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Un aménagement du Fairplay financier ? « Le PSG n’est pas le club le plus concerné » affirme Vincent Chaudel

Un an après que la crise de la covid-19 se soit déclarée, la situation économique est toujours aussi complexe dans le monde du football. De nombreux clubs sont en grandes difficultés, au point que l’UEFA envisage de prendre des mesures fortes quant au fair-play financier, qu’elle juge désormais incohérent vis-à-vis du contexte actuel.

Vincent Chaudel, expert de l’économie du football et co-fondateur de l’Observatoire du Sport Business, a accepté de répondre aux questions de Paris United, afin de nous permettre de mieux comprendre les changements qui pourraient se produire durant ces prochains mois.

 

Cela fait désormais un an que la crise de la covid-19 a débuté, et comme nous le savons, le monde du football a été particulièrement affecté. En quelques mots, quel bilan économique peut-on en tirer pour l’instant ?

On constate que partout en Europe, les clubs et Ligues sont en difficulté. En ce qui concerne les Ligues, c’est surtout la France qui a été particulièrement touchée en raisons des problèmes supplémentaires des droits TV à renégocier, ceux-ci représentent environ 50% des revenus des clubs en moyenne, et peuvent monter jusqu’à 75% pour certains clubs tels que Nîmes. Un autre problème, plus général, réside dans l’absence de public : il s’agit d’une part importante du modèle économique du football, qui représente entre 15% et 30% des revenus selon les pays.

Au sein des 5 grands championnats, on estime que les pertes financières sont de l’ordre d’environ 2 milliards d’euros, dont 500 à 800 millions d’euros rien que pour le championnat de France, en raison des difficultés supplémentaires que nous venons d’aborder.

D’ailleurs, l’UEFA est consciente des difficultés auxquelles les clubs sont confrontés, et pourrait prendre des mesures fortes concernant le fairplay financier. Concrètement, cela signifie-t-il que celui-ci va disparaitre ? Ou bien sera-t-il modifié afin d’être plus cohérent avec le contexte actuel ?

Le fairplay avait une règle qui imposait un déficit maximum. Dans la conjecture actuelle, presque aucun club n’y répond, et par conséquent la quasi-totalité des participants aux compétitions européennes ne pourraient prétendre participer aux prochaines si on respectait les accords à la lettre.

L’enjeu actuel est donc justement de déterminer si un assouplissement temporaire sera mis en place, ou tout simplement une suppression totale. L’impact sur le mercato a été extrêmement fort, en Espagne, bien peu de clubs ont réellement recruté, et en France, on a pour habitude de vendre, mais l’été dernier cela s’est avéré impossible malgré un réel besoin financier.

D’ailleurs, Andrea Traverso, directeur d’une commission relative au fairplay financier, a déclaré que les règles « devraient se concentrer sur la question des hauts salaires et du marché des transferts » Comment peut-on interpréter cette déclaration ?

Il s’agit effectivement des deux sujets qui posent problème à niveau économique : la question des salaires et des transferts. Hélas, les charges salariales varient d’un pays à l’autre, il y a un réel déséquilibre et il est particulièrement compliqué d’imposer des règles de fiscalité similaires à niveau européen. C’est de cette différence que viennent les difficultés économiques.

Il faudrait également parvenir à mettre en place une régulation sur le long terme, et changer de modèle. Concrètement, cela signifie passer d’un modèle de compte de résultats (correspondant à celui du « fairplay financier ») à un modèle dit DNCG. Dans le premier cas, il faut équilibrer les comptes chaque année, ou ne pas dépasser les 45M/€ de déficit sur trois ans, dans le second, on se base sur le bilan, et un propriétaire est en droit d’injecter de l’argent : un déficit n’est alors plus problématique si celui-ci peut ou accepte de le couvrir.

Pourquoi cette interrogation surgit-elle maintenant ? Premièrement, en raison de la crise, car tout le monde est en mauvaise posture. Deuxièmement, car si l’on en croit une rumeur qui nous vient d’Italie, il y aurait une bataille FIFA/ UEFA, avec deux modèles. D’un côté, l’UEFA organise la Champions League et impose le fairplay financier, qui gêne de nombreux clubs. D’un autre, la FIFA souhaite mettre en place une Super League et ne prévoit aucun fairplay financier.

Ainsi, l’UEFA pourrait faire ce retour en arrière afin d’amadouer les clubs. Si jamais le projet de Super League venait à voir le jour, la Champions League ainsi que l’UEFA elle-même n’auraient plus de raison d’être.

De nombreux supporters pensent que l’UEFA pourrait lâcher beaucoup de lest durant les mois à venir. Confondre « adaptation » et « assouplissement » des règles serait donc une erreur ?

A minima, nous allons vers un assouplissement, mais on peut même imaginer une suppression. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit que de rumeurs, même si l’on est sûrs d’une chose : le fairplay financier n’est plus applicable dans le contexte actuel.

Si jamais le fairplay financier venait effectivement à être modifié, qui seraient les grands gagnants ? On peut penser au PSG ou à Manchester City, mais cela n’avantagerait-il pas plutôt les grands clubs historiques les plus endettés, tels que le FC Barcelone qui semble être au bord de la faillite ?

Si jamais le fairplay financier venait à être supprimé, cela présenterait un avantage certain pour les clubs disposant de propriétaires très aisés financièrement parlant, ou d’actionnaires, car ils pourraient réinvestir de l’argent comme ils le souhaitent.

Concrètement, cela avantagerait des clubs tels que le PSG, l’OGCN, l’OM, Rennes ou encore Chelsea et Manchester City si l’on regarde outre-Manche.

A l’inverse, une suppression pure et simple du fairplay financier ne changerait rien pour des clubs tels que le Real Madrid, le Barça ou encore le Benfica. Beaucoup de clubs espagnols ou portugais reposent sur un modèle différent, celui des socios : le président seul ne peut décider d’investir dans le club.

Enfin, doit-on supposer que ces nouvelles règles s’appliqueront sur le long terme ? Ou seulement à court terme, le temps que la crise se termine ?

Trop tôt pour le savoir. Le football tel qu’on le connait va changer d’ici 3-4 ans. La réforme de la Champions League, ou même la mise en place du modèle voulu par la FIFA, celui d’une Super League, va bouleverser le football européen. Il y aura plus de matchs, et par conséquent le nombre de clubs dans les championnats domestiques diminuera, avec un maximum de 16 à 18 équipes en première division notamment.

Un dernier mot pour la fin ?

Pour conclure, on peut affirmer que le PSG n’est pas le club le plus concerné par un aménagement du fairplay financier, ou du moins, à court terme, dans la mesure où il est parvenu à résoudre ses problèmes. Néanmoins, cela pourrait avoir un impact quant à la négociation des contrats de joueurs tels que Kylian Mbappé ou Neymar Jr.

Paris United remercie Vincent Chaudel d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Entretien réalisé par Mathieu Sauvajot.

Paris United

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