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Football et crise sanitaire : quel bilan pour le Paris Saint-Germain ?

Cela fait maintenant un an que la crise de la COVID-19 s’est déclarée. Entre annulations, matchs à huis-clos, et autres difficultés liées aux droits télévisuels, le monde du football est dans l’œil du cyclone et aucun de ses acteurs n’est épargné. Ainsi, malgré une belle année sur le plan sportif, le Paris Saint-Germain affiche des pertes record qui méritent d’être analysées.

S’il y a bien un élément sur lequel tous les observateurs sont d’accord, c’est le fait que la saison 2019/2020 fut unique, aussi bien d’un point de vue sportif que financier. KPMG, un cabinet d’audit, s’est intéressé aux revenus des vainqueurs des 6 grands championnats européens, à savoir le PSG, le Real Madrid, le Bayern Munich, la Juventus, Liverpool et Porto, afin d’observer les conséquences de la crise.

Un déficit record? Oui mais…

Avec exactement 125,8 millions d’euros de pertes, le PSG est le club affichant le plus gros déficit à la fin de la saison 2019/2020 parmi les vainqueurs des six grands championnats européens[i]. En effet, souffrant déjà d’un manque à gagner d’environ 30 millions d’euros[ii], la crise sanitaire a porté un coup supplémentaire aux finances du club à hauteur de 95,4 millions d’euros lors de l’exercice 2019/2020, sans que toutefois Paris soit un aussi mauvais élève qu’il n’y parait.

En effet, ce « record » tient uniquement en termes de chiffres bruts : le déficit du PSG ne représente « que » 15% de ses revenus, un résultat bien plus acceptable quand on le compare aux 8% de pertes de Liverpool, 13% de la Juventus, ou encore, aux 50% du FC Porto.

Bien entendu, 95,4 millions d’euros demeure une somme impressionnante, mais il ne faut pas oublier de prendre en compte les revenus de certains de ses concurrents. À titre d’exemple, la Juventus et le FC Porto ont respectivement perdu 62,2 et 89 millions d’euros par rapport à un total prévisionnel bien inférieur, à savoir 463,6 et 176 millions d’euros… Ainsi, proportionnellement parlant, les sommes perdues sont loin d’être si choquantes, le PSG est seulement victime de son envergure.

Une baisse inquiétante des revenus commerciaux

Concrètement, les revenus commerciaux sont composés du sponsoring et du merchandising (produits dérivés). Dans la première catégorie, on peut par exemple citer Nike qui rapporte 75 millions d’euros à l’année, ou bien Accor, avec ses 60 millions d’euros annuels. Côté merchandising, on trouve notamment les ventes de maillots, qui n’ont cessé de croître au cours de ces dernières années : rien qu’en 2019, le PSG en a vendu plus de 1 522 000 d’exemplaires.

Malheureusement, dans la mesure où durant la saison dernière, la Ligue 1 s’est terminée à la 28ème journée et n’a jamais redémarré, ces revenus ont été fortement impactés et ont chuté de près de 18%. En effet, au sein d’une entreprise, le budget communication / publicité est toujours le premier à être affecté en cas de crise et les sponsors du PSG n’ont pas fait figure d’exception, à plus forte raison car l’équipe était à l’arrêt.

Sachant que 60 % des revenus annuels du club sont d’origine commerciale, on comprend déjà mieux les pertes de l’exercice 2019/2020.

Les pertes liées aux droits TV ? Négligeables pour le PSG

Parmi les revenus en baisse lors de la saison dernière, on compte également ceux provenant des droits TV. Encore une fois, la fin prématurée du championnat de France dès la 28ème journée a affecté les finances de l’ensemble des clubs nationaux, mais pourtant, les Rouge et Bleu s’en tirent à très bon compte.

Premièrement, car même si Canal + et BeIn sports n’ont pas entièrement honoré leur contrat (plus de 220 millions d’euros n’ont pas été versés, suite à l’arrêt du championnat), la LFP avait soumis un prêt garanti par l’Etat, permettant ainsi aux clubs de toucher ce qui leurs était dû.

Deuxièmement, les pertes auraient été quoi qu’il arrive bien plus tolérables pour Paris que pour ses concurrents nationaux, dans la mesure où les droits audiovisuels ne représentent « que » 23,8%[iii] de ses revenus.
À titre de comparaison, ils comptent pour 46% à 76% des revenus de 18 des autres clubs de Ligue 1, seul Lyon fait figure d’exception avec 21,8%. Ainsi, ils restent un élément extrêmement préoccupant pour la majorité des clubs nationaux, à plus forte raison après l’échec Mediapro : « Les clubs ont cru, jusqu’en octobre, que le contrat Mediapro était leur bouée de sauvetage. Aujourd’hui, il pourrait être le coup de grâce pour certains.[iv] »

Enfin, troisièmement, la campagne européenne globalement réussie a pesé dans la balance. Si certains clubs tels que le Real Madrid, la Juventus et Liverpool ont respectivement perdu 12%, 19% et 22% de cette source de revenus en raison de leur élimination prématurée en Champions League. De leur côté, le PSG et le Bayern Munich n’ont finalement subi que 4% de pertes.

La billetterie ? Un problème majeur pour tous

Entre annulations et huis-clos, les revenus liés aux jours de matchs ont bien évidemment été particulièrement affectés lors de la saison 2019/2020.

