Interviews Paris United

GUY CARLIER : « Le PSG que j’ai dans le cœur est celui de Borelli »

Guy Carlier a connu toutes les époques du Paris Saint-Germain. Des débuts de Daniel Hechter jusqu’à l’arrivée de QSI. L’écrivain garde un souvenir ému du président Francis Borelli. L’homme qui a donné au club ses premières heures de gloire.

 

Depuis quand êtes-vous supporteur du PSG ? Comment est venue cette passion ?

« Je viens de la banlieue d’Argenteuil. Évidemment, comme tout le monde, j’ai grandit avec le foot, j’y jouait. Les enfants de la banlieue, avant la création du PSG, étaient fan du Racing. Quand l’équipe jouit en province, elle se faisait traiter de snob, de milliardaire. Il y avait des stars qui choisissaient leurs matches. Ils mettaient des 6-0 quand ils avaient envie, et perdaient contre des petites équipes.   Les joueurs jouaient au parc mais s’entraînaient à Colombes, j’avais juste la Seine à traverser pour aller les voir. Je passai sous un grillage et je restai allonger dans l’herbe, j’allais même récupérer les ballons. Dans les années 1966-1967, le RCP disparaît du paysage professionnel»

 

Vous avez donc connu les débuts du Paris Saint-Germain ? Et vous y avez même travaillé un peu ?

« En 1974, RTL devient le principal partenaire du club avec une condition :  le groupe veut contrôler la gestion du club. Des doutes subsistaient sur Daniel Hechter, arrivé à la présidence du club l’année précédente. J’étais en stage chez RTL en 1975 et le directeur financier me dit d’aller au Camp des Loges faire un tour dans les comptes du club. Je me rappelle que le lundi après la défaite à Nîmes, il avait convoqué Just Fontaine, alors coach de Paris, pour l’engueuler et lui dire que RTL ne pouvait plus mettre du fric dans le club. Je me marrais car Fontaine parlait tactique et lui expliquait que les joueurs n’écoutaient pas ses consignes, qu’ils n’appliquaient pas le plan de jeu»

 

Avez-vous trouvé les agissements de la direction louche ?

« A part la dizaine de paires de gants achetéà Michel Bensoussan, qui était pourtant gardien remplaçant, je n’avais accèà rien. RTL m’a demandé de faire le tour des guichets quand les dirigeants ramassaient la recette. Mais le club ne voulait pas. Je suis resté un mois et j’ai fait un rapport en disant que je n’avais accèà rien et c’était louche. Les dirigeants étaient hyper malins. Ils me disaient “vas à l’entraînement”, et moi j’étais content car y avait toujours des personnalités, je disais à mes copains j’ai déjeuné avec tel ou tel mec ! Ils m’ont même envoyé choisir les meubles du défenseur portugais Humberto Coelho. J’ai aussi fait signer le papier de naturalisation à François M’Pelé. Le quota d’étrangers était atteint et le club lui a donné environ 50 000 francs pour être naturalisé français. Pendant ce temps-là, je ne pouvais pas faire de contrôle. »

 

Justement, en 1978 Daniel Hechter est radié à vie de la fonction de président pour l’histoire de la double billetterie. Francis Borelli prend alors les rennes du club. L’avez-vous côtoyé personnellement ?

« Non. Après la fac je suis devenu directeur financier. J’arrive dans le milieu du “show-biz” à 40 ans. Quand j’ai commencé à être connu, il était déjà malade le pauvre. Je pense que le PSG est un club qui est né d’une passion. Autant il y avait le côté superficiel (Jean-Paul Belmondo, Charles Tahar, Guy Brossant), autant dès qu’il s’agit de football, on ne rigole plus. Lorsque t’aimes le foot, c’est évidemment sérieux. Ces mecs ont mis des thunes, ils avaient ça dans le sang. Borelli symbolisait ça. C’est le président qui aime son club, un mec de business mais qui avait une pureté, une naïveté d’enfant. Dans le sens où il avait la joie d’un enfant, chose que les dirigeants d’aujourd’hui ont perdu. Lui aussi était conscient des enjeux, c’était un gestionnaire, mais il avait gardé LA passion. Quand je pense à Colony Capital, c’était vraiment de la merde. Des retraités américains qui ramènent l’argent de vieux, pas de passionnés, c’était vraiment de la merde. » 

 

Coupe de France en 1982 et 1983, champion de France en 1986. Il est le premier président à ramener des trophées au club ?

« Cela faisait tellement longtemps qu’il n’y avait pas de titre à Paris. Borelli, c’était l’anti-Tapie par la personnalité. Il était un peu le mec de “La vérité si je mens” : humain, chaleureux. On se souvient tous d’un homme avec sa mallette, embrassant la pelouse du Parc. J’aimais beaucoup cet homme, c’était un très très grand président. Il était autant proche de ses joueurs et des supporteurs. Nasser Al-Khelaïfi il est gentil, mais il ne laisse rien passer, il est hyper réservé. C’est tout l’inverse de Borelli qui aimait partager sa joie et lui partageait la nôtre. Quand Zlatan Ibrahimovic dit que le PSG n’existait pas avant lui, c’est terrible. »

 

Malheureusement, confronté à de nombreux problèmes financiers, Borelli cède le club à Canal Plus qui ne veut plus de lui.

« C’est tellement triste ce qu’il lui est arrivé. Je me demande si ça ne l’a pas tué. Tu sais y a des mecs qui sont nickel lorsqu’ils sont en activité, et six mois après leurs retraites, ils attrapent le cancer»

 

Restera-t-il le président le plus emblématique du club ?

« Pour les anciens, oui. Pour les gamins d’aujourd’hui, je ne sais pas. Nasser restera car c’est lui qui aura amené Paris au niveau des grandes équipes mondiales. Peu importe les raisons qui font que le Qatar veut avoir un pied à Paris, les résultats font qu’il y a une équipe fabuleuse. Le risque, c’est que ça devienne du merchandising. J’ai été à Manchester voir jouer City. A la mi-temps, je discute avec une famille qui était au premier rang, proche de la pelouse. Je leur dis que l’abonnement doit être hyper cher. Et j’apprends que les mecs des émirats prennent 500 supporteurs et leur offrent l’abonnement, à la seule condition de venir à tous les matches. Ils achètent leurs fans, c’est hallucinant ! Ça me fait un peu peur. Un stade sans ultras c’est mort, et je suis content que Nasser les fasse revenir. Tout change dans une équipe, les dirigeants, les joueurs. Seul le club reste. Le PSG que j’ai dans le coeur est celui de Borelli évidemment. De Mustapha Dahleb et Safet Susic à Neymar et Kylian M’Bappé, c’est homogène. C’est le même bonheur. »

Interview réalisée par Mehdi Sefraoui