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Thiago Motta
 : Portrait d’un homme de convictions

On commençait pourtant à y croire… Le retour de Leonardo était l’occasion d’effacer les malentendus entre l’entraîneur des U19 et la direction sportive du club. Mais les désaccords semblent plus profonds, trop profonds pour convaincre Thiago Motta de rester dans l’organigramme parisien. Après 7 ans passés sous les couleurs du Paris Saint-Germain, tous postes confondus, retour sur le parcours de l’homme aux crampons noirs. 

Barca, Atletico, Inter… ce n’est pas un novice qui foule la pelouse du Parc des Princes ce 1er février 2012. Après des mois de négociations, l’international italien rejoint le Paris Saint-Germain pour la somme, microscopique aujourd’hui, de 11,5 millions d’euros. Si l’Inter était réticent à l’idée de céder une pièce maîtresse de son jeu, le joueur, lui, n’a jamais caché son désir de rejoindre le club parisien. “Au début, nous avions trouvé un accord avec le PSG pour être transféré en fin de saison, mais Thiago voulait vraiment venir ici.” nous avait confié il y a quelques temps son agent, Alessandro Canovi. Une volonté qui avancera finalement son transfert à la trêve hivernale, avec l’aide d’un homme qu’il connaît déjà bien, Leonardo (coach de l’Inter en 2010-2011). 

Thiago, le maître du temps

Sous la coupe d’Ancelotti, il vient apporter un peu d’expérience et de maturité dans cette équipe relativement jeune. Des qualités essentielles qui renforceront le groupe, organisé autour d’un axe assez incroyable mis en place par « Il  Mister », un noyau dur constitué de Thiago Silva, Thiago Motta et Ibrahimovic.

Surnommé “Il Metronomo” (le métronome) par ses coéquipiers de Série A. En Ligue 1, rien n’a changé. Véritable maître du temps, le milieu parisien gère le rythme du jeu tel un chef d’orchestre. A ses côtés, Blaise Matuidi et Marco Verratti n’ont jamais autant brillé. On doit ce système à son second entraîneur parisien, Laurent Blanc. « Ils couvrent mes défauts et réciproquement” confiait le joueur dans une interview accordée au Monde. L’expérience, la vitesse, la malice, le trio se complète parfaitement. Grâce à cette combinaison, Laurent Blanc a créé un véritable monstre de récupération. « C’est l’ADN de notre système de jeu » avait déclaré l’entraîneur à propos de son numéro 8. Ancelotti avait pourtant essayé d’installer le même trio, sans succès en raison des blessures à répétitions de Thiago. 

Et c’est justement-là que se trouve la faille du joueur. Problèmes de mollets, claquages, blessure au ménisque… le trentenaire enchaîne les pépins physiques. Joueur fragile, il aurait très bien pu se faire voler la vedette par d’autres, particulièrement dans les grandes équipes. Rien de tout cela, Thiago Motta restera indispensable au fil des années. 

Titulaire indiscutable avec Laurent Blanc lors de la saison 2013-2014, il brille notamment en altitude et c’est bien pour cela qu’il a été recruté. Double vainqueur en Ligue des Champions, Thiago Motta apporte la sérénité et l’assurance dont le vestiaire a besoin. Le 18 septembre 2013, il marquera entre autre un doublé grâce à son 1m87, face à l’Olympiakos en Ligue des champions. Si l’Italien impose son jeu dans les gros matchs, lorsqu’il est absent c’est une toute autre histoire. Remontada, quarts de finale contre le Barca, huitièmes contre Madrid en 2018, autant de défaites auxquelles Motta n’a été qu’un simple témoin. Une coïncidence qui fait réfléchir. Lorsqu’il n’est pas sur le terrain, l’équipe perd sa plaque tournante. Un manque d’assurance et de solidité que l’on retrouve encore dans l’effectif actuel. 

