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Le show été du foot français

Depuis la crise sanitaire, le foot français s’est démarqué par ses décisions, mais aussi par le manque d’unité et de solidarité de ses dirigeants. Des professionnels aux amateurs, il va y avoir des conséquences qui risquent d’être dramatiques.

La décision du conseil d’état, mardi après-midi, est venu poser la cerise sur le gâteau du bourbier du foot français. En gelant les descentes d’Amiens et Toulouse, la juridiction pose un énième problème aux dirigeants du football français.

Dès le début de la crise sanitaire, on a entendu tout et n’importe quoi sur la suite à donner à la saison. Jean-Michel Aulas voulait une saison blanche quand d’autres présidents voulaient l’arrêt définitif du championnat et le gel du classement. Puis, on a entendu parler d’aller au bout, de play-offs, de qualification en coupe d’Europe au mérite des années précédentes. Bref, aucune unité.

Un manque de solidarité criant

Puis, fin avril, le Premier ministre est venu mettre à tout ça en déclarant les fins de saison des sports professionnels. Personne n’osait dire qu’il fallait attendre un peu, que cette décision était hâtive, à part le président lyonnais, qui vivait très mal le fait de ne pas être qualifié pour une coupe d’Europe. Pendant ce temps, ailleurs, on commençait à envisager des dates de reprise, d’aller au bout des championnats en cours.

Profitant de la situation, Bein et Canal décidaient de ne pas verser les derniers paiements des droits de télévision, ne pouvant alors diffuser la totalité des matchs prévus au calendrier. Les diffuseurs paieront finalement le reste au prorata des matchs déjà joués.

Ces dernières semaines, la Ligue 2 a voté l’élargissement de son championnat à 22, sans descente. Mais Noël Le Graët, l’homme qui décide seul de l’avenir du football français, a fait voter, par son comité exécutif, l’annulation de cette demande. En revanche, il a réussi à placer la finale de la coupe de France et celle de la Ligue. Le championnat 2019 – 2020 est donc arrêté et terminé, sauf pour les deux finales de coupe. Étrange !!!

Malgré tout, Jean-Michel Aulas a continué à œuvrer pour que le championnat reprenne, jusqu’à aller devant le conseil d’état. Ce dernier a donc acté la fin des championnats et le classement final. Par contre, il a suspendu les descentes d’Amiens et Toulouse, demandant à la LFP sous tutelle de la FFF de trouver une solution. Pour cela, le conseil d’état s’est appuyé sur une convention qui stipule que la Ligue 1 ne peut pas avoir plus de 20 clubs au maximum dans sa compétition. Sauf que cet accord entre la LFP et la FFF se termine… Le 30 juin.

Plusieurs solutions existent désormais. La FFF décide d’aller au bout, de maintenir une Ligue 1 à 20 clubs et donc de faire descendre Amiens et Toulouse. Les deux clubs auront de quoi attaquer la fédération et obtenir de substantiels dommages et intérêts. Soit tout le monde s’incline et le championnat de France se jouera à 22 clubs l’année prochaine. Ce cas de figure pose alors des problèmes de calendriers, mais aussi de revenus, les droits télé devant alors être partagés entre plus de clubs. Enfin, comme il y a des matchs supplémentaires non prévus dans le contrat avec les diffuseurs, il faudrait relancer un appel d’offres pour être dans les clous des lois sur la concurrence. Un vrai casse-tête.

Et le football amateur dans tout ça

Mais ce n’est pas tout et ce serait même presque trop simple. Si les descentes étaient définitivement invalidées, il faudrait en faire de même pour la Ligue 2, le National, et tous les championnats régis par les règlements FFF.

Sauf que la fédération a déjà entériné tout ce qui concerne les championnats amateurs, soit du National aux districts. Les clubs amateurs devraient alors lancer une procédure afin d’avoir les mêmes règles que la Ligue 1.

En décidant, malgré l’arrêt prématuré de ses compétitions, de maintenir les relégations et les montées, la FFF a mis les clubs amateurs en difficulté.

Avec la crise, de nombreux clubs vont perdre des revenus sponsoring. En descendant d’une division, les pertes seront encore plus grandes. Quand vous jouez en National 3, votre visibilité est plus grande qu’en Régional 1. Vos revenus sponsors sont alors plus ou moins importants en fonction de votre niveau. Les clubs amateurs vont alors souffrir financièrement.

Le monde professionnel et la FFF oublient bien souvent que 99,9% des joueurs professionnels ont débuté dans des clubs amateurs. Sans eux, le football français n’existerait pas, le nombre de licenciés ne serait pas le même, le football ne serait pas le sport numéro 1.

Il aurait fallu geler les descentes, faire monter les équipes, quitte à créer une poule supplémentaire par niveau de championnat. Avec cela, on limitait la casse, et on expliquait aux clubs que tout cela était temporaire à cause d’une situation exceptionnelle, et on fixait à un ou deux ans cette formule. A la fin de la première ou la deuxième année, on faisait descendre un peu plus d’équipes, pour retrouver l’équilibre initial. Pour apporter une précision, c’est exactement ce qui avait été fait il y a plusieurs saisons, lors de la réforme des championnats amateurs, où on avait eu droit à cinq ou six descentes par poule. Quand les règles sont bien expliquées et fixées à l’avance, il n’y a pas de problème.

Pour parler un peu plus précisément du PSG, de nombreux joueurs viennent des clubs amateurs de la région parisienne. Que se passerait-il si le football francilien perdait des clubs, que les clubs ne puissent accueillir autant de monde ? le manque serait alors important pour le club de la capitale. Même s’ils ont plus ou moins joué avec l’équipe première, la vente des jeunes a rapporté autour de 60M€ au PSG l’an dernier et permis de se mettre dans les clous du fair-play financier.

Un été de recours

L’été qui arrive risque d’être très agité. La FFF et la LFP vont rendre leurs décisions avant la fin du mois de juin. En fonction de celles-ci, il faudra trouver les dates avec  un calendrier alourdi, ou on sera parti pour un été de recours, d’appels etc…

Pour rappel, Luzenac n’avait pas été autorisé à accéder à la ligue 2 en 2014. Après cinq ans d’affrontement, la deuxième cour administrative d’appel de Bordeaux avait donné raison au club ariégeois et déclaré que la LFP n’avait pas le droit d’interdire le club de monter en Ligue 2.

Entre les pertes financières, les querelles entre clubs, les décisions des uns et des autres et les recours possibles, l’été va être très chaud pour le football français.

Paris United

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