Le PSG a perdu exactement 23,6 millions d’euros dans l’affaire, soit une chute de 20% par rapport à l’exercice précédent. Une somme non négligeable, mais dans la moyenne quand on constate que le Bayern Munich et le Real Madrid, seuls clubs bénéficiaires de notre top 6 durant l’exercice 2019/2020, ont connu des pertes similaires à hauteur de 24% et 22% ; le fait d’avoir fait repartir le championnat ne les aura pas non plus sauvés, les matchs ayant eu lieu à huis-clos.

Une politique RH qui fait débat

C’est peut-être la principale ombre au tableau. À l’heure où les réductions budgétaires sont la norme pour des raisons évidentes, le PSG va à contre-courant. Certains organismes tels que la LFP, ou même des clubs, prônent une réduction salariale.

Le Bayern Munich ainsi que la Juventus de Turin montreraient d’ailleurs le bon exemple : les joueurs bavarois et turinois ont accepté assez facilement de diminuer leur salaire en 2020 afin d’aider leur club respectif, ce qui a permis de réaliser des économies de l’ordre de 6% et 13%.

À l’inverse, lors de cette même saison 2019/2020, les dépenses salariales ont augmenté de 10% au PSG. Une augmentation qui en surprendra plus d’un, mais répondant malgré tout à une certaine logique. Explications.

D’un côté, Paris n’est pas réellement une exception dans la mesure où les salaires ont également augmenté au Real Madrid (4%).

D’un autre, les Rouge et Bleu sont en quelque sorte victimes de leurs ambitions. Rêver plus grand implique de dépenser toujours davantage en termes de transferts, mais aussi de salaires, d’autant plus que signer des contrats toujours plus importants est dans l’intérêt des deux parties, comme le souligne Vincent Chaudel : « les contrats sont à la fois un levier de négociation à la vente pour les clubs et une protection pour les joueurs. Et comme l’ont démontré les discussions entre employeurs (Première Ligue) et les employés (UNFP), difficile de rédiger un accord global, d’où l’échec du printemps dernier. Comme souvent, ces contrats prévoient une évolution (à la hausse) de la rémunération de chacun. Si on ajoute qu’il est plus délicat de négocier à la baisse, le salaire d’un joueur convoité par des clubs étrangers, vous comprendrez rapidement la situation d’un PSG aux dépenses certaines mais aux revenus flous.[v] »

Et bien entendu, il ne faut pas non plus négliger le fait que le système fiscal français est bien plus lourd que celui de ses voisins européens, tirant ainsi les salaires vers le haut sans que le club soit en mesure d’y remédier.

Entre un bilan 2019/2020 à relativiser, et un avenir incertain

Si le déficit parisien (125,8 millions d’euros) est certes conséquent, il est toutefois loin de remettre en cause la stabilité du club. En effet, les seules pertes de cette saison (95,4M €) sont comparables à celles réalisées par les autres grands clubs européens n’ayant pas été sacrés champion la saison dernière, mais disposant de finances comparables ; un élément non pris en compte par KPMG,.

On peut notamment citer le FC Barcelone et ses 97 millions d’euros de pertes[vi], Manchester United qui a perdu 77 millions d’euros[vii], ou encore, Tottenham, qui aurait perdu près de 72 millions d’euros[viii]. Une année noire pour tous donc, mêmes les plus grands.

Ainsi, l’avenir de l’ensemble des clubs étant extrêmement opaque à l’heure actuelle, la grande question n’est pas tant de savoir s’ils seront en mesure de générer des profits et/ ou de compenser les pertes de la saison 2019/2020, mais plutôt d’observer s’ils seront en mesure de parvenir à stabiliser leur fan-base, ainsi qu’à s’adapter aux particularités actuelles afin d’assurer leur pérennité :

« La saison en cours se joue quasiment à huis-clos privant ainsi les clubs des recettes guichets, à commencer par les abonnements. Avant même de parler de génération de revenus, les clubs doivent relever le défi de conserver et entretenir le lien avec leurs supporters. En l’absence de public dans les tribunes, ça passera par des solutions digitales qui à termes pourront être monétisées. »[ix]

Enfin, en ce qui concerne la tendance actuelle visant à encourager une diminution des sommes dépensées, tant en termes de salaires que de transferts, il semble tout aussi difficile de savoir si les clubs en tireront des conclusions qui influenceront leur stratégie sur le long terme, ou non : « Pour ce qui est de la tendance, il est difficile de se projeter tant le football européen est dans le flou. Quelle sera la posture de l’UEFA et son Fair-Play Financier face au COVID-19 ? Quel sera le nouveau montant des droits TV de la Ligue 1 ? Va-t-on assister à une transformation profonde de notre championnat ? La FOFA arrivera-t-elle à imposer son projet de Ligue semi-fermée (avec le PSG) ? Autant de questions pour lesquels les 6 prochains mois vont être décisifs.[x] »


Paris United remercie Vincent Chaudel, spécialiste en marketing/communication et sport business, pour sa contribution et son expertise.

Sources :

[i] https://footballbenchmark.com/library/the_european_champions_report_2021

[ii] https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/football-le-psg-champion-deurope-du-deficit-1281032

[iii] Le Parisien

[iv] Vincent Chaudel

[v] Vincent Chaudel

[vi] https://sport24.lefigaro.fr/football/etranger/espagne/fil-info/le-fc-barcelone-annonce-97-millions-d-euros-de-pertes-en-raison-du-covid-19-1016910

[vii] https://www.theguardian.com/football/2020/oct/21/manchester-united-revenue-shrinks-coronavirus-ed-woodward

[viii] https://www.france24.com/en/live-news/20201123-tottenham-post-%C2%A364m-loss-warn-of-%C2%A3150m-hole-for-2020-21

[ix] Vincent Chaudel

[x] Vincent Chaudel

Paris United

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