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Edinson Cavani, son interview dans Marca

Edinson Cavani s’est confié au quotidien espagnol Marca. Face à Juan Castro un journaliste espagnol reconnu, il a abordé de nombreux thèmes liés au PSG mais aussi au football en général. Voici cet entretien en intégralité, traduit par nos soins.

M: Parlons de ce Match avec un grand M

C: Oui, c’est pour ça que nous sommes là, non ? (Rires)

 

Dans quel état se trouve le PSG avant d’affronter ce Real Madrid ?

C: « Nous sommes en grande forme, honnêtement, performant dans toutes les compétitions, avec quelques couacs parfois mais c’est normal. Le football est ainsi fait. Il peut y avoir un match dans lequel tu es moins bien, tu joues mal, et tu perds. Mais cela te sert aussi à te réveiller et voir le travail qu’il te reste à accomplir. Nous travaillons pour progresser de jour en jour. »

 

Cela fait 5 ans que vous êtes ici, est-ce la meilleure équipe avec laquelle vous avez évolué depuis votre arrivée ?

C: « Nous avons recruté des joueurs importants, ce qui apporte beaucoup bien évidemment. Cela nous donne de la confiance. Ça nous motive pour tous nos objectifs, y compris la ligue des champions, bien sûr. »

 

Ce match à élimination directe peut faire du PSG un grand d’Europe finalement. Ressentez-vous cela dans le vestiaire ?

C : « Nous savons que ce sera difficile et prestigieux à la fois. C’est spécial de jouer contre un Madrid ayant une telle histoire. C’est enthousiasmant, ça te donne envie de sauter sur le terrain. Mais ce sera compliqué, nous affrontons un adversaire avec beaucoup d’expérience et qui possède des joueurs qui peuvent faire la différence à tout moment. Oui, ce match à Bernabéu nous le voyons comme une étape dans la croissance du club ces dernières années, avec de nombreux changements, mais beaucoup d’ambition. Nous voulons toujours nous améliorer, continuer à grandir en tant qu’institution et accumuler de l’expérience. »

 

Que vous a apporté Unai Emery comme entraineur ?

« Emery apporte des choses très positives. »

C : « De la confiance, c’est le principal. C’est un entraineur qui se base énormément sur la motivation, et c’est une chose essentielle et très utile pour chaque joueur. Dans le football comme dans la vie, on a besoin de confiance. Et Unai fait du très beau travail dans ce sens. Entrainer une équipe avec de grands joueurs et des recrues énormes est à la fois facile et difficile. De nouveaux joueurs sont arrivés, et cela a demandé un temps d’adaptation. Emery apporte des choses très positives. »

 

En Espagne nous avons vécu le match de l’année dernière contre le Barca et l’arbitrage d’Aytekin. C’est déjà oublié pour vous ?

C : « Le football dépend d’énormément de choses, ce n’est pas si simple. L’équipe la plus mature, la favorite des Champions, peut être éliminée, ou il peut y avoir une équipe surprise ou de niveau inférieur. Le football, et c’est ainsi que je perçois la vie, est basé sur le travail. Et si vous travaillez bien, et que vous avez de la qualité, tout peut arriver. Le match du Camp Nou? Oui, nous avons été éliminés, nous avons perdu un match incroyable, mais cela fait partie du cheminement de ce club. Nous avons perdu, et nous avons appris. Ce PSG s’est renouvelé, avec plus d’expérience, et tout s’additionne. »

 

Vous n’avez pas évoqué l’arbitrage…

C: « Je ne suis pas le genre de personne à blâmer qui que ce soit. Je crois au travail, je suis un travailleur. 98% des matches sont perdus à cause de la supériorité de l’adversaire ou parce que vous n’étiez pas à la hauteur. Le reste n’a pas d’importance. Ce qui s’est passé Barcelone entre dans les cas où vous vous demandez pourquoi c’est arrivé, et non pas parce que j’étais impliqué, mais parce qu’il y avait des choses très évidentes, très claires. Mais il est inutile de revenir à cela. C’est à chacun de les juger. C’est arrivé et ça fait déjà partie du passé. »

Revenons au match de Madrid. Pensez-vous qu’il y aura beaucoup de buts ?

C : « Il est inévitable de penser à la façon dont le match se déroulera. Vous pensez à l’état de forme de Madrid, comment il a préparé ce genre de matchs les années précédentes … Je ne sais pas si ça va être un match avec autant de buts que cela. Je ne le crois pas. Le match aller, en général, est toujours plus fermé. Eux ne veulent pas que nous leur marquions de buts, et ceux qui jouent à l’extérieur essaient d’attendre et de contre-attaquer. Parfois, il est inutile d’imaginer des choses, parce que le football est imprévisible. Ce sera un match équilibré et dans lequel bien défendre sera important. »

 

Vous êtes un attaquant et vous le comprendrez sûrement. Cristiano n’a pas été aussi spectaculaire que d’habitude. Que ce passe-t-il dans ces moments?

