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La légitimité d’un coach, ça s’acquiert

On entend souvent parler de la légitimité du coach, notamment quand il arrive dans un club. C’était sûrement le cas ils y a plusieurs années, mais, désormais, la légitimité, elle se construit. Et ça concerne, évidemment, Mauricio Pochettino.

Avec l’arrivée de Pochettino au PSG, on entend régulièrement parler de légitimité. Il n’a rien gagné, il n’a jamais dirigé de grandes stars, ce sera, d’après certains, rédhibitoire. En fait, il ne faut pas confondre légitimité et à priori.

Les à priori, c’est ce qu’on a fait, ce qui se dit sur l’entraîneur notamment pas les joueurs qui l’ont côtoyé. Dans ce cas, il existe plusieurs schémas : L’entraîneur qui a déjà gagné des titres et celui qui n’en a pas gagné, celui qui a la réputation d’être dur et celui plus proche de ses joueurs, celui qui a la réputation de bien faire jouer ses équipes et celui qui pense que seul le résultat compte. Tout ce parcours amène les joueurs à avoir des à priori sur la personne qui va désormais les entrainer.

Carlo Ancelotti, dans plusieurs entretiens, l’explique parfaitement. Ces à priori ne durent que très peu de temps, celui de se mettre en place. Dans le cas d’à priori positif, cela vous permet de gagner un peu de temps face au groupe, si c’est négatif, il va falloir montrer rapidement que tout n’est pas forcément fondé.

Si les titres faisaient la légitimité, pourquoi Di Matteo, pourtant vainqueur de la Ligue des champions 2012 avec Chelsea, n’a pas de club ? Parce que comme pour les joueurs, ce que vous avez fait avant, même avec un titre important, est sans cesse remis en cause. D’ailleurs, petite lapalissade: avant de gagner la Ligue des champions, de nombreux entraîneurs ne l’avaient jamais gagné !!!

La vérité, c’est en séance et pendant les matchs

La légitimité, ça s’acquiert. Elle s’acquiert en séance, dans la variété et le côté ludique des exercices. Oui, il y a 20 ans, répéter les mêmes séances plusieurs fois par mois, ça ne posait pas de problème. Mais désormais, les joueurs ont besoin de changement, d’originalité. Plus l’entraineur proposera des entrainements variées et excitants, plus les joueurs adhéreront.

La légitimité, ça s’acquiert aussi dans le comportement. La façon de parler aux joueurs, de les emmener avec vous vers un objectif. Mais c’est aussi dans votre discours. Si, par exemple, vous annoncez qu’il y aura de la concurrence mais qu’en réalité elle n’existe pas, une partie de votre vestiaire vous lâchera très vite. De même, si vous réclamez de l’exigence et que certains joueurs sont titulaires alors qu’ils ne montrent aucune exigence en séance, là aussi, vous allez vite vous retrouver en difficulté.

Pendant les matchs, la légitimité s’acquiert grâce à plusieurs leviers. Le premier, c’est la mise en place tactique et les points faibles de l’adversaire. Plus l’entraîneur va donner de détails sur comment battre l’équipe adverse, plus ils vont se vérifier, plus les joueurs vont se dire qu’ils ont confiance en vous. Votre discours passera donc de mieux en mieux.

C’est aussi le jeu. Les joueurs ne sont pas bêtes. Quand l’entraîneur dit « donnez le ballon à Neymar », ils comprennent « le coach n’a aucune idée ». Tant que ça gagne, ils fermeront les yeux. Mais dès que ça tournera moins bien, vous pouvez être sûrs que l’entraîneur les aura perdu.

De même, dans la façon de lire le match. Si, à chaque fois que vous prenez une décision, que vous faites un réajustement tactique, ça ne marche pas, les joueurs douteront de vos capacités. Au contraire, si vos choix sont pertinents et aboutissent à quelque chose de positif, les joueurs seront plus à-même de les exécuter.

Enfin, si vous sortez régulièrement les mêmes joueurs en faisant entrer les mêmes remplaçants, comme si tout était prévu à l’avance sans se soucier des performances des uns et des autres, là aussi, les joueurs vont vite le comprendre et se dire « le coach, il fait toujours la même chose ». La perte de crédibilité est assurée.

Personne ne dit qu’il n’y a pas de hiérarchie dans une équipe. Évidemment qu’un Messi qui passe au travers, on ne va pas le sortir. C’est la même chose pour Ronaldo, Lewandowski ou Ramos. Mais combien y’a-t-il de joueurs de ce type dans chaque club ?

Aujourd’hui, il y a environ une dizaine de clubs en route pour la Ligue des champions cette saison. Qui aurait misé sur Flick l’hiver dernier ? Personne. Quelle était sa légitimité ? Aucune. Quand Klopp arrive à Liverpool, quelle était sa légitimité ? Aucune. Il ne faut jamais oublier que, même lui, après six mois chez les Reds, était tout près de prendre la porte.

La légitimité, elle se construit sur les faits. Il y a des devins qui, aujourd’hui, savent déjà que l’argentin est une arnaque et qu’il ne réussira pas à Paris. Pochettino a montré de vraies compétences à Tottenham. En cinq ans, il a mené son équipe quatre fois dans les quatre premiers et leur a permis de jouer une finale de Ligue des champions et avec un style de jeu très intéressant. Qu’il gagne la légitimité vis-à-vis des joueurs, c’est son travail, et ça pourrait permettre, enfin, au PSG, de rêver plus grand… Très grand même.

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