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Les intérêts bien compris du Qatar Tour

Le Qatar Winter Tour ne profite pas qu’au club du Paris Saint-Germain. C’est l’occasion pour l’équipe de pouvoir s’entraîner dans un cadre exotique, pour l’état-major de se retrouver et pour le Qatar, de promouvoir son image et de poursuivre sa stratégie globale.

 

Étendre la marque PSG hors des frontières

Ce n’est pas un secret : la marque « Paris Saint-Germain » est en plein essor à l’international. La stratégie d’internationalisation menée par le club afin de s’exporter dans le monde entier porte ses fruits. Dans de nombreuses villes à travers le monde, de plus en plus de personnes portent désormais les couleurs rouge et bleu. Et les partenariats avec Jordan Brand et d’autre acteurs de la mode comme Manish Aurora ne font que renforcer cette tendance. Tout cela pour le plus grand bonheur de l’équipe, de ses revenus merchandising et de son propriétaire, le Qatar.

Rappelons qu’au Qatar, le PSG est suivi comme l’équipe nationale et accueilli comme tel. Au cours de ce stage, l’équipe a été reçu avec les honneurs. Elle a eu aussi l’occasion de découvrir le désert et de s’immiscer – pour la première fois pour certains – au cœur de la capitale qatarie, Doha. Les joueurs et le coach entre autres ont pu profiter d’un cadre aussi bienveillant que confortable, sans parler du climat plus agréable que l’hiver francilien. Un bon moyen de souffler entre deux courses de dromadaires avant les échéances à venir. L’escapade a d’ailleurs porté ses fruits, au regard du 9-0 infligé à Guingamp au Parc des Princes …

« On a fait beaucoup de rendez-vous marketing (pendant ces jours passés au Qatar), mais aussi beaucoup d’entraînements avec de la qualité car les terrains sont extraordinaires. L’état d’esprit a été bon. Tout le monde a savouré la température, le climat. »

Thomas Tuchel, entraîneur ravi d’un PSG revigoré

Le club de son côté avait une opportunité en or pour communiquer et nourrir un storytelling digne de son statut de grand club européen. Ainsi, nombreux furent les journalistes invités pour couvrir le Winter Tour parisien. Certes, tous ont cherché à glaner des informations sur le mercato parisien mais ils ont surtout participé à l’exercice parfaitement maîtrisé de communication qu’a orchestré l’état-major du club. Une vraie réussite pour toutes les parties et notamment pour le Qatar.

Pour l’émirat, l’opération s’impose comme une indéniable réussite. Outre les images de la modernité diffusée en France et sur les réseaux, l’opération de promotion touristique a dû ravir la Qatar Tourism Authority et renforcer sans conteste la visibilité de son hashtag, #VisitQatar.

Un scénario idéal pour montrer son ouverture, attirer les touristes et contribuer à faire du Qatar, un hub dans le Golfe aux côtés de ses deux encombrants voisins.

Après le contrat signé entre Neymar et la Qatar National Bank, le petit État du Golfe Persique continue donc à préparer le monde à sa Coupe du Monde 2022. Et ce n’est pas l’organisation de la Coupe d’Italie à Jeddah en Arabie Saoudite qui pourra leur faire de l’ombre.

 

Préserver et consolider les intérêts qataris au-delà du sport

Pour rappel, l’état qatari via QSI est l’actionnaire majoritaire du club depuis 2012. Autrement dit, son seul et unique propriétaire. C’est la raison pour laquelle, à l’instar de Manchester City, le Paris Saint-Germain est souvent décrié et présenté par ses détracteurs comme un « club d’État ».

Pour autant, le club de la capitale représente bien plus qu’un investissement pour l’émir Al-Thani. Outre la passion du jeune émir pour Paris et le ballon rond, le PSG représente autre chose. Il s’inscrit dans une stratégie de « survie » élaborée par l’État qatarien et vise à sécuriser son avenir en le rendant aussi visible qu’incontournable.

Comme tous les pays du Golfe, si le Qatar est un État économiquement puissant, avec une économie principalement centrée sur l’exploitation des hydrocarbures (le gaz naturel liquéfié notamment avec le pétrole), les investissements qatariens réalisés dans le club et dans le sport en général dépassent de loin la seule envie de participer et de gagner.

 

Le PSG, un ambassadeur officieux

Dans l’environnement géostratégique du Golfe (Iran, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis), rendu plus complexe avec la crise qui l’oppose à ses voisins depuis bientôt un an, le sport représente “la meilleure des assurances-vie”. Et le football, de surcroît à Paris, constitue son meilleur ambassadeur. Surtout quand son attaque rassemble l’une des plus belles attaques d’Europe.

En effet, si l’industrie du football professionnel n’est absolument pas rentable à terme pour un État, il en va autrement au niveau de l’image et de son exposition mondiale. Avec le football parisien et l’arrivée du duo Neymar-Mbappé, le Qatar a fait plus pour son image que tous les investissements réalisés dans les palaces parisiens. Aujourd’hui, tout le monde sait qui est le Qatar et où il se trouve.

 

Nation branding et sport power qatari

Avec le PSG et l’accueil de la Coupe du monde 2022, l’émirat travaille avec intelligence son “nation branding” et son attractivité en tant qu’Etat. Mais ce qu’il cherche surtout c’est à renforcer sa visibilité internationale et à développer son « soft power », c’est-à-dire sa capacité à exister sur la scène internationale, tout en influençant les décisions qui le concernent.

Et là encore, le Winter Tour apparaît comme une réussite aussi économique que stratégique.

Pour le dire autrement, lorsque le ballon roule à Paris et que le PSG se rend à Doha, c’est plus que de football dont il s’agit. C’est l’exemple parfait de la rencontre entre le sport, le marketing et la géopolitique.

Un cocktail qui ravira aussi bien les observateurs du Fair Play Financier que l’Émir Al-Thani.

 

Pour résumer, les stages effectués au Qatar ont le but – assumé – de faire de la publicité pour le club et pour le pays. La période tombe plutôt bien finalement, puisque il s’agit également d’une occasion pour l’équipe de passer un moment ensemble et d’améliorer la cohésion de groupe. Le tout sans négliger de répondre aux enjeux d’un propriétaire dont les intérêts dépassent de loin le sort d’un match de foot.

C’est donc avec une certaine envie que le Paris Saint-Germain et les hommes de Thomas Tuchel vont aborder les nombreux défis de cette deuxième partie de saison qu’on espère très réussie.

 

LoukmanJean-Baptiste Guégan

Crédits photo : psg.fr