C : « Eh bien, il a plus d’expérience que moi et il saura sûrement s’en sortir. Je ne pense pas que cela dérange CR7. Il sait que ces choses arrivent, pour tout attaquant. A fortiori avec ce type d’attaquant, possédant cette conviction et une telle confiance en soi. C’est le match parfait pour se réveiller. En tant que collègue du football de Cristiano, vous savez que les choses sont ainsi. »

 

Parlons de vous. Que s’est-il passé dans votre tête après avoir marqué le 157e but qui vous a permis de dépasser Ibra en tant que meilleur buteur de l’histoire du PSG?

« J’ai senti que les fans étaient en fusion avec moi, qu’ils m’ont aidé à marquer autant de buts. »

C : « Je n’étais pas inquiet ce jour-là [contre Montpellier]. Quand j’ai marqué, je me suis souvenu du chemin durant toutes ces années. Je suis de ceux qui regardent en arrière quand quelque chose d’important est réalisé. Ce qui m’a le plus frappé, après avoir atteint le record, c’était la réaction de certains de mes coéquipiers … et des gens! J’ai senti que les fans étaient en fusion avec moi, qu’ils m’ont aidé à marquer autant de buts. Cela m’a rempli de joie, au-delà de devenir le détenteur du record. »

 

Quel but aimeriez-vous marquer et où … que vous n’avez pas encore réussi à Paris?

« Peut-être que je n’ai pas encore réussi de ciseaux, et j’aimerais que ce soit le jour d’un grand titre pour ce club, en finale de la Ligue des Champions, par exemple [rires]. J’ai mis des buts de toutes sortes, mais dans le catalogue, il me manque ce ciseaux. »

La fois précédente, lorsque vous avez joué au Bernabéu [Novembre 2015 en Champions] vous n’avez pas pu marquer, cela vous reste-t-il en travers de la gorge ?

C : « Je m’en souviens, il y avait Blanc sur le banc. Nous avons perdu 1-0 sur un but de Nacho 1-0. C’était la phase de poules. Et oui, ce serait beau de marquer au Bernabéu, bien sûr. Je me souviens d’une action de cette rencontre: c’était un centre précis, j’étais persuadé de le reprendre de la tête, mais en ne faisant pas le bon geste, je l’ai raté et le ballon est passé. Nous avons finalement perdu. Lors de la première période nous avions dominé, en nous créant des occasions. Ce sera un beau challenge et j’espère pouvoir marquer à Madrid pour aider mon équipe. »

 

Je suppose que vous vous sentez bien en tant que pur ‘9’. Avant vous courriez énormément derrière les adversaires pour l’équipe.

C : « Savez-vous que je ne vois pas les choses de cette façon? J’apprécie faire une diagonale, défendre un ballon, fermer le chemin à un attaquant sur une contre-attaque. Cela fait de moi un joueur plus complet. Je suis comme ça. Le jour où je ne le ferai plus, je ne jouerai plus au plus haut niveau. Je suis sûr. Ces choses me donnent de la force pour le reste et marquer. »

 

Au PSG il est absolument exigé de remporter la Champions ? Vous n’appréciez pas les titres locaux. Est-ce ainsi que vous le percevez ?

C: « J’aime cette question. Le fait est que je crois que toute une histoire, un mythe, a été créé autour de la Ligue des Champions. Évidemment, c’est la compétition la plus prestigieuse, mais pour moi le championnat est très important. C’est le résultat d’une année entière de travail. Ce mythe de la Champions suscite beaucoup d’inquiétude chez le fan et le footballeur qui arrive à Paris. Je pense que ce n’est pas nécessaire, pour un club comme le PSG, qui, malgré les recrutements, est en pleine croissance, d’avoir l’obligation de gagner la Ligue des Champions. »

Parlons de Mbappé.

« Kylian est déjà une figure mondiale. » 

C : « Je crois que certains naissent avec le talent depuis le berceau, touché par la baguette magique de Dieu. Ils ont une classe innée. Et d’autres joueurs y arrivent avec beaucoup de travail. Les deux peuvent devenir des cracks, mais ce sont des chemins différents. Kylian, par exemple, est un joueur qui a un énorme potentiel, qui est en train de gagner de l’expérience. C’est un garçon très mûr et il est conscient qu’il doit apprendre et grandir. C’est déjà une figure mondiale, mais tout dépend de lui pour l’être encore plus. Il est très jeune, bien que déjà reconnu mondialement. Pour être une figure mondiale, vous devez non seulement être un grand joueur, mais aussi avoir une certaine personnalité, un comportement et une éducation. Voilà comment vous y arrivez, en appliquant ces choses de la vie au football. »

 

Et en ce qui vous concerne, vous vous considérez dans la catégorie de ceux qui ont été touchés par la baguette de Dieu ou ceux qui sont venus travailler?

C : « Je me sens béni de Dieu d’avoir une bonne mentalité pour travailler. J’ai toujours été eu ce sens de la compétition et de ne jamais rester en retrait. Depuis tout petit. J’ai toujours eu beaucoup moins de qualité que les autres meilleurs joueurs, mais par le travail et le dévouement, j’ai réalisé de grandes choses. Dans ma façon de voir la vie, il y a des choses qui me comblent beaucoup plus que d’être le meilleur buteur d’un club ou le ballon d’Or. Je travaille pour ces choses moins palpables et avoir cette mentalité de travailleur. »

Amir A.