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L’entraineur, ce n’est pas directeur sportif

Les entraineurs se plaignent de plus en plus du recrutement, des choix de leurs dirigeants, du manque de moyens. Mais désormais, ils envoient carrément des messages, quitte à se mettre en difficulté. Alors, se trompent-ils de métier ?

Un entraineur, c’est peut-être plus important qu’on ne le pense. Oui, ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, qui courent, qui marquent, qui perdent des ballons. Mais tout ce qui se passe sur le rectangle vert, c’est le travail de l’entraineur. Et ça passe ou pas.

Un entraineur, ce n’est pas un directeur sportif. Il n’est pas là pour faire le recrutement, gérer les contrats, négocier les transferts et penser la politique du club. Il est là parce qu’il a été choisi pour une personnalité et/ou un style de jeu, et pour préparer son équipe sur tous les aspects du football : mental, athlétique, technique et tactique.

Entraineur, ce n’est pas directeur sportif

Oui, l’entraineur peut donner son avis sur un recrutement, discuter avec son responsable pour lui exposer les manques qu’il perçoit, qui il aimerait voir partir, voir arriver. Mais une fois que cette discussion est passée, il accepte les décisions de son directeur sportif qui va gérer les transferts en fonction des demandes mais aussi des moyens du club et de sa politique sportive, à savoir recruter des jeunes, des joueurs confirmés, des stars ou, ce qu’on appelle, des joueurs « d’équipe ».

L’entraineur doit s’adapter au club, au groupe de joueurs qu’il a. C’est ça son métier. Il n’a pas à faire le recrutement puisque son passage au club est voué à avoir une durée limitée. On l’a vu dans plein de clubs : quand l’entraineur fait le recrutement et qu’il est viré, c’est la catastrophe pour les deux à trois saisons qui suivent.

Quand Garcia plombe l’OM

L’exemple récent le plus frappant, c’est évidemment Rudi Garcia à l’OM. Malgré l’arrivée de Zubizaretta en tant que directeur sportif, l’ex-entraineur de l’OM a fait très mal au club. Payet surpayé et transféré pour près de 35M€, Strootman, Radonjic, Sertic, Mitroglou, Germain, Sanson… La liste est longue des joueurs recrutés par Garcia et qui plombent encore l’OM, qui n’a plus d’argent pour recruter, qui a une masse salariale énorme et que le nouvel entraineur, Villas-Boas, doit encore gérer pour composer son équipe.

De plus, l’entraineur ne peut pas passer son temps à se plaindre en conférence de presse. Quand il le fait, il envoie trop de messages négatifs. Premièrement, qu’il n’est pas en harmonie avec son club et ses dirigeants. Ensuite, il envoie également le message à ses joueurs que chaque échec, est de la faute du club. Il les dédouane donc avant même d’avoir commencé. Enfin, autre message, le fait qu’il n’est pas satisfait des joueurs qu’il a. Comment amener avec vous un groupe de joueurs pour lequel vous dites qu’il n’est pas assez bon pour avoir des résultats ?

Une fois qu’il a son groupe, le coach doit faire avec. Son travail, ce n’est pas de se plaindre du recrutement, du manque d’argent. S’il n’est pas content, il s’en va. Son travail, c’est désormais de faire travailler son équipe, de trouver les principes de jeu qui correspondent aux qualités de son équipe, de trouver les meilleures complémentarités, et pas seulement d’aligner les soi-disant meilleurs joueurs. Ça, tout le monde peut le faire.

Thomas Tuchel en symbole

Concernant le PSG et son recrutement, Thomas Tuchel a choisi Gueye, Kehrer et Diallo, entre autres, et on ne peut pas dire que ce sont des satisfactions. Avant lui, Laurent Blanc avait attiré Cabaye et Stambouli, par exemple, pour les non-réussites qu’on connait. On voit bien que lorsque le coach décide du recrutement, ce n’est pas franchement une réussite.

Le travail du coach, c’est, pourquoi pas, de changer un joueur de poste mais si son apport est supérieur à ce qu’il apportait à son ancien poste. Son travail, c’est de se dire qu’avec ces joueurs-là, on peut jouer dans tels systèmes et pas dans celui-là, ou qu’on peut presser haut ou jouer le contre.

Pour étayer sur Thomas Tuchel, le problème est qu’aujourd’hui, il fait tout le contraire. Faire jouer Marquinhos au milieu, c’est envoyer le message que vous m’avez amené un milieu défensif, mais ce n’est pas le joueur que je voulais donc je remets Marquinhos au milieu. Faire jouer Marquinhos au milieu, c’est envoyer le message à Danilo, après un seul match, que « tu ne fais pas l’affaire donc je mets un défenseur central à ta place ».

L’exigence fait aussi partie du travail de l’entraineur. À force de répéter qu’on est trop exigeant avec le PSG, qu’on n’est pas content si le PSG ne gagne pas tous ses matchs 4 ou 5-0 en Ligue 1, il diminue l’exigence. En résumé, il dit à ces joueurs, « c’est super ce que vous faites, il n’y a pas besoin de faire plus ». On pourrait ajouter que mettre les blessures sur le fait de la malchance, est-ce raisonnable ? L’hygiène de vie, la préparation athlétique, la musculation, la gestion des temps de jeu, des retours de blessure n’ont donc rien à voir avec la multiplication des blessures ?

Pour terminer, pourquoi les clubs payeraient-ils si chers des entraineurs s’ils étaient inutiles ? Si être entraineur, c’était juste mettre les 11 meilleurs joueurs (ou ceux qu’on estime les meilleurs suivant les goûts), pourquoi tout le monde ne serait pas entraineur ?

Et si, finalement, un club tirait le maximum de son potentiel quand chacun est à sa place, mais surtout quand tout le monde tire dans le même sens…

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