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Équipe de France : Les raisons d’un échec

L’équipe de France a donc échoué en huitièmes de finale de l’Euro. Les raisons de cet échec sont nombreuses et ils devront être bien analysés pour se donner les moyens d’être compétitif à la coupe du monde dans 17 mois.

Les échecs font souvent mal mais ils sont souvent le moyen d’apprendre, de grandir et de rebondir. Avec cette élimination dès les huitièmes de finale de l’Euro, l’équipe de France, annoncée comme ultra favorite, doit comprendre ce qui n’a pas fonctionné. Et il n’y a pas qu’un seul coupable.

En qualité de sélectionneur, Didier Deschamps fait partie des responsables. A force de privilégier la notion de groupe à la compétitivité, il s’est sûrement trompé sur certains joueurs. Lenglet sortait d’une saison très compliquée avec Barcelone, quand Dubois n’avait jamais montré de bonnes choses avec les bleus. Tolisso n’avait joué qu’une grosse demi-heure avec le Bayern depuis février quand Zouma n’a presque plus joué avec Chelsea depuis l’arrivée de TuchelMoussa Sissoko a souffert avec Tottenham alors que Ndombélé enchainait les rencontres. Pourtant, à côté de ça, Théo Hernandez a brillé avec l’AC Milan, Ferland Mendy est capable de jouer des deux côtés de la défense.

Un groupe de 26 mal structuré

Le problème de ces choix, c’est que Deschamps n’a pas pu s’en servir quand l’équipe de France souffrait. C’est aussi la limite de construire un groupe de quatorze ou quinze joueurs qui vont jouer et le reste avec des joueurs gentils plutôt que compétitifs.

Dans le jeu, l’équipe de France est restée la même qu’en 2018, dans l’idée. D’abord être solide puis miser sur les individualités. Quand Deschamps rappelle Karim Benzema juste avant l’Euro, c’est parce qu’il sent que son équipe manque d’idées, de variétés, que ça va être compliqué. Sauf qu’il fallait le rappeler dès le rassemblement de mars pour retirer un peu de pression et laisser le temps aux champions du monde de digérer sa présence, lui qui allait attirer la lumière (positive ou négative).

Sur le plan individuel, il y a eu trop de faillites. Varane n’a pas été au niveau, comme au Réal Madrid quand il n’y a pas Ramos. Kimpembe a limité la casse grâce à son agressivité avant de s’écrouler lors du huitième de finale. Hernandez n’était pas à 100%, Digne s’est blessé quand il ajoué, quand Pavard a vécu un tournoi cauchemardesque.

Au milieu, Kanté a essayé mais il était non seulement bridé, en plus de peut-être ne pas pouvoir enchainer les kilomètres comme il le fait à Chelsea. Rabiot a fait du Rabiot : capable de choses intéressantes avec le ballon mais nonchalant, sans changement de rythme, sans grinta. Heureusement que Pogba a surnagé, surtout avec ballon. Le mancunien a été de tous les temps forts français, mais on l’a senti moins impliqué défensivement.

Enfin, devant, Benzema, après deux matchs intéressants mais où on sentait qu’il fallait qu’il marque pour se libérer complètement, il a été performant. Griezmann a passé son temps à défendre et n’a pratiquement jamais existé offensivement. Quant à Mbappé, il a été impliqué dans les buts français, mais il n’a jamais participé au travail de repli et, avec le ballon, a abusé des tentatives de percussion, forçant le dribble même quand il était entouré de trois ou quatre joueurs.

Des joueurs moins prêts au sacrifice

Si les bleus ont échoué, c’est qu’il y avait des problèmes, au-delà du niveau athlétique. Deschamps, si prompt à parler d’équilibre, d’équipe de France au-dessus des individus, a cédé à Mbappé côté gauche, a cédé à Mbappé tireur de coup franc, a cédé à Mbappé qui répond à Giroud en conférence de presse. Quand on connait Deschamps, il y a trois ans, jamais il n’aurait laissé un joueur, quel qu’il soit, venir mettre les choses au clair en conférence de presse sur un conflit entre joueurs. Le sélectionneur a cédé à ses joueurs quand il laisse Coman rester sur le terrain alors qu’il est blessé.

Mais je pense qu’il y a un problème plus profond : les bleus n’avaient plus envie de jouer ce football restrictif. Quand Pogba demande de continuer d’attaquer à 3-1 contre la Suisse, c’est un symbole. Sauf qu’il est en contradiction avec son sélectionneur qui demande de reculer et fermer.

Les joueurs sont prêts à des sacrifices, à souffrir, à jouer contre nature, pour gagner un premier titre. Ce fut le cas en 1998 et en 2018. Une fois ce premier titre remporté, ils veulent gagner en jouant. D’une part, pour le plaisir de jouer, et d’autre part pour prouver qu’ils sont capables de gagner autrement. Entre 98 et 2000, l’équipe de France devient offensive, spectaculaire. Entre 2018 et 2021, il n’y a pas eu de progression, de changement.

Pour le prouver, il suffit de regarder le bloc équipe que formaient les bleus en 2018. Bas, très compact, les espaces et intervalles étaient très réduits, la défense était protégée. En 2021, les lignes étaient espacées, les efforts étaient moins faits, et la défense n’était plus protégée par des milieux trop haut. Cela explique que la France ait encaissé autant de buts.

Enfin, la différence est venue des résultats. Les partenaires de Lloris n’ont remporté qu’un seul de leurs quatre matchs à l’Euro. Les résultats, obtenus par des éclairs, des exploits individuels, ont trop souvent masqué les manques dans le jeu et n’ont permis aucun débat. Émettre une critique sur le jeu, le contenu, c’était être contre les bleus, et il fallait se taire, la victoire faisant foi.

Dans dix-huit mois, il y a la coupe du monde au Qatar. Didier Deschamps va rester en poste et il possède deux solutions. La première est de proposer une équipe joueuse, profiter des talents pour prendre le jeu à son compte, devenir protagoniste et ne plus attendre le miracle offensif pour s’imposer. Pas sûr qu’il en ait l’envie quand on connait son idée du football. La seconde solution est de redevenir le vrai patron, de faire jouer la concurrence, de ramener tout le monde sur terre et de ne plus avoir peur de prendre de vraies décisions si un joueur sort du cadre. Il en est capable mais les joueurs ont-ils réellement envie de suivre cette voie ?

crédit photo : LCI.fr, footmercato.net

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