucoup plus affirmée. Par ailleurs, Areola n’a jamais été installé en tant que titulaire au PSG. Il y a toujours eu Sirigu ou Trapp, avec un entraineur ces deux dernières années qui n’avait en plus pas fait de choix. »

Début de saison 2016-2017, Areola était titulaire. Il prenait quasiment un but à chaque frappe adverse…

« C’est vrai, je lui ai fais la réflexion. Je pense qu’il a travaillé là-dessus. Il est beaucoup plus décisif aujourd’hui. Il continue à apprendre, c’est aussi pour ça que Buffon est là. »

Dans les cages, vous étiez un véritable « chat ». Ça n’existe plus ce type de gardien aujourd’hui…

« Cela n’existait déjà pas à l’époque. C’est pour ça que tu t’en souviens. C’est une vision, une façon de voir le poste, une question de formation aussi. Mais tu as raison, il y a une vraie transformation technique des gardiens aujourd’hui qui, de mon point de vue, ne les favorise pas. Ils sont moins à l’aise dans leur surface. »

Votre opinion pour finir sur le fameux trio Neymar – Mbappé – Cavani ? Identifiez-vous comme certains une sorte de déconnexion parfois ?

« Non. Ce sont trois personnalités. Deux qui ont plus d’affinités car ils sont jeunes encore. Neymar a encore cet esprit gamin dans son jeu. Je suis sûr que dans les bus ils sont toujours en train de faire des conneries par exemple. Cavani n’est pas dans ça, donc c’est plus compliqué de fonctionner avec lui. Mais ce sont des joueurs intelligents qui savent fonctionner ensemble. On a besoin d’un finisseur et Cavani est ce finisseur. Il amène autre chose à l’équipe aussi, une forme de grinta, le fait de ne jamais renoncer. Ils sont complémentaires. »

Ricardo ou Thiago Silva ?

« (Hésitation) Thiago Silva quand même. »

Cavani ou Weah ?

« Georges. »

Lama ou Buffon ?

« Ça n’a rien à voir. Moi, il n’y a pas photo (rires) »

Une anecdote sur votre passage au PSG ?

« Il y a un moment fort. En 1998, lorsque Bruno Carotti a perdu son fils. Ça avait été un moment très fort. La veille du match, j’avais réuni tout le monde dans ma chambre. Spirituellement il y a eu une connexion qu’on avait rarement ressenti. »

Visuel : Gabi Roni

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