Sans surprises, le 21 février 2014, Thiago Motta prolonge son contrat jusqu’en 2016 avec le club. Au fil des saisons, le joueur prend de l’âge et les critiquent deviennent de plus en plus virulentes. Trop vieux, trop lent, trop fragile…les doutes sont vites balayés par le nouvel entraîneur du PSG, Unai Emery. Certes, l’Espagnol ne dispose pas d’un énorme choix au milieu, mais lorsque l’on a la qualité de passe et la lecture du jeu d’un Motta dans son effectif, on ne la laisse pas réchauffer le banc de touche. 

Vice et malice

Oui, Thiago a des défauts non négligeables. Mais à défaut de miser sur sa condition physique, le milieu tire profit de ses défauts d’une main de maître. Et ça, c’est digne du grande intelligence et compréhension du football. 

Une arrogance et un vice à l’italienne… Il a le don de pousser à bout ses adversaires. Exemple tout trouvé avec le fameux coup de boule de Brandao qui lui vaudra un nez fracturé…pas faute de l’avoir cherché. 

Pics incessants, tirages subtils de maillot, négociations avec l’arbitre, on l’aime autant qu’on le déteste. C’est pourtant cette malice qui illustre si bien l’expérience du natif de São Bernardo.

Après une dernière prolongation en 2017, le Parisien de 34 ans à l’époque inscrit peut être sa saison de trop pour une condition physique qui manque à l’appel. Antero Henrique, qui vient d’arriver au club le sait et se montre réticent à l’idée de prolonger. C’est là que débutent les désaccords entre les deux hommes. 

Seulement dans l’esprit de Thiago, une chose est sûre : “Entraîner un jour le PSG” voilà le nouvel objectif non dissimulé du joueur.

De l’autre côté

A l’instar de son ancien coéquipier Maxwell, Motta tirera sa révérence pour rejoindre l’organigramme parisien par la suite. Il signe alors sa dernière rencontre le  19 mai 2018 après un dernier match contre Caen. Un adieu de courte durée puisque deux semaines après, l’ex-numéro 8 passait déjà ses premiers diplômes de tacticien. Titulaire de l’UEFA B et A, il obtient la permission d’entraîner des équipes de jeunes ou bien d’être adjoint chez les pros. Sans surprise, le désormais tacticien reprend donc ses quartiers à Paris auprès des U19. Après une seule saison, le bilan est court et mitigé. En effet, les débuts sont assez chaotiques: première rencontre contre Rennes perdue 2-0, deuxième défaite 2 semaines plus tard lors d’un tournoi amical organisé aux Pays-Bas. L’équipe arrive à sauver les meubles en championnat et termine finalement en 2ème position malgré les éliminations en Youth League et en coupe Gambardella. 

Tactiquement, l’ancien Blaugrana n’hésite pas à innover comme l’on fait tous les plus grands entraîneurs. Un nouveau schéma en 2-7-2 basée sur l’offensive. “En comptant de droite à gauche, ça serait un 2-7-2. Le gardien, je le compte dans les sept du milieu de terrain. Pour moi, l’attaquant est le premier défenseur et le gardien le premier attaquant. Le gardien est le premier à commencer l’action en jouant au pied et les attaquants les premiers à faire pression pour récupérer le ballon. » expliquait-il dans le quotidien italien, la Gazetta dello Sport. Une tactique futuriste qui doit encore faire ses preuves mais malgré tout, le jeune coach a offert une marge de progression considérable à nos titis parisiens. 

Coach exigeant mais surtout possessif… de quoi faire grincer des dents les dirigeants parisiens. Refusant de partager ses joueurs pour garder son propre noyau, Thiago Motta s’est mis la direction à dos. Méthodes opposées, communication inexistante, rien ne va plus. 

En contrat jusqu’en juin 2020, l’italo-brésilien est pourtant bel et bien sur le départ. Un départ, on l’espère, de courte durée et qui lui permettra de se consacrer à ses diplômes d’entraîneur. Un objectif reste en ligne de mire: entraîner un jour l’équipe professionnelle du PSG. 

Yasmine Muffoletto, pour Paris United 

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