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Motta : « L’important c’est de gagner, toujours. »

A l’approche du match Real Madrid – PSG, les déclarations des joueurs des deux côtés se multiplient. Et si la plupart ont décidé de s’exprimer dans la presse étrangère, et on peut le comprendre, Thiago Motta a choisi quant à lui de répondre aux questions du magazine France Football.

 

Parmi les plus anciens de l’effectif actuel, le milieu de terrain est bien placé pour analyser l’évolution du Paris Saint-Germain « il y a une cohérence dans la philosophie de jeu depuis le début du projet. C’est le trait commun de toutes ces années (…) je crois que l’on a franchi un cap cet été en recrutant Neymar. La base était là mais il nous manquait un joueur de cette trempe, de ce niveau-là . »

 

LE BONHEUR D’EVOLUER AUX CÔTES DE JOUEURS COMME NEYMAR

Neymar justement il en est question à plusieurs reprises. Pour l’international italien, le club parisien possède avec le joueur brésilien « un talent qui peut faire la différence à tous les matchs, à tout moment, notre rôle est de l’aider au maximum (…) Il a donné une autre dimension au club. Il faut se rendre compte que c’est un joueur énorme, avec une grande qualité de dribble. Il veut toujours le ballon comme Ibra d’ailleurs(…) Je pourrais m’entrainer 24h par jour durant toute l’année, je ne serai jamais à son niveau. Je parle de son niveau individuel. Maintenant collectivement quand on a un joueur de cette dimension, le but est de l’aider et le mettre dans les meilleures dispositions possibles. Faire en sorte qu’il soit performant. C’est pareil pour Messi au Barça ou Ronaldo au Réal. J’ai le privilège d’évoluer aux ôtés d’un joueur comme lui. C’est rare dans une carrière vous savez. Surtout quand vous avez déjà eu la chance d’être aux côtés de Ronaldinho et de Leo Messi, c’est pas mal…» Du coup a-t-il eu besoin de jouer les papas avec lui ? « Il n’en a pas besoin. Il a son père ici, ses amis aussi. Même à l’âge qu’il a, il possède déjà une grande expérience. Ce n’est pas à moi de lui dire ce qu’il a à faire, il le sait »

Ce n’est pas parce que vous jouez contre le Real qu’il faut changer votre philosophie. »

Bien évidement, la simple présence de Neymar ne peut suffire à l’emporter face au double tenant du titre, malgré l’immensité du joueur « La clef du match c’est d’être nous-mêmes. Construire, créer, marquer (…) La différence elle se fait au niveau de l’attention, du détail, de la confiance. Il faut avant tout essayer d’être soi, de ne pas oublier sur le plan du jeu, ce toutes les choses faites avant. Ce n’est pas parce que vous jouez contre le Real qu’il faut changer votre philosophie. »

 

LE MATCH RETOUR ENFIN AU PARC DES PRINCES

Pour la première fois depuis bien longtemps, le PSG va jouer le match aller à l’extérieur, et donc recevoir au retour, un avantage ? « le plus important dans nos têtes, c’est le premier match là-bas. Il faudra le jouer sans penser au retour, sauf peut-être dans les deux ou trois dernières minutes. Mais il ne faut pas se manger la tête avec des calculs qui ne serviraient à rien. Il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler. Les choses que l’on peut contrôler ce sont nos émotions, pas les impondérables du jeu. Ce qui est certains c’est qu’on ne doit pas aller là-bas pour défendre, parce que c’est impossible face à une équipe comme le Real Madrid. Dès qu’on aura le ballon, il faudra attaquer, chercher à marquer un but. Si on va là-bas pour chercher le 0-0, il vaut mieux ne pas y aller(…) Il faut que ton jeu corresponde à ton identité. Quand j’étais à l’Inter notre façon de jouer était à 11 derrière et contre-attaquer. Ce n’est pas le jeu du PSG, mais ça ne veut pas dire qu’il faut aller à l’abordage comme des fous devant le but. Mais pour se qualifier, on devra être le PSG c’est tout ! (…) C’est ça qui est important, rester fidèle à son identité, et faire avec ça, ne pas se renier. Nous au PSG, on n’est pas habitués à jouer autrement que vers l’avant. »

De quoi faire peur au Real ? « Non ! Personne n’a peur de jouer au football à ce niveau-là. Du respect oui, mais jamais de la peur. On sait que l’on va jouer contre de grands joueurs et eux aussi. Ça s’arrête là. »

La situation critique du club madrilène est-elle plutôt positive ou négative pour le club parisien selon lui ? « C’est vrai qu’ils ne tournent pas à plein régime en ce moment, mais ils ont gagné la Ligue des Champions à deux reprises. Ils ont été les premiers à faire ça dans l’histoire de la compétition, ça se respecte. Et puis ce n’est pas la première fois qu’ils ne sont pas bien en championnat et ça ne les a pas empêchés de gagner la Ligue des Champions (en 2014 et 2016). Nous il va falloir oublier tout ce que l’on a fait avant sur le plan des résultats. Ça ne doit plus compter. On doit repartir à zéro et le Real aussi. Dans un match comme ça le passé ne compte plus. »

Le PSG se prépare donc à retourner en Espagne, pratiquement un an après le triste épisode de Barcelone, qu’en reste-t-il ?

« Il ne faut pas oublier que nous avions fait un très beau match à la maison. Au retour, on n’était pas bien, c’est certain. Mais comme je vous l’ai dit, je crois qu’il ne faut rien changer à nos principes, qui sont tournés vers un jeu offensif. C’est ça notre idée du football, notre mentalité, et on ne doit pas en déroger, y compris face au Réal (…)  »

 

LE RESPECT SANS ÊTRE FORCEMENT AMIS, SECRET D’UN VESTIAIRE PERFORMANT

Thiago Motta s’est également exprimé sur l’impact de l’ambiance d’un vestiaire sur les résultats d’un club : « C’est important, mais le plus important c’est le terrain. Être ami ne sert à rien si chacun fait ce qu’il veut de son côté quand il entre sur la pelouse. Plus que l’ambiance, le plus important est le respect. Le respect du partenaire qu’on essaie de ne pas perturber. Dans un match comme celui du Real, au moment de jouer, il faudra se dire que ce n’est pas un coéquipier que tu as à côté de toi ce jour-là mais un frère, et que tu vas tout faire pour l’aider au maximum. Il faudra également se dire que le plus important ce n’est pas toi mais l’équipe. Si tu entres avec cette mentalité, c’est presque gagné.(…) On n’est pas obligés de diner ensemble, de passer des dimanches ensemble ou en famille. On peut gagner sans être amis. Vous êtes amis avec tout le monde vous au travail ? Le plus important est le respect que vous avez pour ceux qui vous entourent dans votre travail. Et que chacun sache ce qu’il doit faire pour le bien du collectif.»

Et le rôle de l’entraineur dans tout ça ? « Oui (il est primordial pour obtenir cette alchimie). Celui de Mourinho a été capital (avec l’inter en 2010). Aucun de nous n’avait cette personnalité-là. Mais la sienne déteignait sur nous. Après chacun travaille avec ses idées. »

Est-ce si difficile d’arriver à cette symbiose ? « pas forcément. J’ai 35 ans, certains ici en ont 18. Je peux comprendre qu’on soit différents, qu’on ne parle pas des mêmes choses. Certains ici ne parlent pas italien, pas anglais, pas français. Mais l’important c’est de bien communiquer. Cela doit être naturel. »

Le vestiaire parisien est cosmopolite et marqué par la grande présence sud américaine, un atout pour Thiago Motta « Je crois que ça rend le vestiaire plus joyeux. Le brésilien est content, il chante. L’argentin et l’uruguayen s’unissent pour boire le maté ensemble. Ce sont des choses normales(…) »

La communication et l’écoute, deux facteurs humains importants pour celui qui restera dans le monde du football après sa retraite en tant que joueur «  Ça aide vraiment au niveau humain. Tu apprends toujours des choses de l’autre. C’est enrichissant. Même si je ne suis pas d’accord avec un équipier, je dois faire l’effort de l’écouter, essayer de comprendre, de réfléchir. La richesse que j’ai acquise vient d’avoir appris quelque chose dans tous les clubs où je suis passé, y compris ici au PSG »

 

LA SOIF DE VAINCRE

Thiago Motta manquera finalement le match aller, comme il n’avait pu participer aux finales de 2006 et 2010 remportées par ses clubs respectifs (Barca et Inter), de quoi être frustré ? « En 2006 j’étais sur le banc (sans entrer), et en 2010 j’étais suspendu à cause de mon rouge reçu à Barcelone. Je serais content d’en jouer une bien sûr, surtout avec le PSG, mais ce n’est pas une obsession. »

Enfin, sa fin de carrière approchant n’a pas rassasié sa soif de victoire « L’important c’est de gagner, toujours. De ce point de vue-là je ne suis pas rassasié, comme un gamin qui pique un, deux, fois puis quatre bonbons dans le paquet qui est devant lui. Mais plus qu’un dernier défi sportif, ce que je veux aujourd’hui c’est profiter. »

C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter, profiter en soulevant le prestigieux trophée européen avec le Paris Saint-Germain. Mais avant ça il faudra d’abord passer le premier obstacle qui se présenter dès ce mercredi.

 

Amir A.